Dans son discours d’ouverture de la REF, Patrick Martin, président du Medef, a parlé des 5 800 défaillances d’entreprises enregistrées en juillet dernier en France, soulignant qu’il s’agissait là d’un "record historique". Qu’en est-il dans les Alpes-Maritimes ?
La situation n’est pas catastrophique. Les défaillances sont globalement en hausse et ont tendance à s’accélérer, mais quand on regarde celles qui ont été évitées pendant le Covid et celles qui se produisent aujourd’hui, le rapport est toujours positif. Les niveaux ne sont pas encore alarmants. Nous verrons comment se déroulera le dernier trimestre.
Ce sont davantage les délais de paiement qui nous inquiètent. Ils s’allongent et cela affaiblit la trésorerie de nombre d’entreprises qui ne peuvent payer leurs fournisseurs. On entre alors dans un cercle néfaste. D’autant que les banques ont aussi réduit de leur côté leur soutien aux trésoreries à court terme pour relancer l’investissement à long terme.
Quels sont alors les outils pour relancer la trésorerie ?
Il faut d’abord renforcer les fonds propres des entreprises, potentiellement par des investissements extérieurs. Malheureusement, ce n’est pas très culturel en France ni dans notre région.
La deuxième solution est d’avoir des partenaires bancaires qui compensent ces délais. Les crédits trésorerie, l’affacturage peuvent être des solutions pour les TPE et PME, bien que souvent mal connues. Néanmoins, elles ont des coûts et quand les taux d’intérêt ne baissent pas comme on le souhaiterait, les coûts financiers explosent aussi et grèvent la capacité d’investissement et la rentabilité des entreprises.
Depuis quand constatez-vous une dégradation dans les délais de paiement ?
Nous le voyons depuis six mois. Mais cela empire. Nous voyons de grosses PME régionales qui font face à ces difficultés-là et qui ont dû entrer dans des procédures de sauvegarde ou de redressement. C’est malheureux, car cela donne de mauvais signaux sur la dynamique économique qui reste plutôt bonne sur le territoire.
N’est-ce pas contradictoire ?
Oui, il y a clairement une dynamique, une envie mais nous avons moins les moyens de nos ambitions. À un moment, il faudra donc resserrer les robinets et arrêter d’investir.
Constatez-vous déjà une baisse des investissements ?
Oui. La consommation n’est pas bonne. Que ce soit dans la distribution, le textile, l’alimentaire, l’électroménager… ces secteurs sont en baisse de volume. Ces entreprises elles-mêmes sont en décroissance, investissent moins. De nombreuses chaînes de valeur sont ainsi impactées.
Ce n’était pas toujours prévisible, à l’image par exemple d’une entreprise comme Ubaldi, l’enseigne d’électroménager et de l’aménagement de la maison qui a récemment été placée en procédure de sauvegarde…
Ce sont des situations qui peuvent tout à fait être redressées, restons optimistes, mais il est vrai que c’est arrivé assez vite. En un an et demi, il a fallu essuyer une énorme hausse des taux, et donc faire face à des frais financiers énormes pour des entreprises qui ont besoin d’investir massivement dans leur stock, alors qu’elles doivent affronter une baisse du volume. Donc non ce n’était pas forcément prévu.
Comment les prochains mois s’annoncent-ils ?
Médiocre ! Malheureusement je ne vois pas de signaux montrant que les choses vont s’arranger dans les prochains mois. Néanmoins, notre territoire est plutôt résilient et pourrait mieux s’en sortir que d’autres. Nous avons par exemple une bonne dynamique sur le tourisme avec un aéroport qui montre de belles perspectives. Et quand l’aéroport de Nice va, tout va !
Quant à l’instabilité politique du pays, la situation fait qu’il n’y a pas de réformes, pas de plans, nous allons donc être dans une situation délicate dans les prochains mois.
"À court terme, l’entreprise n’a pas besoin de politiques."
Les discours et débats qui se déroulent à la REF font état de cette confusion politique mais on imagine que les chefs d’entreprise ne se lèvent pas le matin en pensant au prochain gouvernement ou au premier Ministre. Cela est-il une véritable inquiétude ?
Cela fait près de deux mois que nous sommes dans ce flou artistique et il est bon de rappeler que les entreprises ont tout de même travaillé cet été. Les salariés se sont levés le matin et ont été payés en fin de mois, le pays a continué à tourner. Donc oui, nous avons besoin de politiques mais nous pouvons vivre sans. On le voit en Belgique. La vie du quotidien des Français, des Maralpins, c’est leur emploi, c’est leur entreprise, je relativise donc l’impact des politiques dans notre quotidien. Ils doivent nous donner une vision, des orientations et une dynamique à moyen-long terme, mais pour du court terme, l’entreprise n’a pas besoin de politiques. Relativisons.