"La RSE est importante dans la communication globale de notre entreprise"
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Thomas Schutz gérant des domaines viticoles Ruhlmann-Schutz et Château Valmont "La RSE est importante dans la communication globale de notre entreprise"

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Thomas Schutz est le gérant du domaine viticole familial Ruhlmann-Schutz à Dambach-la-Ville dans le Bas-Rhin, qui comprend la marque Hubert Beck destinée à l’export, et du Château Valmont à Peyriac-de-Mer dans l’Aude, acquis en 2016 pour se diversifier. Il évoque la stratégie RSE de son entreprise qui doit notamment permettre de renforcer la marque employeur de la structure.

Thomas Schutz, gérant du domaine viticole familial Ruhlmann-Schutz à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) et du Château Valmont à Peyriac-de-Mer (Aude) — Photo : Yolanda Mercurio

Qu’est-ce qui a incité votre domaine qui emploie 32 collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros à entreprendre une démarche RSE ?

Nous avons toujours eu des valeurs très fortes dans l’entreprise. Après mon arrivée en 2018 et plusieurs expériences professionnelles vécues dans l’industrie, elles ont été redéfinies en 2022. Nous avons ainsi décelé le savoir-faire, la confiance, la créativité et la responsabilité. Notamment vis-à-vis de la transmission aux générations futures et au respect de l’environnement. Par exemple, mon oncle conduisait déjà les vignes de manière enherbée, ce qui ne se faisait quasiment pas à son époque. Nous avons également été, il y a une vingtaine d’années, parmi les premiers à avoir une station de lavage permettant la récupération et le traitement des effluents phytosanitaires. Nous avons toujours voulu protéger notre environnement et notre business par des actions qui sont aujourd’hui englobées au sein du terme RSE mais qui existaient déjà auparavant. Nous avons aussi été accompagnés par un cabinet de consultants pour notifier ces valeurs afin d’améliorer le management au sein de l’entreprise. En nous appuyant sur ce socle de réflexion, nous étudions aujourd’hui la possibilité d’être certifiés par le label "Vignerons engagés".

Quelles actions traduisent aujourd’hui cette démarche au sein de votre domaine viticole ?

Pour l’aspect économique, on continue de favoriser nos fournisseurs locaux. Tous les deux ans, à la demande d’un distributeur asiatique, nous sommes évalués dans le cadre d’un audit Smeta sur le respect des conditions de travail, de santé et de sécurité ainsi que de nos pratiques éthiques. On dispose également d’un budget pour soutenir les associations locales qu’on invite régulièrement lors de nos événements. Ces actions contribuent au dynamisme du village tout comme le développement de l’œnotourisme. Il y a une vingtaine d’années, nos parents avaient investi dans un petit train touristique qui parcourt les rues du village jusqu’à notre boutique. Cette offre s’est depuis étoffée de balades gourmandes, de journées portes ouvertes pour essayer de transmettre notre métier, et, en juin, d’une proposition d’œnotourisme inclusif à destination des déficients visuels de la région impulsée par les étudiants de l'EM Strasbourg.

En juin dernier, le domaine Ruhlmann-Schutz proposait une activité d’œnotourisme inclusif à destination de déficients visuels — Photo : Agence FéComSi - Frédérique Pierré

"Nous visons la certification avec le label Vignerons engagés"

Qu’en est-il de la partie environnementale ?

Nous avons allégé 95 % de nos bouteilles. Nous effectuons actuellement des tests pour intégrer des bouteilles reconditionnées dans la production. On a également repensé la conception de nos cartons de bouteille afin de réduire leur poids de près de 20 %. Nous utilisons des papiers certifiés FSC sur l’ensemble de nos étiquettes. Nos raisins sont certifiés HVE niveau 3 et, d’ici trois ans, l’ensemble de notre domaine alsacien passera en bio, comme c’est déjà le cas pour l’intégralité de notre domaine situé dans les Corbières. On a un apport de 37 hectares certifiés bio sur les 70 qu’on achète en raisins, et cette part augmente d’année en année puisque nos apporteurs se lancent également dans la démarche. Depuis deux ans, nous nous sommes équipés de panneaux photovoltaïques sur l’ensemble de nos bâtiments en Alsace et nous produisons aujourd’hui 40 % de plus que ce que nous consommons chaque année. Enfin, 100 % de nos déchets sont aujourd’hui revalorisés, à l’image de la glassine que Soprema transforme en isolant.

Quels bénéfices espérez-vous retirer de ces actions pour votre entreprise ?

L’aspect œnotourisme est stratégique pour notre développement et notre rentabilité. C’est difficile à chiffrer mais cela fait partie intégrante de notre activité vitivinicole. Je pense surtout que ces aspects RSE sont importants dans la communication globale de notre entreprise et pour notre marque employeur. Les nouvelles générations sont également sensibles à ces valeurs donc autant être pro actifs sur ces sujets qui sont structurants pour l’entreprise.

Quels sont les projets que vous comptez mener à plus ou moins long terme ?

Ce sera clairement la certification avec le label "Vignerons engagés". Nous avons aussi pour projet de réaliser notre premier bilan carbone. Et, en tant que coprésident de la commission RSE au sein du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), Nous allons essayer de promouvoir et structurer ce type d’actions à l’échelle de la filière.

Bas-Rhin Aude # Vins et spiritueux # RSE # PME # Transition écologique