La troisième édition du baromètre "l’industrie en mouvement" brosse un portrait assez pessimiste d’une industrie hexagonale qui semble en perte de vitesse. Cet état des lieux du tissu productif français résulte chaque année de la collaboration entre six institutions publiques qui encouragent la renaissance industrielle française : la Direction générale des entreprises du ministère de l’économie, la Banque des Territoires, Bpifrance, Business France, France Industrie et la Société d’encouragement pour l’industrie nationale (SEIN).
10 % du PIB en France, contre 15 % en Italie et 18 % en Allemagne
Certes, selon la métaphore du verre à moitié plein, on peut estimer que l’industrie française a plutôt bien résisté depuis une dizaine d’années avec un poids dans le PIB qui s’est stabilisé autour de 10 %, constate Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. Mais cette part – 9,6 % exactement en 2024, en recul de 0,2 point par rapport à 2023 – est loin de ce que pèse l’industrie en Italie (15 %) ou en Allemagne (18 %). Et l’ambition un temps annoncé par les pouvoirs publics de ramener la part de l’industrie hexagonale à 15 % du PIB semble aujourd’hui inatteignable.
L’emploi industriel à la peine
Cette faiblesse persistante porte en elle de sérieux handicaps pour la croissance économique française, tant il est vrai que l’industrie demeure moteur en termes d’emploi, d’innovation, d’aménagement du territoire et de productivité, constate en résumé Anaïs Voy-Gillis, Directrice du programme Renaissance Industrielle à la SEIN, responsable du baromètre. Or sur tous ces points le bilan 2024 est décevant. Sur le front de l’emploi l’industrie est en recul en France (- 0,5 % au deuxième trimestre 2025, sur un an) quand la tendance était clairement à la hausse entre 2017 et 2024 (+ 4 %) avec à la clef la création de 120 000 postes.
L’innovation au ralenti
Le passage à l’industrie 4.0 souffre aussi de retards en matière d’automatisation, avec seulement 4 900 nouveaux robots déployés dans les usines l’an passé (contre 27 000 en Allemagne), soit 24 % de moins qu’en 2023. En filigrane un risque pour la compétitivité industrielle nationale.
Des entreprises malmenées
L’industrie hexagonale se heurte également à des problèmes spécifiques : le niveau élevé des impôts de production, supérieur à ce qui se pratique ailleurs en Europe, pèse sur l’emploi et les salaires et menace directement le développement de l’industrie de nouvelle génération, note le baromètre. Tandis que le déficit en compétences faute de formations adéquates nourrit les difficultés de l’industrie à recruter alors même que se profilent 966 000 départs de salariés en fin de carrière d’ici à 2030.
Une concurrence acharnée
"Le renouveau industriel de la France ne pourra se concrétiser que si les conditions économiques évoluent en profondeur pour stimuler l’innovation, soutenir l’investissement et renforcer la compétitivité des entreprises, insistent les auteurs de l’étude, cela suppose une refonte ambitieuse de la politique industrielle et de ses modes de gouvernance, afin d’assurer une action plus cohérente, durable et efficace". Une attente d’autant plus pressante qu’une éventuelle réindustrialisation de la France se déroulera dans un environnement pour le moins néfaste avec d’une part la bataille des droits de douane côté américain, et de l’autre la concurrence farouche et redoutable de la Chine "portée par une politique industrielle volontariste et un écosystème d’innovation désormais parmi les plus avancés au monde" constate Anaïs Voy-Gillis.