À Toulouse, la production des pastilles Cachou Lajaunie est à l’arrêt depuis plusieurs mois. "Cachou a été produit dans l’usine Mondelez de Toulouse jusqu’au début de l’année 2025. Après un examen attentif des performances de Cachou et en réponse à la baisse de la demande, Perfetti Van Melle a pris la difficile décision d’arrêter la production et la distribution de la marque française Cachou Lajaunie", a indiqué le groupe italo-néerlandais Perfetti Van Melle (18 200 employés, CA 2022 : 3 Md€), également propriétaire des marques Mentos, Chupa Chups, Hollywood, etc., cité par Le Monde.
47 000 signatures pour une pétition
La disparition de cette confiserie à la réglisse et de sa fameuse boîte jaune a suscité une certaine émotion : une pétition sur change.org a recueilli 47 000 signatures. Elle réclame la reprise de la production par son propriétaire ou, à défaut, "la possibilité pour un acteur local ou indépendant de reprendre la production".
"La ligne de production date du XIXe siècle. Si on ne la fait pas tourner pendant trop longtemps, elle risque de se casser."
Cet acteur local pourrait être Rémy Groussard, dirigeant de la PME familiale Les Ateliers de Tonton Pierrot, basée à Graissessac, dans le Haut Languedoc (Hérault). Ce confiseur, discret sur son chiffre d’affaires, se porte volontaire. "Une marque de 145 ans se trouve à l’arrêt du jour au lendemain. Des employés sont licenciés. La décision a été prise par des dirigeants en Hollande et en Italie. La ligne de production date du XIXe siècle. Si on ne la fait pas tourner pendant trop longtemps, elle risque de se casser. J’ai contacté Perfetti Van Melle pour leur dire : Donnez-moi cette ligne de production au lieu de la jeter ! Quant à la marque, je suis prêt à discuter pour la payer et reprendre les salariés."
Petit hic : Rémy Groussard ne connaît pas les chiffres précis de l’effectif. Toutefois, en homme du métier, il sait qu’il s’agit d’une ligne de production modeste, d’un débit de 14 tonnes/mois. "Cette reprise ne poserait pas de souci", assure-t-il. Commercialement, "nous avons déjà un beau référencement, avec 60 produits diffusés aussi bien auprès de chaînes spécialisées que d’indépendants (boulangeries) et de la grande distribution. Lajaunie constituerait une 61e référence".
Seulement des retours flous
Gros hic : les contacts avec le géant agroalimentaire n’ont pour l’heure engendré que des retours flous, de la part de directeurs, mais pas de la présidence du groupe. Or, il y a urgence, plaide Rémy Groussard, parce que les négociations commerciales avec les centrales d’achat ont lieu cet automne. "Si la réponse intervient en janvier, il sera trop tard". Trop tard pour les négociations et trop tard pour réactiver les machines.
Les options pour la localisation
Techniquement, Rémy Groussard espère pouvoir laisser la ligne à Toulouse, mais "cela dépendra du loyer." Le propriétaire de l’atelier reste le groupe Mondelez, qui possédait les Cachous Lajaunie jusqu’en 2024. On pourrait aussi imaginer que la Ville de Toulouse, attachée à garder son patrimoine et ses salariés, propose un local. À défaut, "j’ai de la place pour accueillir la ligne dans l’Hérault".
David avec Goliath
Rémy Groussard s’interroge sur la stratégie de Perfetti Van Melle. Si le groupe multinational a racheté la marque pour délocaliser sa production, ce serait triste, estime l’entrepreneur, sensible à sauvegarder ce patrimoine régional. "Certains commentent ma proposition comme étant la lutte de David contre Goliath, mais je la vois comme David avec Goliath. En effet, en termes d’image, Perfetti Van Melle profiterait d’une bien meilleure publicité en répondant positivement à cette offre que s’il se débarrassait de cette petite ligne".
"Que la réponse soit oui ou non, le suspense ne va pas durer", conclut le dirigeant.