Depuis 1947, la Manufacture Cluizel fabrique des chocolats d’exception de manière artisanale. "Après la deuxième guerre mondiale, mes grands-parents paternels, Marc et Marcelle Cluizel, se sont installés à Damville dans l’Eure. Ils ont commencé par fabriquer dans leur propre cuisine pour des pâtissiers parisiens et du Nord de la France des bonbons de chocolat ou chocolats fourrés. Ça a très bien marché", raconte Marc Cluizel. Pour le directeur général de la Manufacture Cluizel (250 salariés, 28 M€ de chiffre d’affaires) issu de la troisième génération, la réussite de l’entreprise repose sur l’association de deux personnes complémentaires. "Ayant suivi une formation de pâtisserie, mon grand-père maîtrisait la technique, tandis que ma grand-mère, véritable femme d’affaires, contrôlait les finances".
Des ateliers faits main
De leur table de cuisine Marc et Marcelle Cluizel sont passés à une pièce entière dédiée à la fabrication avant de s’agrandir. C’est en 1972, que Michel Cluizel, second du nom, construit un bâtiment de 1 500 m² sur les hauteurs de Damville pour pouvoir répondre à la demande croissante des clients professionnels. Un bâtiment qui compte à présent 22 000 m² et marque l’enracinement familial en Normandie. "Nous avions les compétences humaines sur place, l’avantage de l’espace en étant à la campagne et la proximité de Paris à 100 km", souligne Marc Cluizel.
Pour se différencier, Michel Cluizel a souhaité fabriquer ses propres machines. "Son idée était que pour fabriquer des chocolats différents des autres, il fallait avoir des outils spécifiques", relate son fils. De fait, l’ensemble du site a été fait en interne, excepté la structure métallique du bâtiment, la maçonnerie et la toiture. "C’est une entreprise sur mesure", explique Marc Cluizel dans un sourire.
Cultiver la qualité
Positionnée sur le segment haut de gamme depuis ses débuts, la Manufacture Cluizel se montre très exigeante sur la qualité de ses matières premières. "Nous n’utilisons pas d’OGM ni de conservateurs ou d’arômes", assure Marc Cluizel. Pour mettre en avant son savoir-faire et développer la notoriété de l’entreprise, la Manufacture Cluizel crée dans les années 1990 la marque éponyme et se positionne sur un engagement qualité avec 100 % de ses chocolats labellisés "ingrédients nobles". Sa seule arme face aux géants du secteur ? Fabriquer un produit authentique et de qualité.
"Nous avons survécu car nous sommes restés campés sur nos valeurs et notre savoir-faire"
"En tant que PME familiale, nous n’avons pas les moyens d’une multinationale ou de nos confrères qui sont tous de grandes entreprises cotées en Bourse. Quand j’ai commencé à travailler, il y avait plein de PME comme nous. Aujourd’hui, toutes ont disparu. Nous avons survécu car nous sommes restés campés sur nos valeurs et notre savoir-faire", rappelle Marc Cluizel.
À son arrivée en 1985, le fils de Michel Cluizel apporte son savoir-faire dans la fabrication d’un chocolat à partir de fèves de cacao. Pour maintenir la qualité, la Manufacture fabrique son propre chocolat. "Nous sommes la seule entreprise familiale au monde à faire du chocolat haut de gamme à partir des fèves et à fournir les professionnels", glisse Marc Cluizel. Le PME travaille ainsi main dans la main avec plus d’une dizaine de planteurs qu’elle a sélectionnés un peu partout dans le monde. Afin de valoriser leur travail, les chocolats de la marque Cluizel portent le nom des diverses plantations de cacao à la manière de vins de châteaux et la Manufacture a fait le choix de les rémunérer cinq fois plus que le cours des fèves de cacao. Reconnue pour son savoir-faire d’exception, l’entreprise a été labellisée en 2010 entreprise du patrimoine vivant français.
Innover au niveau environnemental
Pour réaliser des économies d’énergie, le dirigeant a investi dans des technologies de pointe au niveau environnemental. Avec notamment, en 2025, 2 millions d’euros investis dans la récupération de chaleur produite par le site pour chauffer les machines. "Je vais économiser tous les ans l’équivalent d’un avion qui fait onze fois le tour de la Terre", se réjouit le dirigeant. Depuis 2014 déjà, l’entreprise se veut précurseur sur le sujet en possédant notamment ses propres puits, son groupe électrogène et en créant sa propre station d’épuration 100 % bio pour traiter ses eaux usées. Autres initiatives pour consommer toujours moins d’énergie, la suppression cette année de toute l’énergie au fuel ou encore le traitement de la déshumidification grâce à un nouveau procédé avec des saumurs de sel. "Il faut être à la pointe de la technique pour pouvoir continuer à fabriquer 100 % en France".
Transmission familiale en cours
L’objectif poursuivi par le dirigeant n’est pas de faire monter en puissance l’entreprise et qu’elle devienne numéro un ou numéro deux dans le monde, mais qu’elle reste familiale avec ses valeurs. Si le dirigeant confie "recevoir deux propositions de rachat de l’entreprise chaque semaine", il en a décidé autrement : souhaitant perpétuer la tradition de passation, la Manufacture Cluizel restera familiale. La transmission de l’entreprise est déjà en marche et les enfants sont déjà pour partie intégrés dans l’entreprise. "Ma sœur Catherine et moi avons cédé une partie importante de nos parts à chacun de nos enfants. Nous les préparons et les formons. Je vais par exemple faire monter en puissance mon fils François, ingénieur en agroalimentaire qui travaille sur la partie technique et ma fille Claire qui a pris la direction touristique du musée de Damville. Romain et Justine, mes neveux, sont en gestion des boutiques parisiennes avec ma sœur Catherine".
Développement de l’export
À 60 ans, Marc Cluizel garde la main aux côtés de ses sœurs, Catherine, qui gère les 5 magasins parisiens, et Sylvie, sur la partie financière et RH. Et il entend bien continuer à développer l’entreprise sur l’Europe et les États-Unis où la Manufacture compte une première filiale et porter les efforts sur l’Asie et le Moyen Orient. Avec l’objectif de doubler la valeur export dans les cinq ans. "L’export est une sécurité pour l’entreprise. Une entreprise qui sait exporter, c’est une entreprise qui est structurée" conclut-il.