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La filière hydrogène attend des garanties de l’État et de l’Union européenne pour déployer son plein potentiel
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La filière hydrogène attend des garanties de l’État et de l’Union européenne pour déployer son plein potentiel

Pesant plus de 16 000 emplois directs et indirects, et près d’un milliard d’euros de valeur ajoutée, la filière de l’hydrogène incarne un secteur dynamique de l’industrie française. Un secteur qui pourrait assurer une part importante de l’effort de réindustrialisation de l’Hexagone, mais aujourd’hui entravé par le contexte politique incertain français et européen, selon l’association professionnelle France Hydrogène.

La filière de l’hydrogène pourrait fortement contribuer à l’effort de réindustrialisation de la France — Photo : AA+W - stock.adobe.com

Plus de 16 400 emplois, dont 6 300 emplois directs et plus de 10 000 emplois induits, c’est ce que représente le secteur de l’hydrogène en France en 2023, selon les dernières données de France Hydrogène, l’association qui fédère 450 professionnels du secteur. Il a généré la même année près d’un milliard d’euros de valeur ajoutée, portée par la production et les divers usages. "Les mobilités représentent un emploi sur deux dans le domaine de l’hydrogène actuellement", précise notamment Rémi Courbun, membre du pôle expertise de France Hydrogène.

Une filière porteuse pour l’industrie française

Et l’hydrogène français en a sous le pied. "À horizon 2035, la filière hydrogène pourrait représenter une contribution de 13 milliards d’euros au PIB. Une manière de contribuer à la réindustrialisation de la France, avec plus de 66 000 emplois, c’est-à-dire quatre fois plus qu’aujourd’hui", détaille Rémi Courbun. Un essor toutefois freiné par un contexte politique français et européen incertain, selon France Hydrogène. L'association pointe en particulier à une condition nécessaire pour libérer le potentiel de la filière dans l'Hexagone : l’installation d’une capacité de 8,8 gigawatts en électrolyse d’ici 2035. "Aujourd’hui nous consommons de l’hydrogène produit à partir de gaz, demain ce sera à partir d’électricité. Le budget prévisionnel 2025 de l’Etat français intégrait un appel d’offres pour la production par électrolyse, mais il est en suspens depuis la chute du gouvernement Barnier", regrette le membre du pôle expertise de France Hydrogène.

Des usines de fabrication d’équipements sont déjà sorties de terre, telles que la gigafactory d’électrolyseurs de Mc Phy à Belfort, ou la gigafactory de Symbio à Saint-Fons, détenue par Forvia, Michelin et Stellantis, mais beaucoup de projets n’ont pas passé la décision finale d’investissement à cause de l’incertitude politique. Parmi les dispositifs souhaités par le secteur de l’hydrogène figurent également la refonte d’une taxe incitative, qui oblige les fournisseurs de carburants à intégrer une part de carburant durable dans leur distribution, une aide à l’achat de véhicules hydrogène, et l’instauration de quotas minimum de véhicules zéro émission pour les entreprises. Des mesures en attente de la nomination d’un nouveau gouvernement, mais aussi d’une clarification du cadre réglementaire à l’échelle européenne.

Une dynamique européenne qui doit dépasser les clivages

L’hydrogène est aussi en croissance dans l’Union européenne depuis plusieurs années. "Il répond à des enjeux de décarbonation, de mobilité, et d’énergie, et entretient une chaîne de valeur industrielle", souligne Rémi Courbun. Un dynamisme de la filière rendu notamment possible grâce à un mécanisme européen, l’IPCEI (Projet Importants d’Intérêt Européen Commun), qui permet à l’État d’apporter une aide à des projets au-delà des limites habituellement fixées par la réglementation européenne. "La chaîne de valeur de l’hydrogène devrait employer en Europe plus d’un million de personnes d’ici 2030 et cinq fois plus d’ici 2050", estime ainsi Valérie Bouillon-Delporte, Directrice exécutive du Clean Hydrogen Partnership, un plan de coopération européen sur l’hydrogène.

Selon France Hydrogène, le secteur est cependant entravé dans son développement par la définition juridique de l’hydrogène bas carbone de Bruxelles. Seul le gaz issu d’électricité renouvelable est considéré durable par l’Union européenne, tandis que la France souhaite élargir cette définition à l’hydrogène issu du nucléaire. Le pays ne peut en effet pas intégrer son hydrogène issu du nucléaire dans l’objectif de 29 % d’énergie verte dans les transports fixé par la Commission européenne. Une législation que la France et huit autres pays demandent à faire évoluer, pour que l’Europe puisse continuer à développer la filière hydrogène et renforcer sa compétitivité à l’international.

France # Industries du transport # Hydrogène # Attractivité # Investissement industriel # Transition énergétique