Il y a quarante ans, naissait à Rennes La Feuille d’Erable, sous forme associative. Son objectif était de collecter et recycler le papier, marquant dès ses débuts son engagement pour l’environnement. À l’époque, la structure fait office de pionnière. Devenue par la suite une PME de 90 salariés, La Feuille d’Erable n’a pas perdu de vue son leitmotiv. Elle investit aujourd’hui dans sa flotte de véhicules pour la rendre plus propre et marquer encore plus son engagement continu pour le développement durable. L’ensemble de ses camions et voitures de collecte seront remplacés cette année par des véhicules roulant au GNV (gaz naturel), moyennant 2,5 millions d’euros.
6 nouveaux véhicules pour la collecte de déchets
L’entreprise en profite pour grossir son parc, passant de 14 à 20 véhicules (bennes à ordures ménagères, grue de 26 tonnes, poids lourds et véhicules légers). "L’objectif est d’être encore plus performants écologiquement", justifie Eric Challan Belval, président de La Feuille d’Erable, qui a testé le GNV depuis quelques années déjà sur deux véhicules. Les véhicules de collecte sont par ailleurs équipés de caméras 360° et de cabines basses, pour plus de sécurité.
Ainsi équipée, l’entreprise va pouvoir absorber le volume croissant de papiers et cartons à collecter. Il a atteint en 2024 un total de 6 300 tonnes de papier, carton et bois, ramassées par ses deux établissements de Rennes et Quéven (Morbihan), capables de rayonner sur l’ensemble de la Bretagne. "Nous avons pour ambition de poursuivre notre croissance, qui est de l’ordre de 10 % par an", indique Arthur Girard, directeur adjoint. La Feuille d’Erable et ses filiales ont réalisé au total 4,2 millions de chiffre d’affaires en 2024.
Car l’entreprise s’est diversifiée au fil des ans, constituant un groupe avec quatre autres entités : Fago (collecte de cagettes), Auclair (nettoyage écologique), La Station (lavage de contenants réutilisables) et une équipe animation dédiée à la sensibilisation à la cause environnementale (jeunes et entreprises), qui devrait devenir bientôt un organisme de formation à part entière.
3 000 personnes accompagnées dans l’emploi
Elles sont toutes mues par les engagements environnementaux, mais aussi sociétaux. Depuis ses débuts, la Feuille d’Erable est en effet entreprise d’insertion, employant des collaborateurs éloignés de l’emploi, à qui elle propose des contrats de droit commun.
En quarante ans, elle a accompagné plus de 3 000 personnes à reprendre pied dans la vie. "Nous leur expliquons que nous les embauchons pour leur envie et leurs compétences pour ce travail, et que nous croyons en eux, explique Eric Challan Belval. Ils connaissent les règles du jeu : un retard d’accord, deux, cela passe encore, trois c’est un avertissement et à quatre c’est la porte. Cela n’arrive pas, car les gens changent de regard et cela donne une puissance d’action incroyable."
Un modèle de gouvernance "hybride"
Cet état d’esprit centré sur l’humain est présent jusque dans la gouvernance. La holding, La Feuille Durable, qui regroupe toutes les entités, accueille 11 collaborateurs au capital de la SAS. "C’est un modèle hybride de gouvernance qui peut devenir un exemple pour demain, estime Eric Challan Belval. Ce n’est pas une société coopérative juridiquement, mais les salariés qui en ont envie peuvent s’impliquer dans la stratégie." C’est donc collectivement que sont prises les décisions pour les développements à venir.
Le retour de la consigne de verre
Parmi ses axes stratégiques importants figue le développement de l’activité dédiée au lavage de contenants, avec La Station. Celle-ci dispose de deux lignes, l’une pour les gobelets et boîtes repas, l’autre pour les bouteilles en verre. La Station est pionnière dans la mise en œuvre du retour de la consigne en Bretagne. Mais l’entreprise doit composer avec un marché complexe, désormais aux mains des éco-organismes, chargés de réorganiser les flux de collecte. "Nous avons été reçus à Bercy en janvier pour convaincre de nos capacités malgré notre petite taille", appuie Arthur Girard. La Station pourrait également s’ouvrir à d’autres marchés comme celui du réemploi de bouteilles de cosmétiques ou d’épices. Des discussions sont en cours en ce sens.
Un projet de déménagement à 4 millions d’euros
Pour avoir plus de place, La Station a déménagé en 2024 pour des locaux plus grands dans la ZI sud-est à Rennes. "Cela nous a permis de détacher là-bas les équipes animation et celles d’Auclair, qui a vocation à se développer davantage dans le tertiaire", souligne Eric Challan Belval. Son site de la zone de la Route de Lorient à Rennes retrouve donc un peu d’espace, en attendant de pouvoir déménager, pour réunir l’ensemble des activités.
La direction réfléchit en effet depuis de longs mois à ce sujet, même si le premier projet qu’elle avait imaginé ne se fera pas tel quel. "Les prix de l’immobilier sont élevés, le foncier rare autour de Rennes, et le contexte économique du pays incertain, nous ne voulons pas prendre de risque démesuré", confie le président, sans abandonner. "Nous nous remettons à chercher", dit-il, estimant sa capacité d’investissement à 4 millions d’euros environ. La Feuille d’Erable a besoin de 10 000 m² de terrain, près de Rennes, afin de ne pas perdre en productivité, de ne pas augmenter ses coûts énergétiques liés aux déplacements et de rester accessible en transport en commun pour ses salariés.