Il l’a dit en conférence de presse aux journalistes et l’a répété directement aux élus, quelques instants plus tard lors de la présentation des vœux de la Fédération du BTP06 (5 000 entreprises, 24 000 salariés). Le président Patrick Moulard a demandé aux futurs maires, élus ou réélus, de faire preuve "de courage et de responsabilité collective". Face à lui dans la salle des candidats aux élections municipales, tête de liste ou colistiers.
Le logement des actifs au cœur des préoccupations
Sans se départir de son calme habituel, il a ainsi expliqué : "Les permis de construire continuent de stagner, les chantiers peinent à démarrer, certains projets sont gelés […] Trop souvent, la peur voire le refus de construire l’emportent sur le courage de décider. Nous le disons clairement : ne pas construire de logements, c’est organiser l’exclusion des actifs."
Il pourrait prêcher uniquement pour sa paroisse mais la fédération azuréenne est alignée sur l’UPE06 et d’autres acteurs économiques qui plaident, depuis des années, pour une politique territoriale en faveur du logement des actifs. Sujet majeur dans le quotidien des Maralpins, il est devenu central dans cette campagne électorale.
Signer des permis de construire
Et pour rendre ce logement accessible, l’équation est difficilement évitable : il faut construire. Mais là encore, pour dégager du foncier disponible dans ce territoire coincé entre mer et montagne, il faut signer des permis de construire. "Les élus du département n’ont pas tous saisi l’urgence de la situation, précise Patrick Moulard. Et face aux échéances électorales, certains manquent de courage. Il y a tellement d’exemples de maires qui ont été très proactifs pour construire et qui n’ont pas été réélus. Mais il faut savoir pourquoi ils sont là… pour être élus à vie ?"
"On peut considérer que nous avons touché le fond. On peut difficilement faire moins."
Car le bâtiment neuf est toujours en crise malgré une légère reprise des mises en chantier en 2025. Avec 4 280 logements construits en 2025, "on est loin des 9 000 d’avant Covid", reprend le président. "On peut considérer que nous avons touché le fond. On peut difficilement faire moins."
Seuls les Travaux Publics ont bénéficié de vents favorables (+ 8,2 %). Surtout dans les travaux routiers, visibles et donc bienvenus à l’approche des élections. " Mais il n’y a pas eu de nouveaux chantiers majeurs ", déplore Jérôme Ivanez, vice-président Travaux publics et routiers de la FBTP06.
2026, année de "tous les dangers et de tous les possibles"
Dans sa globalité, 2025 aura toutefois été moins catastrophique que redouté avec 320 entreprises en défaillances contre 380 l’année précédente. Quant à la perte d’emplois, le bilan est aussi "plus mesuré", avec 600 salariés en moins, intérim compris. "Globalement, on ne s’en sort pas si mal sur ce territoire", conclut Patrick Moulard.
Lucide mais optimiste, il veut voir en 2026 "une année de transition avec de forts aléas, l’année de tous les dangers mais aussi de tous les possibles."
Un plan Logement et 2 millions de logements annoncés
Car les incertitudes demeurent sur le plan national, avec des décisions et autres blocages toujours suspendus au vote du budget, parmi lesquels "tous les dossiers MaPrimRenov'". Une lueur d’espoir est toutefois apparue vendredi 23 janvier 2026 à l’annonce d’un Plan logement par le Premier ministre et le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, intégrant le statut de bailleur privé réclamé depuis des années. "Miracle, le vent a tourné ! Mais rien n’est encore voté."
Ce plan prévoit la construction de pas moins de 2 millions de logements d’ici 2030. "Il s’agit donc de construire 400 000 logements par an, donc 125 000 logements sociaux, dès 2026… il va falloir faire vite ! Mais nous considérons évidemment ce plan comme positif."
Une expérimentation à Sophia Antipolis ?
Localement, les acteurs du BTP espèrent aussi que 2026 verra se concrétiser le projet d’expérimentation évoquée à Sophia Antipolis par les élus locaux, maire et député, avec le ministre du Logement qui prévoit d’intégrer "une dose de logements intermédiaires dans les quotas des logements sociaux imposés aux collectivités dans le cadre de la loi SRU". Mais là encore, c’est de Paris que sera donné l’éventuel feu vert si feu vert il y a.
Une période plus difficile pour les Travaux Publics
Système des vases communicants, les travaux publics eux, craignent de devoir subir un nouveau cycle post-électoral avec l’inertie qui en découlerait. "À cela il faut ajouter les probables baisses des dotations de l’État, souligne Jérôme Ivanez qui précise que "près de 50 % du chiffre d’affaires des Travaux publics viennent du bloc communal. Nous avons besoin de cohérence et de lisibilité."