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"La facture électronique va révolutionner le fonctionnement des cabinets"
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Eric Gillis président de l’Ordre des experts-comptables d’Occitanie "La facture électronique va révolutionner le fonctionnement des cabinets"

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Élu à la présidence du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables d’Occitanie le 3 décembre 2024 pour les deux ans à venir, Eric Gillis, associé de kpartners installé à Toulouse au sein d’un cabinet régional orienté vers le numérique et engagé RSE, succède à Pascal Castanet. Il détaille les ambitions qui guideront sa mandature.

Eric Gillis a été élu à la présidence du Conseil régional de l’ordre des experts-comptables d’Occitanie le 3 décembre 2024 — Photo : Emmanuelle Choussy

Vous vous êtes engagé dans une mandature "numérique et sécurisée". Que cela signifie-t-il ?

L’univers technologique des cabinets d’expertise-comptable évolue considérablement. L’adoption prochaine de la facture électronique va révolutionner leur fonctionnement puisque la saisie des factures va disparaître. Les collaborateurs qui ont aujourd’hui une fonction de saisie de comptabilité vont devoir évoluer vers l’exploitation de la data. Elle sera l’or noir des cabinets car elle leur permettra d’enrichir leurs missions de conseil auprès des entreprises. Par exemple, les statistiques récoltées dans un secteur d’activité aideront à réaliser un prévisionnel pour les clients. Le Conseil régional de l’ordre des experts-comptables d’Occitanie s’y prépare en proposant des formations au sein de son institut régional de formation (IRF), nouvellement dénommé Trajectoire, dont le siège est à Montpellier, et qui sera issu de la fusion des deux IRF de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon à compter du 1er janvier 2025.

Quels sont les enjeux liés à l’entrée de l’intelligence artificielle (IA) dans les cabinets ?

Il va falloir la dompter. Ce n’est pas l’IA qui doit piloter le cabinet mais bien l’inverse. Nous devons être maîtres de l’utilisation que nous en faisons. Aujourd’hui, lorsqu’un collaborateur est questionné sur un point technique et qu’il ne sait pas y répondre, il prend le temps de faire une recherche pour trouver la documentation ad hoc. Le danger, avec l’IA, est que cette phase de recherche disparaisse et qu’on donne à la machine tout le pouvoir de répondre à la place du collaborateur. Or, en cas d’erreur, la responsabilité du cabinet est engagée. L’objectif va donc être de maîtriser le "data deck" dans lequel l’IA puisera sa connaissance. À terme, l’automatisation d’un certain nombre de tâches à faible valeur ajoutée que pourra effectuer l’IA nous permettra de nous concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire l’accompagnement des clients. Le conseil régional de l’Ordre aura un rôle d’accompagnement à cette intégration de l’IA dans les process, via des formations et des partenariats noués avec les différents éditeurs de la profession.

Quid du volet lié à la cybersécurité ?

La multiplication des attaques vers les entreprises et les cabinets fait que nous ne raisonnons plus de la même façon. Nous ne nous demandons plus si nous serons attaqués un jour mais plutôt si nous serons bien protégés lorsque nous serons attaqués. Cela nous oblige, en tant qu’Ordre, à aider les consœurs et les confrères à se préparer à une éventuelle attaque, soit au travers de l’intervention de sachants sur l’aspect sécuritaire informatique, soit sur l’éducation des collaborateurs d’experts-comptables. On le voit bien : quels que soient les pare-feu et les protections déployés, l’intrusion provient souvent de la défaillance humaine.

Vous ambitionnez aussi de simplifier la vie des cabinets et de leurs collaborateurs. Par quoi cela passe-t-il ?

Par une meilleure reconnaissance du statut de l’expert-comptable afin qu’il puisse s’imposer dans les formalités qu’il effectue pour ses clients. Cela veut dire que l’identité numérique de l’expert-comptable doit être reconnue et suffisante pour lui permettre d’accéder aux différents services publics dans le cadre de ses missions. Nous voudrions faire reconnaître le mandat implicite de l’expert-comptable : dès lors qu’il signe une mission avec son client, ce mandat implicite l’autorise à aller chercher les informations dans les divers sites publics. Ce serait une simplification majeure pour la vie des cabinets. Par ailleurs, en reconnaissant l’identité numérique de l’expert-comptable, on lutte contre l’exercice illégal de la profession par des prestataires qui tiennent des comptabilités sans aucune sécurité pour leurs clients, puisqu’ils ne sont pas assurés et parfois même pas solvables…

Est-ce une préoccupation majeure du conseil de l’Ordre en Occitanie ?

Oui. Nous avons une commission spécialement chargée de lutter contre l’exercice illégal de la profession. Nous recourons même à un détective privé qui peut enquêter auprès de prestataires, en jouant par exemple le client mystère, pour vérifier si le prestataire propose des services interdits. L’administration fiscale prend elle aussi cela très au sérieux, puisque le commissaire du gouvernement est présent à chaque séance. Lorsqu’un illégal est détecté, il reçoit souvent un contrôle fiscal par la suite.

Vous souhaitez également renforcer l’utilité et l’influence de la profession. Qu’entendez-vous par là ?

Nous voulons travailler sur l’image de l’expert-comptable. Nous allons rencontrer au maximum les entreprises mais aussi les décideurs, les pouvoirs publics, pour faire évoluer la marque “expert-comptable” et pour souligner le rôle que nous pouvons tenir au cœur de l’économie de notre région. Cela se fera au travers de manifestations comme Ecozoom, que nous organisons déjà deux fois par an, à Montpellier et à Toulouse. Je serai aussi attaché à rencontrer les élus pour leur faire part des remontées de terrain observées auprès des entreprises.

L’attractivité de la profession constitue-t-elle aussi un enjeu du moment ?

Oui. Nous continuerons d’aller à la rencontre des jeunes pour leur faire découvrir notre métier, la richesse et la diversité des actions que nous accomplissons auprès des entreprises. Nous avons également un travail à mener auprès des femmes. Nous constatons une certaine parité pendant les études mais, au moment d’être diplômées, un certain nombre de jeunes femmes quitte la profession, et cette parité se perd. Notre rôle, dans les prochaines années, sera donc aussi d’accompagner les consœurs et les confrères vers une évolution du fonctionnement des cabinets pour les rendre encore plus compatibles avec une vie de famille.

Qu’observez-vous aujourd’hui de la santé économique des entreprises en Occitanie ?

Nous éditons chaque trimestre un baromètre, appelé Image PME, consacré à l’évolution des grands secteurs d’activité en Occitanie et sur les départements. Au premier trimestre 2024, on constate un tassement de l’activité à -0,8 % par rapport au premier trimestre 2023. L’activité a augmenté en Aveyron, dans le Gard, en Lozère et dans le Tarn-et-Garonne, mais elle a reculé dans les neuf autres départements. Par ailleurs, les procédures de sauvegarde ont augmenté de 13 %, les procédures de redressement de 44 % et les procédures de liquidation de 12 %. Dans le même temps, les procédures amiables ont diminué de 3,6 % et les conciliations n’ont augmenté que de 1,4 %. C’est très significatif. Or, une procédure amiable a 75 % de chance d’aboutir à un succès, contre 25 % seulement pour un redressement judiciaire. Notre rôle, en tant qu’expert-comptable, est aussi d’aider nos clients à prévenir ces difficultés en les informant sur les possibilités qu’offre le tribunal de commerce en matière de procédures amiables.

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