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La crise politique et sociale s’invite au Forum Économique Breton
Bretagne # Transport-logistique # Politique économique

La crise politique et sociale s’invite au Forum Économique Breton

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Plus de 6 000 participants, la plupart des chefs d’entreprise bretons, participent actuellement au Forum Économique Breton à Saint-Malo. La chute de François Bayrou et la crise sociale que connaît la France se sont invitées dans les débats. Tour des réactions des entrepreneurs sur place, inquiets de cette instabilité gouvernementale chronique.

Des sympathisants du mouvement "Bloquons tout" devant le Forum Économique Breton à Saint-Malo, le 11 septembre 2025 — Photo : Baptiste Coupin

Le Forum Économique breton, grand rendez-vous économique de la rentrée en Bretagne, s’est ouvert mercredi à Saint-Malo, sur fond de crise politique et sociale. Un comité d’accueil d’une centaine de personnes, participants du mouvement "Bloquons tout", a accueilli hier les patrons, venus des quatre coins du territoire breton. Leurs slogans ? "Rendez l’argent !" ; "Taxez les riches !". Les protestataires, en colère contre la dégradation de leurs conditions de vie, à commencer par la baisse de leur pouvoir d’achat, ont trouvé une cible facile : les entreprises, et les patrons.

"Fixer un cadre clair"

"Les entreprises, elle aussi, partagent leurs difficultés", leur répond le président du Medef Bretagne (20 000 entreprises représentées), Hervé Kermarrec : "Elles produisent mais subissent des charges en hausse, des marges en baisse, une concurrence internationale agressive, et bientôt les droits de douane de Trump qui limiteront leurs exportations."

Hervé Kermarrec, président du Medef Bretagne — Photo : Baptiste Coupin


Si la nomination rapide d’un nouveau Premier ministre le rassure pour éviter une paralysie de l’activité, le patron des patrons bretons attend maintenant "un gouvernement rapidement au travail pour écouter les entreprises et fixer un cadre clair". "Nous serons vigilants, notamment sur le projet de loi de finances", assure-t-il.

"Ce qu’on attend, c’est une stabilité gouvernementale"

Dans une France ingouvernable depuis un an et demi, avec des réformes susceptibles d’être stoppées ou des marchés publics reportés, les chefs d’entreprise croisés dans les allées du salon, affichent, en grande majorité, leur exaspération. C’est le cas de Jean-Yves Gautier, président de l’ETI bretillienne GFS (500 salariés et 70 M€ de CA), société de transport de produits manufacturés en pleine croissance.

Jean-Yves Gautier, président du transporteur GFS — Photo : Baptiste Coupin

"Nous, chefs d’entreprise, ce qu’on attend avant tout, c’est une stabilité gouvernementale, souligne-t-il. Sinon, tout le reste est compromis : les taux d’intérêt, les investissements dans la transition énergétique, la confiance des clients. On est déjà à notre huitième ministre des Transports depuis l’élection du président… Comment avancer sérieusement dans ces conditions ?"

"Il va peut-être falloir réduire la voilure"

Frédéric Lerebour, directeur général du torréfacteur de Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) Lobodis (36 salariés et 30 emplois indirects en ESAT, environ 10 M€ de CA), est aussi désarçonné par la situation du moment : "Le climat actuel crée de l’inquiétude. ll va peut-être falloir réduire la voilure sur certains projets, être moins ambitieux, mais on n’a pas d’autres choix que d’avancer". Son entreprise fabrique du café responsable et engage des investissements sur le transport décarboné à la voile pour faire venir sa matière première de différents continents.

Frédéric Lerebour, directeur général du torréfacteur Lobodis — Photo : Baptiste Coupin

Il espère que les incitations fiscales que peut accorder l’État sur les projets de transition écologique des entreprises ne seront pas remises en question.

Des chefs d’entreprise confiants

À l’occasion du FEB, le cabinet d’audit et d’expertise comptable Forvis Mazars, a dévoilé les résultats d’un baromètre inédit consacré au moral des dirigeants bretons. Ils expriment une vigilance face aux incertitudes conjoncturelles, notamment sur les coûts, l’énergie ou la demande. Pour autant, 80 % d’entre eux jugent "bonne" la situation de leur entreprise". "Les fondamentaux de l’économie bretonne restent bons, avec un taux de chômage à 6 %, le plus bas de France, corrobore le président de Région, Loïg Chesnais-Girard. Même si des entreprises connaissent des difficultés, beaucoup investissent, souvent avec l’appui de la Région, comme Safran à Rennes, Naval Group et Cité Marine dans le Morbihan."

"Faire front commun"

"Il faut rester positifs", conclut Thierry Geffroy, patron du géant rennais des services aux entreprises Samsic (136 000 collaborateurs, 4 Md€ de CA en 2024), qui conduit de nombreux rachats en Europe ces derniers mois.

"Allez interroger les Européens, ils vous diront qu’en France il y a tout, et il n’y a que les Français à se plaindre, déclare le dirigeant. Bien sûr qu’il faut aider les gens qui en ont besoin, mais il nous faut aussi des institutions stables. Avoir de la stabilité et de la cohérence, et faire front commun".

Le "pacte breton", cette capacité des acteurs bretons à travailler ensemble (acteurs économiques, collectivités et monde institutionnel) pour passer les obstacles, est le fil rouge du FEB 2025. Il inspirera peut-être le futur gouvernement Lecornu.

Bretagne # Transport-logistique # Agroalimentaire # Services aux entreprises # Politique économique # Conjoncture # Syndicats patronaux # Organisations professionnelles