La Brosse & Dupont franchira bientôt une nouvelle étape de sa renaissance. À l’aube de son 180e anniversaire, cet ancien grand nom de la brosserie picarde prépare le transfert de son siège administratif et de son principal site logistique. Les bâtiments, situés actuellement à Hermes, dans l’Oise, n’étaient plus adaptés. Passée par plusieurs métamorphoses en se spécialisant au fil du temps dans la fabrication et la distribution de produits du quotidien (les ustensiles de nettoyage via sa marque Éléphant, mais aussi la coiffure, le maquillage ou la mercerie - chaussant), l’entreprise (200 M€ de CA, 950 salariés) prévoit de lancer la construction d’un nouvel ensemble de bâtiments au premier semestre 2025.
Un retour aux origines géographiques
Le nouveau site s’étendra sur 22 000 m² (dont 3 000 m² de bureaux) à Allonne, toujours dans l’Oise, où quelque 20 millions d’euros seront investis pour mener le projet à bien. Le démarrage de l’activité in situ est espéré à l’automne 2026. Une nouvelle implantation qui rapproche très sensiblement la société de Beauvais, une ville qui revêt une importance toute particulière dans l’histoire de l’entreprise. C’est ici qu’Alphonse Dupont a créé la société au XIXe siècle, y implantant sa toute première manufacture de brosses à dents, symbole du savoir-faire brossier du territoire.
C’est là aussi que la société avait son siège administratif, avant que ne survienne la décision du management actuel de se désengager de ce marché, au mitan des années 2000. Soit l’époque où François Carayol, actuel Pdg de la société, est appelé en renfort par l’actionnaire d’alors, LVMH, pour restructurer une entreprise en manque de rentabilité et renverser la tendance. Pari tenu, tant et si bien qu’il obtiendra de la racheter, aux côtés d’une dizaine de cadres, en 2010. Pratiquement quinze ans plus tard, la croissance est de retour.
Une trajectoire loin d’être linéaire
Ces dernières années, la Brosse & Dupont a enregistré entre 3 % et 5 % de croissance annuelle et devrait dépasser les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le cadre de son exercice 2024. Traversant siècles et décennies, l’entreprise née en 1845 dans un des hauts lieux de la brosserie est pourtant passée par tous les états. "La Brosse & Dupont a une trajectoire tout sauf linéaire et a été refondée au moins deux fois au cours de son histoire", résume son actuel patron et repreneur.
Quand Dupont se rapproche de son homologue La Brosse, en 1932, il compte "la plus grande usine de brosses à dents dans le monde", assure François Carayol. En 1950, l’entreprise est introduite en Bourse. Dix ans plus tard, les héritiers passent la main et la société passe sous le contrôle d’Unilever. La Brosse & Dupont abandonne alors son statut de petite entreprise familiale stricto sensu pour devenir un outil industriel patrimonial logé dans un groupe international. Dans les années quatre-vingt, les investissements dans le Beauvaisis sont au point mort et la multinationale anglo-néerlandaise se désengage de sa propriété. Jusqu’à ce que l’entrepreneur lyonnais Jacques Gaillard ne la rachète et ne la sauve de la faillite en 1990. Lui la réoriente commercialement et plus largement vers la fourniture de produits et la prestation de services pour la grande distribution. Profitable, l’entreprise est reprise en 1998 par LVMH.
"La Brosse & Dupont a une trajectoire tout sauf linéaire et a été refondée au moins deux fois au cours de son histoire."
Une réorientation industrielle
En 2004, l’actionnaire constate que les pertes s’accumulent de nouveau. En cause, une organisation et un outil industriel vieillissant. Transfuge de Canal +, François Carayol est mandaté à ce moment-là pour restaurer la compétitivité, en vue d’une cession. Et c’est donc lui qui obtiendra de racheter l’entreprise une fois le travail effectué. "Il fallait mettre en évidence industriellement ce que l’entreprise était devenue commercialement", résume-t-il. Toujours en 2004, François Carayol prend la décision d’arrêter la fabrication de brosses à dents et de fermer l’usine de Beauvais. "On ne faisait pas le poids face aux géants du secteur".
À son arrivée, l’entreprise réalise 145 millions d’euros de chiffre d’affaires, compte 1 500 salariés et 15 sites en France. En octobre 2010, quand son Pdg devient aussi le propriétaire, la société ne compte plus que 750 employés, soit moitié moins qu’auparavant, et son organisation passe par ses quatre sites actuels : son siège administratif de Hermes, son siège social à Villepinte, en région parisienne, son site logistique de Longueil-Sainte-Marie et son usine de Béthisy-Saint-Pierre, tous deux dans le Compiégnois (Oise). S’il n’est pas intentionnel, le prochain rapprochement géographique de son siège administratif a donc tout du symbole, ce qui ne déplaît pas aux élus du Beauvaisis.
Le maintien des compétences dans l’Oise
Quant à l’appareil de production du groupe, basé à Béthisy-Saint-Pierre, il est toujours resté dans l’Oise. Ces deux dernières années, une enveloppe de près d’un million d’euros a été réinvestie pour renouveler le parc machines. "Il n’a jamais été question de quitter le territoire, pour ne pas perdre les gens et les compétences", indique François Carayol. L’usine de Béthisy assure actuellement 45 % de la production de la division "maison" du groupe, le reste est fabriqué dans des usines partenaires en France, en Espagne ou en Italie, "un peu en Asie". Mais, "quand nous créons de nouveaux produits, nous nous posons la question de la faisabilité en Picardie".
"Il n’a jamais été question de quitter le territoire, pour ne pas perdre les gens et les compétences."
Dans un marché des biens de consommation qui se maintient, "la société rencontre une croissance raisonnable", selon son repreneur. Ces dernières années le groupe s’est donc lancé dans la fabrication et la distribution de produits connexes à son activité principale (gants, éponges) et se projette plus largement à l’international, après avoir bien quadrillé l’Hexagone.