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KS Groupe mise sur le béton de chanvre pour soutenir sa croissance et ses engagements environnementaux
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KS Groupe mise sur le béton de chanvre pour soutenir sa croissance et ses engagements environnementaux

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Spécialisée dans la livraison de bâtiments intégrant divers process industriels, KS Groupe compte soutenir sa croissance via le béton de chanvre. L’ETI alsacienne constitue un spin-off avec Wall’Up Préfa et La Chanvrière en vue de créer une usine de production près de Strasbourg. Ce projet doit contribuer à la stratégie globale de l’entreprise à mission qui ambitionne de changer d’échelle.

Édouard et Jérôme Sauer, dirigeants de KS Groupe — Photo : Christophe Urbain

Entreprise à mission depuis 2023, KS Groupe mise sur le béton de chanvre pour conjuguer ses engagements sociétaux et environnementaux avec sa trajectoire de croissance à l’horizon 2030. L’ETI implantée à Bischheim (Bas-Rhin) est notamment spécialisée dans la "livraison d’usines clés en main" d’après les termes de son président Édouard Sauer.

Elle vient de créer un spin-off avec la société Wall’Up Préfa (22 collaborateurs ; 2,16 M€ de CA en 2024), qui conçoit des panneaux préfabriqués ainsi que des toitures en ossature bois avec un remplissage en béton de chanvre depuis Aulnoy (Seine-et-Marne), et La Chanvrière, coopérative agricole française qui cultive 11 000 hectares de chanvre à Saint-Lyé (Aube). Cette dernière est spécialisée dans la première transformation de la plante en extrayant la chènevotte, la partie boisée figurant à l’intérieur de sa tige.

Un investissement de 4 à 5 millions d’euros

Les trois entités, qui investissent chacune un tiers dans ce spin-off, cherchent actuellement un terrain d’une surface de 12 000 m2 "pouvant accueillir 3 500 m2 de bâtiments" pour implanter un site de production sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg. Un investissement de 4 à 5 millions a été chiffré pour ce projet qui pourrait générer la création d’une vingtaine d’emplois afin de produire 50 000 m2 de panneaux préfabriqués par an d’ici 2027.

Si Wall’Up Préfa fait figure de pionnier dans le béton de chanvre pour le secteur de la construction, son usine francilienne arrive aujourd’hui à saturation, avec une production annuelle de 20 000 m2 à destination des bailleurs sociaux du bassin parisien, et ne présente aucune possibilité d’extension. "Notre politique est de chercher des partenaires pour développer de nouvelles entreprises. Avec KS Groupe, on va changer de dimension", explique Philippe Lamarque, son PDG et fondateur, précisant avoir déjà "refusé des propositions de Bouygues et de Vinci".

KS Groupe vient de créer une spin-off avec Wall’Up Préfa et la Chanvrière de l’Aube en vue de construire une unité de production d’éléments préfabriqués à base de béton de chanvre dans le Bas-Rhin — Photo : Fabrice Voné

Du côté de l’ETI alsacienne, l’idée de se positionner sur ce matériau a germé, il y a deux ans, suite à un échange avec Serge Zaka, ingénieur agronome et docteur en agroclimatologie. "On veut transformer notre modèle d’affaires avec quelque chose qui correspond à nos engagements environnementaux et sociétaux", indique Édouard Sauer qui plaide pour une construction plus durable et le bien-être des salariés de KS Groupe.

Une filière chanvre en gestation dans le Bas-Rhin

Mélange de chaux et de chènevotte, le béton de chanvre est utilisé dans le secteur de la construction depuis une trentaine d’années. "On a obtenu un retour d’expérience sans sinistralité sur plus de 10 000 bâtiments à travers le monde", précise Philippe Lamarque pour qui ce matériau biosourcé "présente également une résistance hydrothermique exceptionnelle que ce soit en hiver comme face à la chaleur de l’été".

Autre avantage du béton de chanvre : sa résistance au feu qui lui permet de répondre à la nouvelle réglementation sur la sécurité incendie des établissements recevant du public (ERP). "On peut aisément imaginer les passerelles vers l’industrie qui a des besoins coupe-feu essentiels", corrobore Édouard Sauer.

En menant à bien ce projet, KS Groupe se voit comme le "bras armé" en faveur du développement d’une filière chanvre à l’échelle du Bas-Rhin aux côtés de l’Eurométropole de Strasbourg. Avec 50 % de la production française de chanvre et 20 % de la production européenne sur son territoire, la Région Grand Est s’est aussi engagée "à soutenir les producteurs de chanvre, les filières et les projets innovants".

Un nouveau cap pour KS Groupe

"Ce projet nous permettra de proposer une nouvelle alternative pour décarboner nos activités", insiste Édouard Sauer. Il doit aussi permettre à KS Groupe de franchir un nouveau cap après avoir réalisé un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros en 2025.

Avec 450 collaborateurs répartis dans ses douze filiales, l’ETI familiale ambitionne de devenir un acteur national, voire international, de la construction d’ici 2030. Historiquement connu sur le domaine de la promotion immobilière et du logement, KS Groupe s’est progressivement spécialisé dans la réalisation de bâtiments d’activité pour l’industrie et la logistique, opérant aussi bien en tant que contractant général tout en étant en mesure d’y intégrer de l’ingénierie et divers process industriels. Cette activité représente aujourd’hui 80 % du chiffre d’affaires du groupe.

Cet aspect pluridisciplinaire s’est encore étoffé l’an dernier par le biais de trois opérations de croissance externe : la PME familiale Charpentes Moog, implantée à Hœrdt (Bas-Rhin), le bureau d’ingénierie vinicole Ingevin basé à Montpellier et le cabinet d’ingénierie mulhousien BC2I. "On compte poursuivre ce mouvement afin de développer nos expertises de niches", prévient Édouard Sauer. "Aujourd’hui, j’ai envie de dire que KS Groupe est une boîte à outils avec différentes expertises. En fonction des besoins de nos clients, nous sommes en mesure de sortir un ou plusieurs outils".

Un carnet de commandes rempli jusqu’en 2028

La réalisation de la nouvelle unité de production de la maison de champagne Pol Roger, située à Épernay, offre de nouvelles opportunités à KS Groupe — Photo : Julien Gerard-Maizieres

Ces expertises ont permis à KS Groupe de réaliser ses premiers projets d’envergure loin de ses bases alsaciennes. Comme la réalisation du restaurant de l’hôtel Les Neiges — Fouquet’s à Courchevel (Savoie), via sa filiale dédiée à l’aménagement d’espaces, et le nouveau site de production de la prestigieuse maison de champagne Pol Roger à Épernay (Marne). "Notre stratégie, c’est de livrer des projets complexes et à forte valeur ajoutée qu’on sera ensuite capable de décliner pour d’autres clients", dévoile le dirigeant alsacien. "L’idée est de faire profiter à tous nos clients de l’excellence acquise suite à la réalisation de ces grands projets". KS Groupe qui mène actuellement plusieurs gros chantiers à Lyon, Paris, Strasbourg, dans les Hauts-de-France, le Sud et au Luxembourg, change aujourd’hui d’échelle. Ce dernier projet doit d'ailleurs lui entrouvrir les portes de l’international vers le Benelux. "Nous sommes en forte croissance depuis 18 mois avec un carnet de commandes que nous n’avions jamais eu auparavant et qui doit nous mener jusqu’en 2028", avance Édouard Sauer.

Réorganisation en interne

Si l’horizon semble dégagé niveau business, KS Groupe en profite pour structurer sa gouvernance. "Avant, on s’apparentait à un râteau à deux têtes", sourit Jérôme Sauer, président du Comité de stratégie et de surveillance de KS Groupe. Celui-ci chapeaute un comité exécutif, présidé par son petit frère Édouard, en charge de l’opérationnel. L’entreprise a également revu son identité de marque, en regroupant ses filiales en "marques jumelles" (KS Construction, KS Énergies, KS Promotion, KS Solutions et KS Aménagement) et "marques cousines" (Altherm, Creatio, Moog Bâtisseurs Bois et Cical Synergies) ainsi que son logo historique.

Un manifeste de marques assorti d’une promesse

Cette métamorphose intervient après plusieurs mutations opérées, ces dernières années, par KS Groupe. Après avoir adopté le statut d’entreprise à mission, la société s’est dotée d’un fonds de dotation qui a, depuis reversé, plus d’un million d’euros à destination d’une soixantaine d’associations locales œuvrant en faveur de l’inclusion (handicap, accès au logement, insertion professionnelle) et de la défense de l’environnement.

En 2025, les deux frères ont commencé à transmettre gratuitement 5 % de leurs parts de la société afin de "sécuriser et de pérenniser la mission et les valeurs familiales et humanistes de l’entreprise". L’objectif étant que ce fonds de dotation devienne majoritaire de l’actionnariat de l’ETI alsacienne "d’ici une dizaine d’années".

"Nous sommes convaincus de nos capacités à améliorer le système, la préservation de la planète et à défendre les plus précaires par l’insertion et le logement", continue Jérôme Sauer. Pour affirmer ce virage stratégique, KS Groupe s’est fendu d’un manifeste de marques assorti d’une promesse : "Nous construisons le monde que nous voulons transmettre"

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