Jean-Claude Kindt : Le maître étoilé de la grande hôtellerie
# Investissement

Jean-Claude Kindt : Le maître étoilé de la grande hôtellerie

Le fondateur de la Société lilloise d'investissement hôtelier loge les hommes d'affaires dans sa maison aux 700chambres et 12enseignes. Patron baroudeur de 67ans, ex-comédien et figure du petit écran, Jean-Claude Kindt trace sa route dans l'hôtellerie de prestige depuis 22ans. À Rouen, il vient de transformer l'ancien siège du CIN.

Pour rejoindre l'antre de Jean-Claude Kindt, il faut grimper dans les coursives de l'hôtel Bellevue, au coeur de la capitale des Flandres. Les dernières marches d'un escalier de service mènent à son petit bureau sobre dont on devine l'ancienne fonction de chambre de bonne. C'est là, perché au-dessus de la grand-place lilloise que le maître travaille au développement de sa grande maison de quelque 700chambres pour 30M€ de chiffre d'affaires et un revenu brut d'exploitation à 11M€. Jean-Claude Kindt possède 12hôtels dont 6rien qu'à Lille.




Coup de coeur à Rouen Sur son bureau bien ordonné, les dossiers s'empilent sous le regard encadré du père, Fernand Kindt, grand comédien lillois. Une pile de chemises bleues symbolise l'hôtel de Bourgtheroulde, à Rouen, dernier coup de coeur du Nordiste. Il y a placé son fils aîné Arnaud, 44ans, de retour de Nouvelle-Zélande. Le siège du Crédit industriel de Normandie s'est mué en hôtel 4étoiles, le seul de la ville: un investissement de 35M€ dont deux tiers en travaux. Aux dires des collaboratrices qui l'entourent, Jean-Claude Kindt a le caractère des pierres qu'il affectionne. Des hôtels de prestige dans des lieux tout aussi raffinés, souvent classés monuments historiques, c'est la «voie» qu'il a trouvée. «L'hôtellerie valorisante», comme il la nomme de son franc sourire, après avoir papillonné dans plusieurs domaines.

Afghanistan et politique dans un parcours tortueux Aux murs de son bureau, des photos d'Afghanistan trahissent une autre époque dont on peine à en imaginer l'acteur. C'est pourtant bien lui, Jean-Claude Kindt, ce jeune baroudeur un temps engagé dans l'armée, posant fièrement torse nu sur le capot d'un 4x4. Un vieux rêve de tour du monde réalisé en 1975 et assorti d'un reportage sur la route de la soie avec un ami journaliste. Fait prisonnier au Liban, Jean-Claude Kindt fut sauvé par son engagement politique. De retour en France, il rendra pourtant sa carte du parti communiste, après avoir constaté ses effets sur le terrain. Parce qu'«il fallait bien travailler», Jean-Claude Kindt a successivement tutoyé la banque, l'assurance, le textile... Il a même été postiche sur les marchés. Un de ses employeurs dira de lui qu'il avait de l'avenir dans la banque. Lui, se serait plutôt bien vu jouer la comédie toute une vie. Sur les planches nordistes puis parisiennes, Jean-Claude Kindt a brillé plusieurs années. L'oeil pétille encore à l'évocation de ses rôles, souvent dans l'art dramatique. «Je me suis toujours senti à l'aise dans le théâtre russe», confie-t-il de sa voix éraillée. La télévision des Buttes Chaumont repère ce talent qui enchaîne les émissions comme «Les 5dernières minutes».

Banque, textile, immobilier... En 1971, c'est une affaire textile qui lui tend les bras à Lille où il revient brutalement, balayant sa carrière d'artiste après «un événement» qu'il garde secret. Puis, en 1980, le négociant en bonneterie a eu «envie de faire de l'immobilier». Après avoir appris les rudiments du métier chez Cogedim, il fait sa propre promotion immobilière. «Il faut être nourri dans le sérail pour comprendre le système.» Quand son épouse lui exprime son désir d'hôtel, Jean-Claude Kindt retrouve ses yeux d'enfant ébahis devant les grands hôtels. Lui qui, «élevé pauvrement», n'avait «jamais rien». Il lance alors la construction de son premier établissement. L'hôtel de la Treille ouvre en 1988, dans le Vieux-Lille. Deux ans après, il gagne le projet du couvent des Minimes, métamorphosé en hôtel de luxe. Fin 1993, c'est au Touquet qu'il investit, à l'hôtel Picardy.

En duo avec Verspieren En 1999, son association avec Hubert Verspieren, rencontré «par hasard» alors qu'il venait de vendre sa compagnie d'assurances Lloyd Continental, va accélérer le développement. Art Déco Romarin, Crowne Plazza, Hermitage Gantois à Lille, mais aussi des étoiles à Paris, Bruges, Gand... Où s'arrêtera-t-il? La relève semble assurée avec deux de ses trois enfants hôtes de l'affaire familiale.

Géry Bertrande

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