Jean Azema : «Solvabilité II: pas adapté à la situation»
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Jean Azema : «Solvabilité II: pas adapté à la situation»

La directive européenne Solvabilité II, Jean Azema n'en veut pas. Dans un entretien exclusif au Journal des Entreprises, le directeur général de Groupama et président de la Fédération française des sociétés d'assurance mutuelle monte au créneau pour dire pourquoi forcer les compagnies d'assurances à augmenter leurs fonds propres aura des conséquences graves. Sur les équilibres économiques de ces dernières, sur les contrats d'assurances, mais aussi sur les entreprises françaises.



On vous entend beaucoup sur le projet de directive européenne Solvabilité II, dont l'application pourrait intervenir fin 2012. Cette directive prévoit de contraindre les compagnies d'assurances à augmenter leurs fonds propres. Quelles seraient les conséquences?

Ça veut dire que le risque d'assurances va coûter plus cher et qu'il va falloir résoudre ce risque par les tarifs, la maîtrise technique et la productivité.


Donc que les assurés verront leurs contrats augmenter?

Cela risque d'avoir des conséquences - je ne dis pas que c'est une certitude - en partie sur les tarifs d'assurances. Ça, c'est le premier impact. Mais il y en a un deuxième. L'Europe nous dit ?Si vous avez des actions en portefeuille, il faut avoir des fonds propres beaucoup plus importants?. C'est vrai que les actifs en actions sont plus volatils que les obligations d'État. Mais si Solvabilité II voit le jour, ça veut dire que les placements actions seront moins incitatifs pour les compagnies d'assurances. Nous en aurons moins en portefeuille, donc moins de revenus financiers. Ça veut dire que ça va peser sur la rentabilité des compagnies d'assurances. De plus, si nous nous désengageons des actions - aujourd'hui Groupama a 15% de son portefeuille en actions, c'est-à-dire un peu plus de 12milliards d'euros - il y aura moins de fonds investis dans les entreprises.


Si on devait résumer, vous n'en




voulez tout simplement pas de cette directive?

Je pense que l'idée est intéressante mais je pense que l'application qui en est faite aujourd'hui aboutit à quelque chose qui n'est pas adapté à la situation économique de l'Europe.


Groupama a réalisé en 2009 un chiffre d'affaires en hausse de 7,6%. Même tendance pour le résultat net. Comment expliquez-vous ces chiffres?

L'année 2009 a été une année positive pour Groupama parce que nous avons poursuivi notre croissance organique dans un contexte économique et financier qui était difficile. On trouve là le fruit des investissements que nous avons réalisés depuis maintenant plusieurs années. En investissant à la fois dans les réseaux, la marque commerciale et l'innovation produit.


Où en est votre projet de cotation en bourse?

Le président l'a annoncé lors de la publication des comptes de 2009. Nous nous préparons activement à cette cotation. Il fallait transformer le groupe, améliorer ses résultats avant de l'envisager. Aujourd'hui, c'est chose faite donc nous choisirons le moment qui nous paraîtra le plus opportun, c'est-à-dire peut-être un moment où la volatilité des marchés et où l'environnement économique seront meilleurs.


Cela ne sera donc pas pour 2010?

Non, ce ne sera sûrement pas pour 2010, même si nous n'avons pas fixé de date précise. Le contexte économique et les incertitudes réglementaires ne nous permettent pas d'envisager une cotation très rapide. En tout cas dans les semaines ou les mois qui viennent.


Votre objectif annoncé de dixième groupe européen à l'horizon 2012 (15e aujourd'hui), c'est tenable?

C'est tenable, bien sûr, puisque nous nous y employons! Ce n'est pas un rêve, c'est une ambition, donc nous avons la volonté de le faire. La cotation c'est vraiment un moyen de financement de cette croissance au-delà de ce que doivent être nos résultats et surtout de ce que doit être la qualité de nos résultats.


Pour atteindre cette taille, Groupama n'a jamais caché sa volonté de procéder à une opération de croissance externe significative. A quoi pourrait ressembler la cible idéale?

C'est un groupe d'assurances avec des réseaux de distribution, une image forte dans le pays où ce groupe est implanté et qui présente un potentiel d'amélioration de ses résultats par les synergies qui seraient créées de par son intégration à Groupama.


Le secteur bancaire se désengage de l'assurance. La reprise de certains de ces actifs, ce pourrait être aussi une piste pour Groupama?

La régulation bancaire va sans doute évoluer. Compte tenu de ce contexte, il est possible d'imaginer que certaines banques rechercheront des partenaires d'assurances plutôt que d'être propriétaire de leur compagnie d'assurances en direct. C'est une hypothèse de travail, intégrée parmi d'autres.


L'épisode du rapprochement de Groupama, Crédit Agricole, Société Générale, c'est bel et bien fini? C'était pur fantasme?

Je ne sais pas parce que ce n'est pas nous qui avons lancé cette idée-là. Donc je ne vais pas le qualifier. Pour nous, ce n'était pas un sujet d'actualité. Je n'ai pas à le commenter.


À l'international, vous êtes notamment présent en Grèce et en Hongrie. Compte tenu des difficultés de ces États, le regrettez-vous?

Non. En Grèce, nos résultats ont été positifs en 2009. Nous avons une très belle croissance, même si le contexte du pays est un contexte difficile. La Hongrie, c'est une société extrêmement rentable. C'est une position importante car nous sommes là-bas le troisième assureur.


Groupama, nouveau sponsor de l'Olympique lyonnais. Cela signifie-t-il que vous allez vous désengager de la voile pour privilégier le football?

Pas du tout. La voile reste le sponsoring principal de Groupama, parce qu'elle a pour vocation d'accompagner à la fois la croissance du groupe et son image. Néanmoins, nous considérons qu'il était nécessaire d'ajouter une notion de proximité, d'ancrage régional. Et donc nous allons le faire avec les caisses régionales auprès d'un certain nombre de clubs sportifs et de football.


Ça veut donc dire d'autres clubs demain?

Nous sommes déjà présents auprès d'autres clubs: LeMans, l'Olympique de Marseille, Strasbourg. Nous allons continuer en fonction des choix qui seront faits régionalement.


Le président Sarkozy souhaite inscrire la dépendance à l'agenda 2010. Quelle est votre position sur le sujet?

Ce qui est important, c'est que l'on recherche une couverture universelle. Ce qui paraît logique dans un pays comme le nôtre, c'est que l'on puisse offrir la garantie à chacun, s'il est dépendant demain, de pouvoir bénéficier des soins et des aides qui sont nécessaires. Ensuite, compte tenu du coût de cette prise en charge, il paraît aussi logique d'associer le financement public et le financement privé. Donc à la fois de réserver la solidarité nationale à ceux qui sont les plus touchés et démunis financièrement, et d'encourager la souscription de contrats d'assurances ou d'épargne individuelle.


Encourager ou obliger?

Ça, ce sera un choix à faire par les pouvoirs publics. Mais il faut aussi miser sur la responsabilité des individus et des personnes pour se protéger. Nous, nous sommes plutôt favorables à ce que l'on encourage plutôt que l'on oblige.

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