Il y a quelques semaines, avant même de parler de mètres carrés, de certification environnementale ou de plan d’investissement, Damien Choutet, président de l’AGPM (Association générale de prévoyance militaire), a raconté une histoire de famille. Celle de sa grand-mère, veuve de la guerre d’Indochine, au tout début des années 1950. "Si l’AGPM avait existé quelques mois plus tôt, sa vie aurait été toute autre", confie-t-il. L’association est officiellement née le 1er décembre 1951 pour accompagner des centaines de familles de militaires qui, chaque année, perdaient un père, un mari, un fils, sans aucun filet de protection adapté à la réalité du métier des armes.
75 ans plus tard, l’AGPM porte toujours cette conviction qu’un engagement pour la Nation ne doit jamais laisser une famille sans recours. C’est cette continuité que l’AGPM a souhaité mettre en scène en cette année anniversaire, alors qu’un nouveau chapitre se dessine, marqué par l’extension de son siège social toulonnais.
75 ans de fidélité à Toulon
Un jalon très concret d’un vaste programme de rénovation et d’agrandissement engagé pour plusieurs années. Les travaux, démarrés trois ans plus tôt, s’inscrivent dans un investissement de plusieurs millions d’euros (le montant exact n’est pas communiqué) étalé sur six ans, et le chantier n’est pas terminé : le projet global doit encore se poursuivre pendant trois années supplémentaires. Un projet que Damien Choutet qualifie lui-même de "grande ampleur, qui prouve la vitalité de l’entreprise."
Conçu selon les exigences de la certification HQE, ce nouveau bâtiment offre 30 % de surface de bureaux en plus pour répondre à la fois à la croissance de l’entreprise et aux nouveaux usages du travail : espaces plus ouverts, plus collaboratifs, pensés pour les 600 collaborateurs du siège. Une manière, pour l’AGPM, de réaffirmer son ancrage varois, qui remonte à 1969. À l’époque, l’entreprise avait quitté Paris "pour se rapprocher de la Caisse nationale militaire de sécurité sociale (CNMSS) pour assurer une complémentarité de service, bénéficier de conditions de développement plus favorables qu’en région parisienne, s’ancrer dans un territoire où se concentre une partie importante de la communauté de Défense."
Aujourd’hui, avec 900 collaborateurs répartis en métropole et dans les outre-mer, dont plus de 600 dans la capitale varoise, "elle est le premier employeur privé de la ville de Toulon et le quatrième employeur privé du département", selon le Préfet du Var, Simon Babre.
Un modèle mutualiste singulier
L’AGPM revendique aujourd’hui 700 000 sociétaires et 1,7 million de contrats gérés. Elle a redistribué plus de 48 millions d’euros depuis 2019 aux familles et militaires victimes d’accidents en service, et consacre chaque année plus de 8 millions d’euros à des actions d’entraide et de solidarité. Son modèle est resté fidèle, dans son principe, à celui imaginé en 1951 par le contrôleur général des armées Jean-Baptiste Lachenaud, dont l’idée était de permettre aux militaires de s’organiser collectivement pour la protection individuelle de leur famille. À l’époque, une promotion entière d’officiers et de sous-officiers est tuée chaque année. Malgré la création, en 1949, de la CNMSS, les dispositifs de protection sociale ne suffisent pas à couvrir les risques spécifiques à l’armée. Quant aux assurances traditionnelles, elles sont trop chères et inadaptées à l’engagement pour la Nation.
Depuis, le développement de l’entreprise s’est accéléré sur le plan institutionnel. Le ministère des Armées a renouvelé sa confiance à l’AGPM le 1er janvier 2026 pour assurer la prévoyance collective de 330 000 militaires français, dans le cadre d’un groupement associant Allianz Défense & Sécurité. Cette alliance fait suite à la création, le 1er juillet 2025, du groupe AGPM Klesia, né du rapprochement engagé dès 2017 entre les deux structures. "Une évolution qui a fait de l’AGPM le deuxième groupe d’assurance prévoyance en France sur son secteur", souligne son président.
Au-delà des militaires d’active, l’AGPM couvre aujourd’hui près de 70 % des militaires français, mais aussi une part croissante des gendarmes, des réservistes et des salariés des entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD). Une diversification assumée, dans un contexte géopolitique que le président décrit sans détour : "Le retour de la guerre, l’intensification des tensions géopolitiques, le réveil de la souveraineté, la montée des menaces sécuritaires : derrière chaque engagement opérationnel, il y a des femmes, des hommes et des familles exposés à des risques singuliers."
De l’Indochine à aujourd’hui
À travers les 75 ans de l’AGPM, une constance s’impose : anticiper des risques que les assurances classiques refusent de couvrir. Garanties étendues aux veuves dès 1952, prise en charge des personnels navigants dès 1953, fonds d’aide immédiate créé en 1957, autonomie conquise vis-à-vis des assureurs extérieurs au début des années 1960, création d’un réseau d’entraide pour offrir un appui face aux difficultés administratives, logistiques ou financières, puis, plus récemment, intégration pionnière du trouble de stress post-traumatique dans les contrats au cours des années 2010. L’AGPM a construit, décennie après décennie, un savoir-faire unique, jusqu’à proposer aujourd’hui une garantie de prêt immobilier couvrant le risque de guerre. Elle s’est aussi adaptée : en 1980, lorsque les nouvelles exigences réglementaires en matière de solvabilité mettent en difficulté sa mutuelle d’assurance, récemment créée.
En 1996 surtout, lorsque le service national est suspendu : pour l’assureur, le vivier traditionnel de sociétaires, alimenté pour partie par les appelés du contingent, se réduit. "Il doit désormais s’adresser à une population plus restreinte, mais aussi davantage exposée aux risques", retrace Damien Choutet. Avec un chiffre d’affaires de 550 millions d’euros, l’entreprise aborde cette nouvelle étape toulonnaise avec l’ambition affichée de poursuivre son développement territorial. De l’Indochine à l’Algérie, des opérations extérieures au Tchad, dans le Golfe, en Afghanistan ou sur le flanc Est de l’Otan, l’action de l’AGPM a évolué au rythme des mouvements géopolitiques et des nouvelles formes de conflit. "Elle s’est adaptée pour répondre à l’évolution des risques militaires sans jamais perdre le fil de l’engagement de 1951 : être aux côtés de ceux qui protègent la France", conclut son président.