« J'ai géré une situation de crise : la prise d'otage de 151 salariés »
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« J'ai géré une situation de crise : la prise d'otage de 151 salariés »

ENJEU En janvier dernier, Régis Arnoux, P-dg de la société de catering marseillaise CIS, a été amené à gérer une situation ultra-critique : la prise d'otage de 151 de ses salariés en Algérie.

« J'ai appris la nouvelle alors que j'étais en déplacement à Paris. Très précisément, j'étais en train de donner une interview à un journaliste lorsque j'ai reçu sur mon mobile un appel téléphonique de l'un de mes directeurs. Il m'a alors annoncé que le patron de notre filiale algérienne Cieptal venait de lui apprendre

qu'une prise d'otage avait éclaté sur le site gazier d'In Amenas. 151 de mes salariés, dont 150 Algériens et un Français, un jeune homme nommé Alexandre Berceaux, étaient retenus. Le choc a été terrible. Ma première réaction, évidemment, a été de mettre fin à l'interview et de demander au journaliste la plus grande discrétion. Dans les dix minutes qui ont suivi, je recevais des coups de fils en rafales de tous les médias ! La situation a fait que j'ai été immédiatement identifié par les journaux, les radios et les chaînes de télévision comme "le" représentant de l'entreprise. J'ai été d'emblée positionné au premier plan. En fait, je n'avais même pas à me poser la question de savoir si je devais ou pas personnellement affronter les médias, puisque j'étais d'entrée impliqué ».




« Garder son sang-froid »

« Ma réflexion a été double. D'une part, j'ai pensé que si je me dérobais, si je refusais les interviews, je risquais de passer à la fois en interne et en externe comme quelqu'un qui n'affronte pas les problèmes. Et d'autre part, je me suis dit qu'il était probablement plus sage que je me charge moi-même de communiquer. Car parmi les otages, il y avait un Français. Et je savais que les preneurs d'otages visaient prioritairement les occidentaux. Plus que les autres, sans doute, Alexandre Berceaux était donc en danger de mort. Je savais qu'il était caché dans sa chambre. Il ne fallait pas que les terroristes connaissent son existence. Il ne fallait donc pas trahir sa présence sur le site. Garder son sang-froid devant les médias n'est pas une chose aisée. Les journalistes cherchent de façon parfois très directe à vous faire dire ce que vous ne voulez pas, ou ce que vous ne pouvez pas dire ».




« Un "ouf" de soulagement »

« En parallèle, j'étais en contact avec le Quai d'Orsay et l'ambassadeur de France en Algérie. J'étais connecté 24 heures sur 24. Et enfin, après trois jours d'angoisse et de stress, ça a été le "ouf" de soulagement. J'ai su que tous mes collaborateurs avaient été libérés et qu'ils étaient sains et saufs. Le même sentiment de soulagement a été ressenti par tous les collaborateurs de notre groupe, qui suivaient les événements en direct. Après la libération, j'ai accueilli Alexandre Berceaux à Roissy. L'émotion a été immense. Puis, dès que cela a été possible, je me suis rendu sur place, en Algérie, afin de parler à mes équipes. Je les ai félicitées pour leur sang-froid et je leur ai redit ma détermination à ne pas plier et à poursuivre notre collaboration dans ce pays ».




« Pas de risque zéro »

« Je n'aurais jamais imaginé vivre une telle situation un jour. Bien sûr, j'avais mis en place une cellule de crise, et, même si elle a fonctionné, elle n'était pas expérimentée. J'ai donc décidé de m'attacher les services de deux spécialistes des situations de crise qui nous assistent désormais dans la mise en place d'une procédure interne et dans la rédaction d'une liste des pays les plus à risque. Nous souhaitons prendre toutes les mesures possibles, même si, bien sûr, le risque zéro ne peut pas exister ».





Propos recueillis parAlexandre Léoty

CIS



Marseille Régis Arnoux Environ 10.000 salariés dans le monde (dont 45 au sein du siège marseillais) CA 2011: 266,8 M€ 04 91 16 53 00 www.cis-catering.com

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