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J.-M : Aulas : «Éthique et football doivent cohabiter»
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J.-M : Aulas : «Éthique et football doivent cohabiter»

À la tête de Cegid, entreprise informatique de 1.200 salariés, et de l'Olympique Lyonnais depuis vingt-deux ans, Jean-Michel Aulas est un chef d'entreprise qui croit à la stabilisation de l'économie mondiale dans les mois à venir, et un président de club de football aux ambitions intactes.



L'entrepreneuriat vous tient à coeur depuis vos 19 ans, pourtant vos parents étaient loin de ce milieu. Comment êtes-vous venu à l'entreprise?

Je suis d'une génération qui a connu des révolutions. J'étais en faculté en 1968, un moment de nombreuses ruptures: sociales, économiques et culturelles. Et donc, l'idée de pouvoir assumer de manière surprenante mais rapide, un certain nombre de responsabilités. L'entreprise au sens économique, n'est pas la seule voie qui permet aux gens qui l'ont décidé, de s'exprimer. Peut-être que la création culturelle, qui était l'apanage de mon père, auteur de nombreux livres, a été à la source de cette envie de créer, non pas des livres car je n'en avais pas le talent, mais d'autres choses.


L'informatique fut votre choix professionnel; pourtant à l'époque, cela n'était peut-être pas le plus évident?

Non, mais c'était quand même pour moi assez logique, parce que c'était le début d'une grande aventure, celle de la révolution informatique. Avec des perspectives que l'on n'imagine même plus aujourd'hui, et cette capacité à transformer un certain nombre de process en solutions au travers de l'informatique, comme aujourd'hui au travers des télécommunications ou d'Internet. L'informatique m'a attiré parce que c'était innovant et permettait de toucher à l'entreprise elle-même qui était ma vocation.


Comment se porte le secteur de l'informatique? Quel est l'impact de la crise?

La crise n'a pas impacté directement ce secteur au début. 2008 a été la meilleure année des 25 exercices comptables, tous bénéficiaires, de Cegid. Et puis 2009 est arrivée avec la crise de croissance, mais aussi de trésorerie, d'un certain nombre d'entreprises clientes. Cette année est plus dure que les années passées. Ceci étant, nous sommes dans un monde qui évolue beaucoup, les modes de technologie changent. Les solutions traditionnelles d'informatique de gestion autonome évoluent. Je suis personnellement très confiant sur cette capacité, en particulier dans les PME, à repartir du bon pied.


Pensez-vous que la crise va perdurer ou qu'une stabilisation est envisageable?

Je pense qu'on n'est pas encore complètement au creux en France. C'est davantage le cas en Allemagne où le fond a été touché et où une reprise s'amorce. J'ai la chance de travailler aux USA avec Cegid, là-bas, la crise est toujours latente. Par contre, en Asie, les taux de croissance restent importants, notamment en Chine. Nous venons aussi de nous installer à Singapour, et là aussi le développement reste conséquent. La crise est donc inégale. La France va encore souffrir, semble-t-il jusqu'à la fin de l'année, et ce n'est que probablement au cours du second semestre 2010 qu'on peut imaginer une reprise.


L'Olympique Lyonnais est aujourd'hui une véritable entreprise avec 200M€ de chiffre d'affaires et 400 salariés. Votre management est-il le même qu'au sein de Cegid?

Oui, avec une gouvernance identique, c'est-à-dire une confiance forte dans la décentralisation. Nous essayons d'avoir, tant pour Cegid que pour l'OL, une grande gouvernance.


Peut-on appliquer les mêmes règles à l'entreprise qu'à une équipe de foot?

Je crois que sur le long terme, il faut absolument se fixer des règles qui sont assez homogènes; notamment bien sûr, d'économie stable. On ne peut pas être dans une activité de football professionnel, comme dans une entreprise, avec une vision de déficit ou de non-équilibre économique.


Sport et business, sont-ils aujourd'hui indissociables?

Je trouve que le sport business a une connotation négative. Je pense qu'il faut parler d'économie. Le sport professionnel doit avoir trois piliers: l'économie stable, la formation, car sans elle comme dans tous les domaines on arrive à rien, et l'éthique, car lorsque les flux financiers sont importants, elle est indispensable.


Vous parlez d'éthique, mais les salaires mirobolants des joueurs ne font-ils pas perdre son âme à ce sport?

Vous avez parfaitement raison, de la même manière que la critique doit être faite sur certains excès en matière de show-biz ou de valorisation de patrimoines individuels. La Bourse a eu ses excès, Internet et les oeuvres d'art également. Le foot a ses excès au travers de la rareté et aussi de la crise. C'est l'antagonisme entre une crise économique qui est terrible et qui rend de plus en plus de gens malheureux sur le plan économique, qui fait que l'excès devient insupportable.

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