International : L'union sacrée? Chiche!
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International : L'union sacrée? Chiche!

L'Agence économique de Bretagne vient de solliciter Ernst & Young pour auditer les acteurs bretons de l'international. Objectif final: tenter de les asseoir tous à la même table et former une véritable équipe régionale de l'export. Un vrai défi en soi car aujourd'hui, les deux réseaux principaux - Bretagne International et CCI International - s'ignorent royalement. Au point de se faire concurrence sur un même salon - le Space - le mois dernier à Rennes. Philippe Créhange

«Arrêtons nos conneries et les petites histoires! Il faut qu'il y ait uniformisation entre l'Agence économique de Bretagne, Bretagne International et CCI International. On ne peut pas rester comme ça. En tant que client, c'est le bordel!» Ce cri du coeur d'un grand patron breton actif à l'international est à tempérer. Il ne saurait résumer à lui seul ce que les entreprises de la région ressentent lorsqu'elles souhaitent être accompagnées à l'export. Toutefois, il est révélateur d'un certain malaise au sein des institutions bretonnes. Malaise que tout le monde perçoit mais que très peu iront à dénoncer officiellement, de peur des représailles. Le problème? La cohabitation de deux réseaux - Bretagne International et CCI International - qui depuis des années travaillent la même matière sans réelle coordination, créant ainsi la confusion auprès des clients finaux: les entreprises.




«Ils font tous la même chose»

«Il faut arrêter la langue de bois. Ils font tous la même chose. Pas avec les mêmes moyens, pas avec la même communication, mais ils font la même chose», résume un acteur, au-dessus de la mêlée. Pourtant, quand on les interroge les uns après les autres, seul à seul, tous vous diront, la main sur le coeur: «Pour être efficace à l'international, il faut chasser en meute!» De bien belles intentions relayées au plus au niveau de l'exécutif régional. Le discours de Jean-Yves Le Drian, lors de la dernière assemblée générale de Bretagne International en juillet, était clair. «Il importe que nous ayons une stratégie commune. Ce serait quand même absurde que nous, qui jouons les réseaux et affirmons haut et fort notre unité, lorsque nous sommes à l'international, nous allions dispersés, divisés. Personne ne le comprendrait. Et pourtant ça arrive!», avait-il ainsi lancé. Un président de Région qui ne croyait pas si bien dire puisque, deux mois plus tard, le Space allait illustrer à merveille ce problème de coordination (lire page suivante). Et alors même que Bernard Angot, président de Bretagne International, avait lui aussi, lors de la même AG, exhorté à faire cause commune. «Bretagne International n'a aucune ambition hégémonique. L'ampleur du sujet nécessite la mobilisation de tous pour que nos entreprises, donc l'emploi, soient gagnantes. Nous sommes des amis!», avait-il lancé.




Panel de 300 entreprises

Dans un tel contexte, l'Agence économique de Bretagne vient donc de solliciter Ernst & Young. Mission du consultant: auditer l'ensemble des acteurs de l'international en Bretagne. D'Ubifrance à la DRCE, en passant par BI et CCI International, tous y sont passés. Parallèlement, quelque 300 entreprises sont interrogées pour connaître, sur le terrain, leur perception de l'action entreprise. L'idée: «qu'on travaille tous dans la même direction et le même objectif pour avoir une mobilisation encore plus forte», résume le directeur de l'AEB François-Nicolas Sourdat. Les résultats de l'audit devraient être connus en fin d'année. En toute logique, ils souligneront les problèmes de coordination. Mais du positif devrait également ressortir de cette étude. Car il ne faut pas noircir à outrance le tableau. Sur le fond, tout le monde s'accorde à dire que ce qui est fait en Bretagne a son utilité. «Tous les acteurs qui travaillent à l'international, qu'ils soient représentants de l'État, de la Région, du Département ou des institutions font tout ce qu'ils peuvent. Chacun répond à la mission qui lui est confiée, explique Michel Dorin, président du Comité Bretagne des Conseillers du commerce extérieur. Quand vous prenez les structures une par une, elles répondent aux besoins d'internationalisation des entreprises. Après, est-ce qu'on peut faire mieux? La réponse est oui. Comment? Je n'en sais rien. Je laisse le soin à l'Agence économique de Bretagne de trouver la réponse. Mais il faut qu'on aille vers un peu plus de coordination». «Il y a des tas de choses qui se font, avec des professionnels qui travaillent bien et qui le font depuis longtemps, ajoute en écho François-Nicolas Sourdat. Et sur le terrain, les entreprises trouvent des opérateurs. Il faut donc qu'on travaille ensemble et que cela fonctionne encore mieux qu'aujourd'hui».




«M.et Mme Bons offices»

Vaste programme pour l'AEB. Car au fond, la structure du Conseil régional sait bien qu'elle a très peu de marges de manoeuvre. Si elle peut avoir une influence sur Bretagne International - avec laquelle elle partage le même référent, il n'en est pas de même pour CCI International qui a son propre budget. «Nous, dans tout ça, on est les M.et Mme Bons Offices, confie François-Nicolas Sourdat. Car on ne peut rien imposer.» De la douceur dans ce monde de brutes. C'est peut-être finalement la meilleure des solutions... Paul De Vos, directeur Bretagne de la DRCE, veut en tout cas croire au rassemblement. «Je crois que la pression des entreprises, l'importance des enjeux, la rapidité de circulation de l'information nous y contraindra.»

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