Ille-et-Vilaine : Neworld Énergies : un succès décrypté
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Ille-et-Vilaine : Neworld Énergies : un succès décrypté

À La Mézière, le groupe présidé par Guy Canu traverse sans encombres les tempêtes de son secteur lié aux énergies renouvelables. Quelle est la recette de cet acteur breton né en 2006 et pourvoyeur depuis de 110 emplois pour 70 M€ de business ?

Neworld Énergies, c'est d'abord l'intelligence d'un regroupement de quatre PME et de quatre profils d'entrepreneurs complémentaires (Guy Canu et ses associés Gilles Lebreux, Hervé Guérin et Daniel Jeulin) : Igelec en électricité (3 M€ de CA, 15 salariés), CV Clim en climatisation (6 M€, 20 salariés), Igeo pour l'exploitation et la maintenance (6 M€, 40 salariés) et la dernière née Langa, producteur d'énergies renouvelables (30 salariés) : 52 M€ en 2014 (construction et production) et des perspectives 2015 à 70 M€ et même 100 M€ d'ici trois à quatre ans. C'est le leader régional et le 6e opérateur français en installation et production d'électricité.

Langa, locomotive du groupe
Langa, c'est avant tout un soutien sans faille de Bpifrance... « Si nous ne l'avions pas eu, nous n'aurions jamais développé notre groupe », confie Guy Canu, membre du cercle convoité de BPI Excellence et retenu pour un accélérateur national de PME, le CAC 40 des ETI. « C'est BPI qui a déclenché timidement les banques françaises qui jouent le jeu aujourd'hui et ont bien évolué... C'est un métier qu'elles ne connaissaient pas, un secteur fortement décrié et un contexte autour des énergies renouvelables qui est en train de s'inverser mais qui était très défavorable. »

L'ingénierie plutôt que la pose
Guy Canu fait allusion à l'explosion de la bulle solaire... De nombreux acteurs du marché, alléchés par des prix de revente surgonflés, ont embauché des équipes de pose de panneaux solaires notamment. En bon père de famille, Langa a préféré se positionner en amont, dans l'ingénierie de projets et la matière grise, sous-traitant la pose à des électriciens dont c'est le métier, y compris donc à sa « société soeur » Igelec. Chacun son job !

Levées de dettes successives
Très capitalistique, le secteur d'activité de Langa nécessite aussi des soutiens financiers de poids que certains n'ont pas eus. Guy Canu et ses associés Gilles Lebreux, Hervé Guérin et Daniel Jeulin viennent de terminer un nouveau dossier de levée de fonds de 60 millions d'euros. En moyenne, son activité nécessite 15 à 20 % de fonds propres (le reste en levée de dettes). Aujourd'hui, le cap passé par Langa et l'ambition de ses dirigeants l'obligent à mettre en place une structure de financement robuste et dynamique permettant de coller aux opportunités du marché. Depuis sa création, Langa n'a pas hésité à financer ses installations avec des banques allemandes et belges, habituées aux mécaniques de financements de projets des énergies renouvelables. Cela prend souvent du temps.

Deux ans de business garantis
C'est le nerf du business, car les perspectives sont plutôt bonnes. « Langa Solutions, contractant général, a deux ans de chiffre d'affaires garantis », se félicite Guy Canu. Peu d'entreprises peuvent s'en targuer actuellement. La puissance du parc installé de Langa est, aujourd'hui, de 100 MW en solaire, biogaz, biomasse et éolien, soit une production électrique de 145.000 MWh/an. Ce qui représente une consommation annuelle de 45.000 foyers. Son activité est portée à ce jour à 80 % par le photovoltaïque, dont les coûts de production se rapprochent de la parité réseau à grande vitesse mais cela va « s'équilibrer à 60 % » avec la méthanisation grimpante, même si « économiquement encore compliquée ». Langa a fait le choix des gros dossiers. Deux sont en cours : un à Clermont-Ferrand (1,6 MW avec extension à 2 MW, pour 14 M€ investis et 2 M€ de CA annuel) ; un autre à Guerlesquin (29) avec Tilly-Sabco repris par Olmix. Langa dispose déjà d'agences d'exploitation à Toulouse, Lyon, Aix-en-Provence, en Corse et bientôt à Clermont-Ferrand avec cinq personnes sur place qui veillent à la performance des installations.

Éolien et biomasse bois
L'éolien est encore plus mature et l'électricité produite est à parité réseau. Autrement dit, le coût moyen de l'énergie produite (calculé en €/MWh) tourne autour des prix de l'électricité sur le marché de gros. Grâce à lui, le groupe rennais compte accélérer son développement. Langa a racheté des droits à produire : 50 MW à partir de 2016 dont 20 MW à construire dans les Pyrénées et 30 MW en développement. « Nous y croyons beaucoup », sourit Guy Canu, plus attentif sur la biomasse bois qui nécessite un suivi industriel quotidien. Il a mené un projet breton à suivre avec l'industriel de l'agroalimentaire Sill : 5 M€ investis pour 9 MW à Plouvien (29) nécessitant 25.000 tonnes de bois par an. « La biomasse bois est un outil de territoire », aux yeux de l'entrepreneur rennais. Concernant les conditions d'accès au marché électrique, revues avec les nouvelles règles de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), elles conviennent bien à Langa devenu producteur en 2005 et obtenant donc ses droits à produire : en moyenne 30 MW tous les deux ans, soit environ 50 à 55 millions d'euros... Langa reste propriétaire de ses installations et s'assure ainsi un revenu stable récurrent. « Nous avons récupéré 7 % du marché français », indique Guy Canu, pour qui l'appel d'offres n'est « pas un facteur limitant, à partir du moment où les projets sélectionnés sont réellement construits par les opérateurs ». Son groupe est aujourd'hui dans le Top 10 français.

Des pistes à l'export
Zéro euro à l'export, pour le moment... car cela pourrait changer : des « contacts sérieux » sont actuellement établis avec le Canada sur le marché du photovoltaïque pour un horizon 2016-2017 et Guy Canu voyage beaucoup. Il revient d'Afrique avec une mission de Bpifrance. Comment voit-il l'avenir ? Pour lui, la loi de transition énergétique affiche des « objectifs cohérents », en phase avec sa propre feuille de route. « Nous sommes positionnés sur deux tendances : la baisse par deux de la consommation et l'amélioration de la performance énergétique. » Pour Guy Canu, il est « évident » que cette filière de la rénovation énergétique sera fortement créatrice d'emplois. Reste cependant à lui trouver le bon outil financier. « Il manque l'incitation... » Ses axes stratégiques comprennent aussi l'enjeu du stockage de l'énergie. Neworld y travaille et construira en 2015 deux champs solaires avec stockage d'énergie stationnaire et sera le second opérateur français exploitant ce type d'installation, véritable accélérateur de croissance en France et à l'international.

Neworld énergies
(La Mézière) Président : Guy Canu 110 salariés CA 2014 : 70 M€ www.neworldenergies.com

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