«Il faudrait faire émerger de petites banques locales»

«Il faudrait faire émerger de petites banques locales»

Son réseau a contribué à prêter 16,3M€ aux PME hexagonales en 2011. David Pouyanne, le président national de Réseau Entreprendre, évoque sans détour la situation du financement des entreprises françaises.



Votre réseau de dirigeant intervient sur le front du financement des PME. Quel est le regard que vous portez sur le grand projet gouvernemental de Banque publique d'investissement (BPI) qui vise à apporter de nouvelles solutions financières aux entreprises françaises?

Je ne suis pas rassuré: la BPI semble plus une construction intellectuelle que la réponse à un vrai besoin. Je trouve très positif de vouloir concentrer les forces du développement économique en région, mais ce qui me fait peur, c'est que l'on puisse donner le pouvoir de déclencher le financement aux fonctionnaires ou aux politiques. Pour moi, la BPI idéale devrait s'appuyer fortement sur Oséo, qui est aujourd'hui le seul réseau au contact des banquiers, PME et investisseurs de chaque territoire. Je ne dis pas qu'Oséo doit prendre le pouvoir de la BPI, mais que celle-ci doit s'appuyer sur ce qui marche déjà et le rendre encore plus efficace.


La BPI ne doit donc pas être une affaire de collectivités?

Pas sur la décision d'octroi de financement. Mais la BPI doit être le bras armé d'une politique volontariste décidée par l'État ou les régions: il faut arrêter de saupoudrer les financements et les concentrer de nouveau sur de vrais grands projets à l'image de ce qui a été fait pour le TGV, Ariane ou Airbus. Cela impose au gouvernement de faire des choix difficiles, en décidant de concentrer des moyens sur certains projets plutôt que d'autres. Mais il serait bien qu'on ait enfin un gouvernement qui mette autant d'audace à piloter la France que nous en mettons à piloter nos entreprises.


Avant d'être entrepreneur, vous avez dirigé une banque. Comprenez-vous l'amertume qu'ont aujourd'hui beaucoup de chefs d'entreprise face au monde bancaire qui ne prêterait pas ou peu?





Je ne dirais pas que j'ai été dirigeant d'une banque au sens ou beaucoup l'entendent aujourd'hui, mais plutôt patron d'une PME de 70 personnes évoluant dans la banque de détail. Ceci dit, maintenant que je suis devenu créateur d'entreprise, je suis parfois abasourdi par les oeillères qu'ont certains banquiers. Quand j'entends certains dire qu'il n'y a pas de problème de financement des PME, mais juste des bonnes et des mauvaises boîtes, je me dis qu'ils n'ont rien compris! Après, si le travail des banquiers reste à mon sens globalement bien fait, il y a eu avec la crise une dégradation significative, et elle va aller en s'accélérant.


Pourquoi?

Aujourd'hui, l'outil de pilotage d'une banque, ce sont les ratios réglementaires et ils évoluent au détriment des PME. Le coût en financement en fonds propres des banques va être plus élevé, alors elles ont tendance à baisser l'enveloppe ou à être plus sélectives. L'autre mal, c'est la sectorisation: les banques ne raisonnent plus par dossiers, mais par secteurs. Cela peut contribuer à empirer les problèmes de pans entiers d'activité, puisqu'elles sont capables de couper d'un coup les robinets auprès de tous les intervenants d'un secteur qu'elles estiment en difficulté, sans distinction. Au lieu de faire du soutien, elles créent alors un effet de boule-de-neige.
Il serait formidable de promouvoir l'émergence de petites banques de dimension départementale ou régionale avec des centres de décisions locaux. Il faut revenir à ce qu'était le métier de banquier autrefois.




Et vous, comment pensez-vous répondre à ce problème croissant du financement?

Notre réseau finalise le montage d'un dispositif autour duquel nous allons rassembler entre 80 et 100millions d'euros pour encourager les projets de croissance d'entreprise. Les entrepreneurs pourront bénéficier de prêts de 200.000 à 300.000€ sur sept ans avec une franchise en capital de deux ou trois ans. Il y aura aussi un accompagnement humain, pour aider à la mise en place d'une gouvernance loyale dans l'entreprise.


Quelles mesures voudriez-vous voir prises par le gouvernement pour aider les entreprises à se développer?

Il faut renforcer l'incitation à l'accompagnement des entrepreneurs, quel que soit le stade de la vie d'une entreprise. On sait qu'un entrepreneur accompagné augmente les chances de survie de sa boîte de 35%, quel que soit le réseau qui est à ses côtés. Il faut donc trouver les moyens de rendre les entrepreneurs plus solidaires entre eux. Regardez la Vendée, qui est un territoire où la solidarité n'a jamais cessé: il y a des usines dans tous les villages, de vraies réussites nationales.


Mais, dans la pratique, comment l'État peut-il encourager cette solidarité?

Il faut faire preuve d'imagination. On pourrait peut-être inciter les chefs d'entreprise à s'engager grâce à une réduction d'impôt qui leur serait accordée s'ils donnent de leur temps pour accompagner leurs pairs. Cela ne passe pas que par l'État: on pourrait peut-être aussi faire en sorte que les banques bonifient les prêts accordés s'ils bénéficient à une entreprise accompagnée par un réseau.


Et avec cela, nous aurions vraiment de nouveau des usines dans tous les villages?

Il est illusoire de penser qu'on va retrouver une production industrielle comme on l'a connu. Oui, il y a un retour d'entreprises qui relocalisent en France. Mais des usines de 10.000 personnes à Boulogne- Billancourt, c'est fini! L'accompagnement doit aider à innover, à exporter mais aussi à promouvoir une plus grande culture entrepreneuriale. Il faut que les Français comprennent enfin que ce sont les entrepreneurs qui produisent la richesse qui permet de protéger ceux qui n'en ont pas.