«L'idée est très simple, mais industriellement, elle est compliquée à mettre en oeuvre, préviennent Karine Weber, responsable logistique magasins Ikéa France, et Eric Brunelle, responsable du département logistique du magasin de Metz. Il s'agit de remplacer les palettes en bois par des palettes en carton ou en plastique. En Asie, la réglementation interdit déjà les supports en bois. Nous avions la volonté de faire du recyclable, et de ne plus utiliser de bois. Pour le plastique, la base n'est pas à 100% verte, mais la ressource est réutilisable. Le projet a démarré en 2009 pour l'ensemble des magasins européens. Il est entré en phase active en 2011. Dans un premier temps, le changement concerne les flux de livraison directe entre les fournisseurs et les magasins. Cela suppose de développer du packaging avec des supports de manutention plastique ou carton. Ikéa accompagne ses fournisseurs dans l'achat de matériels, la fabrication des palettes dans le cadre d'une charte. Les cartons doivent être normalisés pour résister à l'eau, au feu, ne pas s'effondrer... Ensuite, le projet sera mis en place dans les flux entre les dépôts centraux et les magasins. Cette deuxième étape démarrera après une phase d'observation.
La fin des consignes
Nous conserverons toujours quelques palettes en bois, qui nous servent à repalettiser et stocker certains produits de grandes tailles, mais ça sera dans un pourcentage minimum. Une réflexion est menée autour du packaging des produits qui nécessitent une repalettisation. Ces nouveaux supports nous permettent d'éliminer le retour de consignes de palettes en bois. Nous avons investi dans une presse à carton spécifique, qui nous permet de faire des liasses de recyclage pour les papetiers. Les supports plastiques sont collectés en magasin et on estime qu'il nous faudra un camion tous les 15 jours pour les retours contre 2 à 3 camions par semaine actuellement. Logistiquement, c'est un investissement. Pour le magasin de Metz, il s'élève à 400.000euros en matériel de manutention, racks... Mais l'aspect financier n'est pas la préoccupation première.
Révolutionnaires
La décision et le lancement sont intervenus dans une période difficile. Mais l'idée est porteuse et dans l'esprit d'Ikéa qui avait déjà lancé le paquet plat dans les années 1960. C'est un challenge, car nous sommes les premiers à le faire. Cela impose de développer de nouveaux matériels par nos fournisseurs, qui ont dû nous prendre pour des révolutionnaires. Les salariés ont bénéficié d'une formation à la conduite du changement, ainsi que de formations spécifiques, notamment pour les caristes. Aujourd'hui, plusieurs logisticiens regardent cette initiative de plus près.»
Le défi Ikéa Metz a investi 400.000 € pour supprimer les palettes en bois. Une idée dans l'air du temps, mais industriellement compliquée.