Henriot : «Réduire partout les frais généraux»
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Henriot : «Réduire partout les frais généraux»

Faïence HB-Henriot a été liquidée fin août. Pour relancer "Henriot Quimper", Jean-Pierre Le Goff a injecté 500 K€, avant de mettre la main sur le deuxième faïencier quimpérois : la Fab. Ce spécialiste du secteur naval veut remettre à flot ces monuments du patrimoine économique.

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rre Le Goff, qu'est-ce qui vous a motivé à reprendre HB-Henriot?


Un ensemble de paramètres. Moi je suis Bigouden, né à Paris, comme tout bon Breton! Mes parents étaient de Plozévet. Ma femme est Douarneniste. Nous vivons entre Nantes et Paris. Et passons tous nos étés à Poullan-sur-Mer, dans une petite maison sur la baie de Douarnenez
, un spot vraiment extraordinaire. À mesure qu'approche l'âge de la retraite - j'ai 57 ans- nos séjours sont plus fréquents. Donc je suis attaché à la région.


Par ailleurs, malgré le niveau élevé des coûts salariaux en France, on ne peut pas laisser couler des entreprises au savoir-faire si ancien: Sibiril (NDLR: reprise par Jean-Pierre Le Goff cet hiver) a deux siècles; Henriot en a trois.


Vous venez de reprendre, coup sur coup, ces deux entreprises finistériennes en difficulté. Allez-vous réitérer?

Non... Je ne suis ni Bernard Tapie qui rachète des boîtes à un euro, ni Richard Gere dans Pretty Woman! Je ne cours pas après ça. J'ai quitté Sirehna fin décembre2010. Je me demandais ce que j'allais faire. Je suis parti en Asie pendant trois semaines. Et quand je suis rentré, on m'a parlé de Sibiril. Après HB-Henriot et la Fab, je m'arrête. Là, j'ai fait le plein!


Quel est votre diagnostic de l'entreprise HB-Henriot?


La marque est superbe. Un bon nombre de produits sont encore d'actualité. La faïence de Quimper continuera à se faire. L'activité bijoux, assez nouvelle, a l'air d'être en croissance. Nous devrons toutefois nous assurer de sa rentabilité.

Je n'ai pas encore eu le temps de faire les comptes. Mais au global, il y a quand même 500K€ de pertes annuelles. Il faudra bien comprendre d'où elles viennent.


À premières vues, d'où viennent les difficultés?

L'entreprise a des bons produits, mais les renouvelle peu. Et puis le marché s'est restreint en France et aux États-Unis. Les mesures permettant d'adapter la taille de l'entreprise à son nouveau volume de clients n'ont pas été prises. L'entreprise est passée de 130 à 50 salariés. L'an dernier, il aurait encore fallu licencier. La Fab, elle, a pris les mesures nécessaires. Donc ses pertes sont légères.


Pourquoi avoir repris la Fab?

Pour éviter une concurrence stérile. On pouvait laisser couler la Fab. Une stratégie envisageable par des financiers, mais pas par moi. Bernard Verlingue est quelqu'un de respectable. Nous avons donc trouvé un compromis. C'est un bel achat. Je suis très content. Et les salariés aussi.

Comment renouer avec les bénéfices?


Dès à présent, je réduis partout les frais généraux afin de conserver au maximum les capacités de production. C'est abominable! On paye quasiment 200K€ de loyer annuel! Il faut absolument concentrer les équipes, sur l'îlot central du bâtiment (NDLR: deux étages de 2.500m² chacun). D'ici à la fin du mois d'août, toute la partie qui est ici sera transférée là-bas. Dans mes sociétés, j'ai toujours surveillé les frais généraux. Je ne suis pas radin, en revanche, je ne gaspille pas, j'investis! Un commercial de trop, c'est une catastrophe! Ça vous coûte le prix d'une machine par an... L'objectif est de retrouver des capacités d'investissement commerciales et marketing afin de jouer la carte de l'export et celle des nouveaux produits de création.


Dans le staff, qui reste?

J'ai gardé une assistante comptable et Éric Ligen qui était chargé de mission. Il endosse le rôle de secrétaire général. C'est le pilier de l'entreprise. Il va continuer aussi à s'occuper de la communication. J'ai conservé quasiment toute la production. En revanche, j'ai supprimé les postes qui coûtent cher: direction, comptabilité, commerciaux...


Vous avez pris conseil auprès de Michel Bernardaud, P-dg des porcelaines de Limoges. Que vous a-t-il dit?

Je l'ai appelé la veille de la remise de l'offre, le 12mai. Lui, avait demandé les comptes mais avait décidé de ne pas donner suite. Il ne m'a pas dit de foncer tête baissée. Les marchés de la faïence et de la porcelaine française sont en déclin permanent. Il ne m'a pas non plus dissuadé. En revanche, il m'a donné des conseils: se concentrer dans les bâtiments, stabiliser et ne pas se lancer tous azimuts à l'export. Il m'a donné les ratios de la profession. Il faut 100.000euros par emploi pour bien vivre. Il m'a prévenu que ce ne serait pas facile...

Henriot Quimper



(Quimper) P-dg: Jean-Pierre Le Goff 26 salariés 02 98 90 09 36

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