Häagen-Dazs achève un investissement de 7 millions d’euros dans son usine de Tilloy-lès-Mofflaines, près d’Arras, dans le Pas-de-Calais. Avec cette enveloppe, la marque de crème glacée, détenue par l’américain General Mills (20 Md€ de CA, 35 000 salariés), accélère la décarbonation de son site. "Il y a encore un an, la décarbonation était une ambition et aujourd’hui, nous constatons les premiers résultats", se réjouit Nicolas Cayeux, le directeur de l'usine. Sur ce site, Häagen-Dazs se concentre tout particulièrement sur la transition énergétique, avec un objectif : tendre vers l’autosuffisance en gaz.
Le gaz pèse 25 % de la consommation
L’électricité représente 75 % de la consommation en énergie de ce site de production arrageois et le gaz, 25 %. Depuis 2021, l’électricité achetée est à 100 % verte, certifiée garantie d’origine. La problématique principale concernait surtout le gaz et dans ce domaine, l’usine avait une carte à jouer. "Ce site dispose depuis sa création d’une station de traitement des eaux, détaille Nicolas Cayeux. Cette station nous a offert la possibilité de méthaniser les eaux blanches, autrement dit les eaux chargées en lait, crème ou œufs, en vue de produire du biogaz, que nous utilisons depuis un an dans notre réseau".
Pour conduire l’usine arrageoise vers l’autosuffisance en gaz, la marque appuie sur plusieurs leviers. D’abord, la réduction des besoins en gaz, couplé à l’utilisation du biogaz produit sur place. Ensuite, l’installation d’un deuxième méthaniseur, qui entrera bientôt en service.
Une consommation de gaz naturel divisée par trois
La première étape de la décarbonation a consisté à réduire les besoins en gaz de l’usine. Pour y parvenir, celle-ci a optimisé ses installations de nettoyage et a également mis en place des pompes à chaleur haute température. Le site s’est ensuite doté, en avril 2024, d’une chaudière biénergie. Celle-ci permet d’utiliser le biogaz produit sur place pour chauffer certaines eaux, notamment de nettoyage. Un poste particulièrement gourmand en énergie dans les usines agroalimentaires.
Ces premières étapes, qui font partie de l’investissement de 7 millions d’euros, ont permis en l’espace d’un an, soit d’avril 2024 à avril 2025, de "réduire par deux notre besoin en gaz et de diviser par trois notre consommation en gaz naturel, ce qui représente une réduction de près de 1 300 tonnes de CO2 par an", revendique Nicolas Cayeux. À titre de comparaison, 1 800 tonnes de CO2 étaient auparavant émises tous les ans, en moyenne.
Vers un deuxième méthaniseur
En l’espace d’un an, l’usine arrageoise de Häagen-Dazs est donc passée de 100 % de recours au gaz naturel, à un mix comprenant 50 % de biogaz et 50 % de gaz naturel. Pour aller plus loin, un nouveau méthaniseur, récemment installé sur le site, sera mis en exploitation à l’automne. Ce nouvel équipement devrait permettre "une hausse de 30 % de la production de biogaz", note Nicolas Cayeux.
C’est cette hausse qui doit permettre à l’usine d’atteindre à terme l’autosuffisance en gaz. "Toutes ces actions s’inscrivent pleinement dans l’engagement de General Mills de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre de sa chaîne de valeur d’ici 2030", commente le directeur du site.
Une usine stratégique pour la marque
En dehors de cette enveloppe consacrée à la décarbonation, Häagen-Dazs investit chaque année 5 à 10 millions d’euros dans cette usine, "hors projets de développement", souligne Nicolas Cayeux. Il faut dire que ce site de production arrageois est stratégique pour la marque. Entré en exploitation en décembre 1992, avec 80 salariés, il emploie aujourd’hui 550 collaborateurs. Avec 10 lignes de production et 2 lignes de process (pasteurisation), l’usine sort chaque année près de 75 millions de litres de crème glacée, sous différentes formes : bâtonnets, petits pots individuels ou pots de 10 litres destinés aux boutiques de la marque.
Häagen-Dazs Arras publiait en 2024 un chiffre d’affaires de 92,5 millions d’euros. Les glaces qui y sont fabriquées sont expédiées partout dans le monde, à l’exception des États-Unis et du Japon, deux marchés sur lesquels la marque dispose d’autres outils de production. L’Europe représente près de 40 % des volumes de cette usine à l’export.
Le dernier grand projet d’investissement date de 2022 et s’élevait à 13 millions d’euros. Il concernait l’installation d’un centre de R & D sur le site de 15 hectares qui accueille l’usine. Celle-ci compte "des enjeux sur l’eau aussi. Mais nous allons d’abord digérer ces récents investissements, note Nicolas Cayeux. Nous sommes en phase de réflexion pour la suite, notamment sur l’installation de panneaux photovoltaïques, et nous ne nous interdisons rien. Mais à ce stade, l’objectif reste d’atteindre de façon régulière et stable l’autosuffisance en biogaz".