La digitalisation gagne du terrain dans l’industrie cosmétique. Le morbihannais Groupe Rocher (9 000 salariés et 2,4 Md€ de CA) et Dassault Systèmes (25 000 salariés et 6,2 Md€ d’euros de CA) officialisent un partenariat structurant autour des jumeaux virtuels. L’objectif : gagner en productivité dans la formulation tout en améliorant la performance des produits. Une alliance qui traduit l’irruption des technologies industrielles avancées dans un secteur historiquement fondé sur l’expérimentation en laboratoire.
Un levier de productivité pour la R & D
Avec près de 200 chercheurs mobilisés sur l’étude des plantes, le Groupe Rocher s’appuie sur une approche scientifique éprouvée, mais encore largement empirique. Aujourd’hui, une trentaine d’essais sont en moyenne nécessaires pour valider une formulation. Ce cycle long pèse à la fois sur les coûts et sur les délais de mise sur le marché.
L’apport de Dassault Systèmes repose sur la modélisation numérique des ingrédients et de leurs interactions. Via sa plateforme 3Dexperience, l’éditeur va déployer des jumeaux virtuels capables de simuler le comportement des actifs sur la peau. Concrètement, il s’agit de déplacer une partie des tests en amont, dans un environnement digital, afin de réduire le nombre d’itérations physiques.
"Notre stratégie d’innovation défend une approche scientifique rigoureuse et exigeante", souligne Véronique Schwartz-Boishu, directrice scientifique du Groupe Rocher. "L’expertise de Dassault Systèmes va nous permettre de mieux prédire l’efficacité de nos actifs et d’aller plus vite vers des formules à la fois performantes et naturelles."
Le gain attendu est significatif : jusqu’à 20 % de réduction des délais de développement, avec une meilleure prédictibilité des résultats. Un enjeu clé dans un marché où la vitesse d’innovation conditionne la compétitivité.
Une convergence entre industrie numérique et cosmétique
Au-delà du cas du Groupe Rocher, ce partenariat illustre une tendance de fond : l’extension des outils de simulation, longtemps réservés à l’aéronautique ou à l’automobile, vers les sciences du vivant. Pour Dassault Systèmes, il s’agit d’un relais de croissance stratégique, en capitalisant sur ses capacités en intelligence artificielle, modélisation 3D et simulation.
"La pression concurrentielle pousse les acteurs de la beauté à innover de façon plus efficiente", analyse Elisa Prisner, directrice générale adjointe de Dassault Systèmes. "Les jumeaux virtuels permettent de simuler et d’optimiser les formulations avec un haut niveau de fiabilité, dans un environnement sécurisé."
Pour l’industriel breton, l’enjeu est double : sécuriser ses développements dans un contexte de pression sur les marges et répondre à des consommateurs plus exigeants sur l’efficacité comme sur la naturalité. L’intégration de ces technologies pourrait également renforcer son modèle "de la plante à la peau", en y ajoutant une brique de simulation avancée.
Les premiers travaux porteront sur la ficoïde glaciale, une plante succulente très résistante, avant une extension progressive à d’autres actifs.