Après Paname, son unité de production d’ingrédients aromatiques naturels opérationnelle depuis 2020 sur son site historique rénové (et siège social) à Grasse, Payan Bertrand continue de se moderniser et de s’agrandir avec Pacome.
C’est le nom de son bâtiment industriel de 2 800 m2 actuellement en construction, au Plan de Grasse. "Il sera vraiment dédié à la composition parfumante, précise Éric Proal, président du directoire de la société familiale fondée en 1854. Il y aura donc non seulement la partie production et échantillonnage, mais aussi la création, avec les parfumeurs, les évaluateurs, le contrôle qualité."
Le naturel avant tout
Dès sa création, l’entreprise a fait du naturel sa spécialité, traitant d’abord les matières premières locales comme le jasmin, la rose, le mimosa ou même le foin — "la flouve des pré-Alpes de Valderoure, près de Grasse, est un produit emblématique de Payan Bertrand et très technique, mis au point dans les années 1920 par nos ingénieurs" — avant d’étendre sa palette aux matières premières du monde entier, du patchouli et du vétiver d’Indonésie à la mousse de chêne de Serbie ou au galbanum d’Iran. Elle transforme aujourd’hui près de 70 matières premières.
Avancer sur ses "deux jambes"
"Même si le naturel est notre activité principale, représentant plus de 60 %, nous ne considérons pas aujourd’hui le parfum, la composition parfumante, comme secondaire, reprend Vincent Proal, frère d’Éric et directeur général. Nous avons vraiment la volonté d’être sur ces deux jambes. Si nous construisons ce site industriel, c’est pour doubler notre activité de mélange et équilibrer les deux."
Plus de 15 ans pour trouver un terrain
Payan Bertrand investit ainsi 12 millions d’euros dans ce nouveau site prévu pour être achevé d’ici la fin de l’année 2026.
Des petits sapins odorants à la fragrance de luxe, en passant par les bougies, la cosmétique ou les produits à catalyse, de la parfumerie fine donc à la parfumerie dite "fonctionnelle", la PME va donc pouvoir ouvrir encore son horizon et pousser les feux de sa croissance qui a amené son chiffre d’affaires à dépasser en 2025, la barre des 30 millions d’euros. "L’objectif est d’atteindre les 40 millions d’euros d’ici cinq ans", souligne Vincent Proal.
Malgré le soutien de la Ville de Grasse, il aura fallu plus de quinze ans aux dirigeants pour trouver du foncier industriel disponible dans le périmètre et enfin lancer un tel projet.
Améliorer son image
Le futur bâtiment accueillera une vingtaine des 115 salariés de Payan Bertrand, transférés du site historique. "Cela va notamment nous donner des espaces pour réorganiser notre partie R & D ingrédients naturels."
Plus largement, ce projet permettra à l’entreprise de franchir un cap, ne serait-ce que "dans la perception, l’image qu’auront nos clients, expliquent les dirigeants. Car chez nous, la partie parfum s’appuie sur le naturel, l’un ne va pas sans l’autre. Nous transformons nos ingrédients naturels aussi pour la partie parfum. Et les clients parfum sont passionnés et apprécient de venir voir l’arrière-boutique, la transformation qui est certes industrielle mais aussi très artisanale. Quand on participe à un salon, on met toujours en avant nos ingrédients naturels avec plus de légitimité que d’autres. C’est ce qui fait notre différence face à beaucoup d’acteurs locaux qui ne font que mélanger."
Une gouvernance 100 % familiale
Et qui permet à la maison grassoise, 100 % familiale, de préparer la suite et la transmission à la quatrième génération. "En juillet 2025, nous avons signé une charte familiale, sorte de mode d’emploi de la gouvernance, expliquent les dirigeants. Cela a pris deux ans et nécessité 8 séminaires familiaux mais le plus important est que nos enfants soutiennent l’idée de conserver l’entreprise même s’ils n’y travaillent pas (sauf la fille de Vincent Proal qui est responsable des fabrications, NDLR). En souvenir de notre grand-père, nous ont-ils dit, nous tenons à cette entreprise et à ce qu’elle perdure."