L'aviculture française souffre: les exportations diminuent, les importations augmentent. A-t-elle une chance de reconquérir des positions ?
L'aviculture française peut et doit repartir à la reconquête de ses marchés. Tout d'abord le marché intérieur, mais aussi des positions dans l'UE. Soyons clairs, la France a en partie perdu sa vocation exportatrice et, depuis 1992, l'UE a ouvert largement ses portes aux importations. Un quart des volailles consommées en Europe est importé aujourd'hui principalement pour les produits transformés! Nous pensons que l'agriculture ne doit pas être intégrée aux négociations de l'OMC car il faut garantir notre indépendance alimentaire au niveau national comme européen.
La relation au sein des filières est considérée comme fondamentale pour la pérennisation de la production agroalimentaire, qu'en est-il en volaille ?
Il ne peut y avoir d'agroalimentaire française forte sans agriculture forte ni d'agriculture forte sans agroalimentaire fort. Je suis par exemple farouchement contre les pratiques commerciales de type «1 gratuit pour 1 acheté», c'est particulièrement irrespectueux du travail des éleveurs. Il est également impossible d'organiser l'aménagement du territoire en France sans agriculteurs: si demain les produits agricoles n'étaient plus valorisés, qui financerait l'occupation de l'espace ? Mieux vaut que les producteurs puissent gagner décemment leur vie grâce à leurs produits plutôt qu'être subventionnés ! La FIA est donc pour la contractualisation qui sécurise éleveurs et abatteurs car, dans un marché mondial, la spéculation déconnecte les prix de la réalité des marchés physiques. Nous sommes également pour la construction d'une véritable interprofession volailles afin de favoriser le dialogue dans la filière.
Les coûts de production français sont beaucoup plus élevés que dans les autres
pays
producteurs. Quels sont les leviers possibles d'action ?
Par exemple l'alimentation animale, en redonnant de la souplesse aux formulations. Avec le colza, le tournesol et les autres matières riches en protéines qu'elle produit, la France est moins dépendante des importations de soja que les autres pays de l'UE. Pour faire entrer plus de ces produits, moins concentrés en protéines, dans les formules des aliments pour volaille, il faudrait faire évoluer les cahiers des charges qui imposent un taux élevé de céréales et qui figent les achats. C'est l'un des objectifs de la FIA.
Pensez-vous possible de freiner les importations dans l'Union européenne?
Pourquoi ne pas commencer par instaurer des quotas ? Je pense qu'il faudrait également renforcer les contrôles pour s'assurer que les productions importées respectent bien la réglementation européenne. La sécurité sanitaire constitue d'ailleurs une vraie barrière à l'importation aux USA: pourquoi ce grand pays libéral n'importe-t-il pas un kg de produits avicoles ? L'UE, notamment la France, présente la meilleure sécurité sanitaire du monde grâce à sa maîtrise de la traçabilité et à la forte présence des autorités de contrôle de l'État sur le terrain. Or, il y a au moins de 10 à 15% de produits non conformes dans les produits importés en Europe. On a même trouvé des tétracyclines dans certaines viandes de volailles. Il faut donc que le consommateur puisse choisir en connaissance de cause.
Vous proposez donc une mention de l'origine ?
Oui, et cela en plein accord avec la FNSEA***, dans le cadre de la Loi de modernisation agricole. Nous demandons l'indication du pays d'origine du produit sur tous les produits crus comme cuits. Nous sommes extrêmement surpris de la position de l'Ania qui n'y est pas favorable. Au niveau européen, nous nous associons également à l'AVEC (association de l'aviculture, de l'industrie et du commerce de volailles) pour demander que les produits élaborés crus soient travaillés uniquement à partir des produits frais conformément à ce que souhaitent les consommateurs et non avec des produits congelés qui sont souvent importés.
*Gilles Huttepain est membre du Conseil de direction du groupe sarthois LDC, directeur de son pôle amont (alimentation animale, relations avec les éleveurs) et de l'inter
national. ** La Fédération des Industries Avicoles regroupe 80% de l'industrie française de l'abattage/transformation. *
** Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, la principale organisation de producteurs agricoles en France.
La France peut et doit reconquérir des parts de marché en volailles pour Gilles Huttepain*, Président de la Fédération des Industries Avicoles**. Le directeur du pôle amont (alimentation animale, relations avec les éleveurs) et international de LDC, numéro 1 français de la filière, milite pour un véritable Grenelle de la volaille et la construction d'une interprofession.
Propos recueillis par Yanne Boloh