Gilbert Stellardo est retraité. Il le revendique. Jardinier à ses heures et père de famille dans l'âme, on ne l'imagine pourtant pas allongé dans l'herbe avec une grille de mots croisés. C'est que la pelouse pour lui, c'est 120 mètres par 90, un but de chaque côté. Le président de l'OGC Nice a la retraite active. Le travail, «c'est de l'oxygène pour mon esprit», sourit-il.
Chef d'équipe
Dans les années 80, Gilbert Stellardo travaillait déjà à L'Olympique gymnaste club (OGC) Nice, en tant qu'administrateur. Mais l'histoire entre le club et le Niçois commence vraiment en 2002, quand il le «sauve» avec Marcel Govanatori, en y injectant 20M de francs. Il place alors Maurice Cohen aux commandes, l'ami d'enfance en qui il a «une grande confiance». Le tandem fonctionne sept ans. «Nous avons travaillé main dans la main, les décisions étaient prises d'un commun accord», confirme Maurice Cohen. Mais en 2009, l'affaire bascule. «Le club enregistrait près de 10M€ de pertes, j'ai donc décidé de mettre un conseil de surveillance en place pour avoir une information financière de meilleure qualité. Maurice ne voulait pas partager le pouvoir. Il a démissionné, j'ai pris la présidence», résume l'Azuréen. Depuis il redresse le club. Le déficit 2010 est aujourd'hui limité à 6M€ pour un CA de 36M€, et le patron du club espère être à l'équilibre sur l'exercice 2010/2011.
«Chef scout»
Son prédécesseur a pourtant une version différente... «Gilbert Stellardo est un mec bien, j'ai été en admiration devant lui pendant des années mais il a manqué de classe avec moi. Il n'existait plus nulle part dans la vie publique, or il en avait besoin, donc il m'a poussé dehors.» Maurice Cohen, aujourd'hui propriétaire du magazine l'Observateur de Monaco, estime en effet que son ancien ami a «une âme de chef scout. Il a toujours aimé s'investir, s'entourer». Avant d'atterrir sur la planète football et de côtoyer des Jean-Michel Aulas et autres leaders, Gilbert Stellardo a en effet fait tout un parcours de meneur de troupes dans le monde économique. Fils d'hôteliers, et lui-même anciennement à la tête d'hôtels à Nice et Lyon, il a été pêle-mêle: président du Syndicat local des hôteliers, de l'Union patronale des Alpes-Maritimes (Upiam, devenue UPE06), de la Chambre de commerce et d'industrie Nice Côte d'Azur (CCINCA), de la Chambre régionale de commerce et d'industrie Paca-Corse...
«Chef d'entreprise»
Sur son passage, Stellardo a fait naître des vocations, comme celle de l'actuel président de l'UPE06, Yvon Grosso. «C'est lui qui m'a donné le goût du militantisme et mit le pied à l'étrier à 28ans», se souvient le fondateur de l'agence d'intérim Agyca. Il décrit un leader «animé par un fort sentiment de justice, très altruiste et visionnaire», faisant référence au livre «Côte d'Azur 2010». Un ouvrage publié au début des années 90, dans lequel Gilbert Stellardo proposait sa vision pour le développement économique du territoire. Car le roi du football est avant tout économiste. «Gilbert Stellardo a beaucoup oeuvré pour l'économie du département» salue d'ailleurs Dominique Esteve, président de la CCI NCA. C'est cette casquette, en plus de sa réputation et sa connaissance du tissu local, qui ont poussé Jacques Peyrat, maire RPR de Nice de 1995 à 2008, à choisir Gilbert Stellardo pour 1e adjoint. «Un poste plus économique que politique, qui m'a permis de restructurer les finances de la ville comme un chef d'entreprise.»
«Tout le monde l'appelle Gilbert»
Le duo entre l'économiste de «sensibilité libérale humaniste» et son supérieur ex-FN ne fait pas long feu. En 2001 l'ambition chatouille Stellardo. Il lance une campagne d'affichage dans tout Nice pour accroître sa notoriété, avec pour slogan «Tout le monde l'appelle Gilbert». Candidat sans étiquette aux législatives de 2002, Stellardo est éliminé au premier tour avec seulement 12,1% des suffrages. «Un score plutôt satisfaisant, et la campagne a été très enrichissante. J'ai appris de toutes mes fonctions tout au long de ma vie, notamment de mes échecs», philosophe l'intéressé.
Gilbert Stellardo, président de l'OGC Nice, a couvert nombre de sphères de la vie publique niçoise: syndicalisme patronal, politique et football. Parcours qui traduit le caractère d'un homme ambitieux et tourné vers l'autre.
Lucie Lautrédou