Il cumule les mandats. Président des Scop BTP du Sud-Ouest, trésorier de la Fédération nationale des Scop du BTP, président du Club de l'innovation pour l'industrie (Gipi) et du Gemip, association qui regroupe tous les groupements d'employeurs de Midi-Pyrénées... «Socorem est la moelle épinière, mes autres engagements m'apportant la vision, la réflexion et la nuance, nécessaires à tout chef d'entreprise», explique Gérard Libéros. Alors s'il avoue avoir un emploi du temps chargé, il estime être présent quand il le faut. Avis que ne partagent pas toujours ses collègues, ses partenaires ou encore son frère Christian, associé au cabinet KPMG à Toulouse, qui pense qu'il «fait trop de choses».
Former une équipe soudée
Aîné d'une famille de huit enfants (cinq frères et deux soeurs), il a tout naturellement pris les responsabilités qui lui incombaient. Pour son frère Christian, de deux ans son cadet, il est le «vrai aîné, admiré par le père. Tous les deux partagent la passion de la technique. Notre père était conducteur de travaux et Gérard a suivi des études d'ingénieur. Ils sont aussi de fins chasseurs». S'il existe entre Gérard Libéros et son père une complicité, ses parents ne faisaient aucune différence avec ses frères et soeurs. «Bien que peu fortunés, ils nous ont permis à chacun de suivre des études», insistent les deux frères. Malgré une «éducation à la dure», Gérard Libéros s'est approprié des valeurs inculquées par ses parents comme la solidarité et la générosité. Qualités humaines présentes dans le rugby, sport collectif qu'il a pratiqué de l'âge de 11 à 35 ans. À la maison comme sur le terrain, il fait partie d'un groupe soudé. «Nous étions comme une équipe de rugby, on faisait corps. De nous tous, Gérard était le meilleur joueur», confie Christian Libéros. L'école, c'est une autre affaire. «Jusqu'au bac, j'ai été un élève difficile», reconnaît Gérard Libéros. La faute à un trop plein d'énergie. Les dix kilomètres à vélomoteur nécessaires pour rejoindre le stade de rugby l'épuisent à peine. «Au collège, il était capable de bricoler pendant les cours, il était dans son monde. Au lycée, ça ne marchait plus, il fallait être attentif. Par contre, dans sa vie étudiante, il a été le plus sérieux de nous tous», raconte son frère Christian.
À cette énergie s'ajoute une curiosité insatiable qui le pousse à expérimenter sans cesse. «Il avait toujours quelque chose de différent. Il a été le premier à faire de la planche à voile, à gagner de l'argent en faisant des petits boulots pour pouvoir partir en vacances. Pendant ses études d'ingénieur, il a pratiqué la course de solex, et ce n'était pas rien à l'époque», s'amuse-t-il.
Ingénieur devenu manager
Après un passage obligé par le service militaire qu'il effectue entre «le froid sibérien» de Nancy et à Dax, il retrouve Toulouse où il commence des études d'ingénieur. Un DUT de Génie mécanique et électricité en poche, il est embauché en 1976 chez CGE Alstom. «Dans les années 70, beaucoup de communes se sont équipées de lignes téléphoniques. Le téléphone est véritablement rentré dans les foyers», raconte Gérard Libéros. Il encadre alors des chantiers de 150 à 200 personnes dans tout le grand Sud etl gère à la fois les aspects technique et management. En 1985, il a «des fourmis dans les pieds», l'envie de partir, de relever un nouveau défi. Il entre alors dans la branche électricité de la société Saunier Duval. Il quitte Toulouse pour Rouen. Au bout de quelques années, alors qu'on lui avait promis un poste de responsable dans le Sud-Ouest, on lui demande d'aller à Lyon. Pas intéressé, il pense déjà à devenir son propre patron. Mais avant de franchir le cap, il dirige une agence de la société Souchon dans le Tarn-et-Garonne. Afin de ne pas être dépendant d'un seul client, en l'occurrence la SNCF, Gérard Libéros développe les activités électricité et télécommunications. Mais déjà il reprend sa route vers de nouvelles aventures. Son parcours, son frère Christian, le trouve «très diversifié car Gérard a besoin d'expérimenter plusieurs situations avant de se fixer». C'est chez Socorem qu'il trouvera son port d'attache. Depuis 1992, plusieurs repreneurs étaient intéressés par cette Scop spécialisée dans l'électricité et le génie climatique mais la transaction ne s'est pas faite. L'entreprise n'était pas en très bonne posture, un nouveau défi que Gérard Libéros relève avec enthousiasme. «Il a découvert le management participatif et a su donner à Socorem un niveau industriel, plus technique. En terme de management, il a réussi à fédérer les salariés et à s'entourer d'une bonne équipe», conclut Christian Libéros.
Si Gérard Libéros s'investit dans plusieurs missions en parallèle de son activité de dirigeant, la toute première est de développer la société coopérative de production (Scop) Socorem qu'il a reprise en 1992.
Marie Lepesant