François Masnière : «Des raisons d'espérer»

François Masnière : «Des raisons d'espérer»

Président de la Fédération Française du bâtiment (FFB) Rouen-Dieppe, François Masnière constate des effets certains de la crise sur son secteur mais ne veut pas sombrer dans la sinistrose.



Les comportements des entreprises ont-ils changé avec la crise?


On peut effectivement noter que face aux appels d'offres publics, il y a à présent beaucoup plus d'entreprises qui répondent qu'un an plus tôt, et ceci dans une grande proportion. Ainsi, j'ai récemment vu un chantier de 250.000€ avec huit entreprises sur les rangs alors qu'il y a un an elles ne se seraient pas bousculées. Globalement, 2008 a été une année positive mais la surchauffe précédente devait s'atténuer.
Comment voyez-vous l'avenir?
Ce que je crains personnellement c'est la fin 2009 et l'année 2010 pour le début d'éventuels problèmes, pas avant car jusque-là nous vivrons sur des acquis. Jusqu'en août2008, nous avons eu une flambée des prix des matériaux et maintenant les prix des matières premières s'effondrent. Et ça, ça ne passe pas et c'est inquiétant. Et puis, les commandes privées ont été stoppées nettes! Aujourd'hui, nous sommes dans un schéma où l'on nous annonce des mesures, notamment dans le domaine du développement durable, mais pour l'instant on ne peut rien lancer car les décrets d'application ne sont pas là.
Tous les acteurs jouent-ils le jeu? En ce qui concerne les institutionnels,
il faut reconnaître que certains attendent, relancent ou renégocient les prix. Certains maîtres d'oeuvre attendent que ça baisse. Mais d'autres jouent le jeu comme les SA d'HLM. La profession compte fortement sur le logement social! Bien que nous ayons 75% d'artisans à la FFB, nous avons aussi de grosses sociétés et celles-ci manquent de grands projets. Cela entraîne un chevauchement des capacités entre les grosses sociétés et les artisans qui commencent à se retrouver sur les mêmes chantiers. Alors, pour que tout le monde ait sa chance, il faut que le donneur d'ordres respecte les prix et les capacités des entreprises ainsi que le mieux disant.
Quelles sont les raisons de croire en l'avenir pour votre secteur d'activité?
Tout l'artisanat peut être boosté par l'enveloppe développement durable lorsque tout sera en place. Il faut combattre l'inquiétude car il y a des raisons d'espérer dans ce domaine. La chape médiatique accentue ce phénomène d'angoisse car la sinistrose induite, amène les Français à renoncer à consommer. Il faut lutter contre cela car dans les années à venir il y a un marché colossal pour lequel il faut de la confiance!
Quelles sont les réponses à apporter?
L'un des chantiers à mener, c'est celui de la réadaptation à la nouvelle demande des acquéreurs. Pour cela, architectes, entreprises, bureaux d'études, doivent travailler ensemble afin de mieux prendre en compte les demandes des clients. À la FFB, des réponses sont données aux entreprises au cas par cas et aujourd'hui nous ne sommes pas saisis de catastrophes majeures. Par contre, les entreprises s'intéressent à l'offre globale, un groupement d'entreprises qui peut répondre entièrement à un client unique. De plus, il ne faut pas oublier que notre profession a besoin de monde, plus de 60.000 personnes par an pour assurer le renouvellement, là encore, une raison d'espérer.