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"Forindustrie, l’Univers extraordinaire" mise sur la parité pour relever le défi du recrutement dans l’industrie
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"Forindustrie, l’Univers extraordinaire" mise sur la parité pour relever le défi du recrutement dans l’industrie

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Alors que l’industrie peine encore à attirer les femmes — elles ne représentent que 28 % des effectifs — Forindustrie, l’Univers extraordinaire consacre une semaine entière à la valorisation des parcours féminins. L’objectif : montrer la diversité des métiers, briser les stéréotypes et encourager les jeunes filles à investir un secteur en pleine expansion.

Forindustrie est un dispositif immersif, co-construit avec l’Éducation nationale et France Travail, ciblant les collégiens, lycéens et demandeurs d’emploi — Photo : Forindustrie

Depuis le 17 novembre, la 5e édition de Forindustrie, l’Univers Extraordinaire, un outil pédagogique unique qui permet de faire découvrir les métiers industriels de manière ludique et immersive, a démarré en flèche. Le 26 novembre, cet outil imaginé au départ par Industries Méditerranée, avait déjà réuni plus de 135 000 participants partout en France (+ 40 % par rapport à l’édition 2024), dont 25 000 en région Paca. Parce que l’industrie a besoin de bras et doit se féminiser, la semaine du 1er au 7 décembre mettra en lumière les métiers de l’industrie au féminin.

Une industrie encore très masculine

La marche est encore haute : alors que l’organisation professionnelle France Industrie s’est fixée pour objectif de compter 40 % de femmes dans l’industrie en 2040, elles ne sont encore que 28 % aujourd’hui et elles représentent à peine 30 % des effectifs en écoles d’ingénieurs. Pourtant, les opportunités sont nombreuses : à l’horizon 2030, les besoins en recrutement sont estimés à près de 130 000 emplois, tous secteurs de l’industrie confondus, rien qu’en régions Paca et Corse.

La région provençale concentre par ailleurs 31 projets d’implantation et de transformation industrielle pour les 10 ans à venir (en particulier sur la ZIP de Marseille-Fos et le pourtour de l’étang de Berre), représentant plus de 20 milliards d’euros d’investissements et 10 000 emplois directs. Des projets d’importance régulièrement remis à l’ordre du jour par le collectif Provence, Fabrique des possibles.

Une plateforme qui incarne la parité

Pour joindre la parole aux actes, "la nouvelle version de la plateforme Forindustrie, mise en ligne cette année, s’est appuyée sur un vivier de développeurs, dont 50 % sont des développeuses". "Dans les rencontres aussi, nous avons aussi souhaité donner la parole à parité et des femmes viendront donc raconter leurs parcours et ainsi offrir des modèles aux jeunes filles", explique Christine Baze, directrice du projet Forindustrie, présidente d’Industries Méditerranée, et Responsable de la stratégie des filières industrielles et du développement des compétences pour EDF.

Christine Baze, directrice du projet Forindustrie, présidente d’Industries Méditerranée — Photo : François Moura

Un coup de foudre pour l’industrie

Au cours de cette semaine spéciale, les collégiennes, lycéennes, étudiantes, mais aussi demandeuses d’emploi pourront découvrir les portraits de femmes de l’industrie, à l’image de Chloé Montbabut, responsable qualité et sécurité des vols pour les départements structure appareil, systèmes électriques et équipements chez Airbus Helicopters. Une entreprise qu’elle a découverte lors de son quatrième stage en 2011, alors qu’elle poursuivait des études de chimie. "Je suis tombée amoureuse de l’industrie, raconte-t-elle. J’ai évolué, saisi les opportunités et je ne me suis jamais ennuyée."

Aujourd’hui encore, elle confie savoir pourquoi elle se lève chaque matin et apprécie le contact humain, "très intense", qui existe dans le secteur industriel, qui offre par ailleurs un panel de métiers très large.

Chloé Muliva, championne régionale des Worldskills 2025 en électronique — Photo : Worldskills

Son parcours résonne avec celui de Chloé Muliva, l’une des "stars" de l’industrie d’aujourd’hui : elle est devenue en novembre, championne régionale Paca aux Worldskills 2025 en électronique (Parcours +, puisqu’elle est porteuse d’un handicap). Elle était face à sept autres candidats et était la première fille à participer à ce concours en électronique. C’est à l’occasion du Covid qu’elle a eu le déclic, alors qu’elle suivait des études de médecine.

"J’ai constaté à cette époque que l’industrie avait réussi à s’adapter en très peu de temps pour redémarrer le plus rapidement possible et j’ai embrassé des études en génie électrique industriel : sur une promotion de 120 personnes, nous étions 4 filles, mais j’ai vécu les meilleures années de ma vie", se souvient-elle. Pour son alternance, elle choisit la Marine nationale, un monde dans lequel on a l’habitude dire "qu’il n’y a ni hommes, ni femmes, mais que des marins."

Des modèles féminins

Aujourd’hui en école d’ingénieur généraliste, à Paris, elle réalise son alternance au sein de l’AIA (Atelier industriel de l’aéronautique) de Cuers Pierrefeu, dans le Var, pour devenir ingénieur en électronique des systèmes embarqués. Pour en arriver là, elle ne s’est pas freinée. Selon elle, "peu importe que l’on soit une fille ou un garçon". Et elle s’est inspirée d’un modèle : l’actrice américaine Hedy Lamarr, à l’origine de l’un des principes fondateurs du Wifi, mais très peu reconnue pour ses talents d’ingénieure.

Pour Chloé Montbabut, ses modèles sont des femmes qu’elle a pu côtoyer, comme l’une de ses professeurs de chimie ou une responsable d’atelier, qui l’a "beaucoup coachée". Aujourd’hui, c’est elle qui accompagne les nouvelles recrues, endossant le rôle de marraine. Chloé Montbabut exhorte aussi les jeunes filles à se poser moins de questions, à se faire confiance et à ne pas hésiter à rejoindre un parcours en alternance pour se rendre compte de la richesse de l’industrie.

Chloé Montbabut, qui occupe un poste de responsable qualité et sécurité au sein d'Airbus Helicopters — Photo : Airbus Helicopters | Delphine Prevot

Briser le plafond de verre

Pour Rachel Gillot, responsable de la méthode et de l’internalisation chez Augier Energy (Carros), une entreprise azuréenne de 35 salariés, qui conçoit et fabrique du matériel adapté à la distribution d’énergie, à la régulation et à la supervision, le soutien de la famille a été particulièrement précieux. Passée par plusieurs entreprises, elle concède avoir eu à connaître des réflexions sexistes, mais ses managers n’ont jamais fait de différence liée au sexe : "seule la compétence prime et la confiance en soi pour y arriver."

Christine Baze regrette aujourd’hui que "la part des femmes dans l’industrie progresse peu". Avant d’ajouter : "Il y a encore un plafond de verre, qui fait dire aux jeunes femmes que ces métiers ne sont pas accessibles pour elles. Aujourd’hui, demain, il faut pousser les jeunes filles à prendre la place qu’elles méritent, elles ne doivent plus hésiter."

Rachel Gillot, responsable de la méthode et de l’internalisation chez Augier Energy — Photo : DR

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