Placée en liquidation judiciaire à la suite de pertes financières abyssales, l'Union Régionale de Coopératives de Collecte de Lait (URCVL) a été contrainte de céder cet été l'ensemble de ses actifs. Vialacta a été vendue à Entremont, la Laiterie de Villefranche-sur-Saône a été récupérée par le groupe Sodial et Forez Fourme a été reprise, le 1erjuillet dernier, par Jean-Pierre Durris.
90 agriculteurs à sauver
Attaché viscéralement à sa région, ce Montbrisonnais d'origine est sorti de sa retraite pour se lancer dans un challenge un peu fou: sauver la filière laitière des Monts du Forez. «L'emprise de Forez Fourme sur la proche région est majeure. Cela représente aujourd'hui 10millions de litres de lait par an et pas moins de 90 agriculteurs. Le vrai danger était de laisser disparaître ce site. D'autant plus que nous sommes à l'aube de nouvelles réglementations européennes», explique Jean-Pierre Durris. En effet, la disparition programmée des quotas laitiers à horizon 2013-2014 va entraîner inévitablement une augmentation des volumes produits et donc une baisse des prix. «C'est la loi de l'offre et de la demande. Le problème, c'est qu'ici nous sommes en zone montagne. Les agriculteurs n'ont donc pas la possibilité de s'agrandir pour développer leurs volumes. Et puis, sans industrie de transformation dans le secteur, ils seront condamnés à arrêter leur production. Ce ne sont pas les transformateurs stéphanois ou lyonnais qui viendront assurer une collecte de lait deux fois plus coûteuse en zone montagne qu'en zone plaine», argumente le repreneur.
Augmenter la production
Pour maintenir à moyen et long termes une activité laitière dans les Monts du Forez, Jean-Pierre Durris sait qu'il devra avant tout remettre Forez Fourme sur de bons rails. «Depuis deux ans, l'entreprise enregistre des pertes qui représentent 10% de son chiffre d'affaires. De 700 tonnes de fromages en 2005, Forez Fourme est passée à 430 tonnes en 2009. L'enjeu va donc être de développer les volumes pour retrouver notre niveau de 2005 et atteindre ainsi 5,3M€ de CA en 2012», expose le dirigeant. Pour y parvenir, Jean-Pierre Durris a établi un plan de développement sur trois ans. Un plan qui prévoit des investissements industriels à hauteur de 200.000€ afin d'augmenter la fiabilité et la qualité de production. «On va remettre en état des cuves de fabrication, faire quelques aménagements sur notre atelier de conditionnement de Saint-Bonnet-Le-Courreau et surtout investir dans la mise en place d'un système d'informations. C'est indispensable pour obtenir la certification International Foods Standard (IFS), incontournable dans la grande distribution», détaille-t-il.
Leclerc: première marque distributeur
Déjà présente dans les GMS sous sa propre marque Tarit, Forez Fourme entend franchir un cap en développant des marques distributeurs? premium? pour faire connaître son produit phare: la fourme de Montbrison. «On va commencer avec Leclerc qui à partir de décembre distribuera notre fourme dans 560 magasins sous la marque ?Nos régions ont du talent?. L'objectif est d'arriver à une centaine de tonnes par an», confie Jean-Pierre Durris. Parallèlement à cette stratégie, Forez Fourme va s'atteler à développer sa marque Tarit auprès des autres géants de la distribution. «L'idée est d'aller un peu plus loin que la seule région Montbrisonnaise, de dépasser nos frontières actuelles», indique le dirigeant. Dans cette optique, le transformateur de Sauvain vient de relancer la Tomme de Montagne, laissée à l'abandon par les précédents actionnaires. «Il y a 4 ans, elle représentait 10% de nos volumes. Il faut que l'on revienne sur ce type de ratio», lance Jean-Pierre Durris, qui entend bien faire connaître ce produit dans le Rhône et la Savoie notamment.
Un seul site à terme
Si le dirigeant sait qu'un retour à l'équilibre en 2012 passe obligatoirement par une augmentation des volumes, il sait aussi qu'il devra réduire durablement ses coûts de production pour pérenniser l'entreprise. Une équation délicate qui passera inévitablement par une réorganisation industrielle «La fabrication se fait à Sauvain et l'affinage-conditionnement à Saint-Bonnet-le-Courreau. Même si les deux sites ne sont distants que de 7 kilomètres, cela engendre des surcoûts», commente Jean-Pierre Durris. Le dirigeant projette donc de rapatrier l'activité de Saint-Bonnet-le-Courreau sur le site de Sauvain. «Nous avons la superficie nécessaire pour accueillir toute l'activité. Cela nécessitera des investissements. Il faudra réaménager nos locaux en sous-sol pour accueillir l'activité affinage», précise-t-il. Pas encore chiffré, ce projet pourrait voir le jour à horizon 2012.
Forez Fourme
(Sauvain) Dirigeant: Jean-Pierre Durris 26 salariés CA 2009: 3,2M€ www.forez-fourme.com 04 77 76 81 80