L'accord a été officiellement conclu fin avril. La société marseillaise Foraco International a acquis 51% du capital de l'entreprise brésilienne Servitec. Un deal mixte - environ 20millions de dollars en cash et 24millions de dollars en actions Foraco - qui permet à la société phocéenne de devenir le nº3 mondial du forage minier. Un nouvel empire de plus de 4.000 salariés et de 370millions de dollars de chiffre d'affaires. «Nous ne travaillions pas au Brésil, précise Jean-Pierre Charmensat, co-président de Foraco. Par conséquent, Servitec, numéro deux sur ce marché, n'était pas une entreprise concurrente, puisqu'elle ne travaillait que dans son pays. En revanche, ses grands clients étaient également les nôtres au Chili et en Argentine». La reprise n'est pas née d'un appel d'offres, mais de réseaux plus personnels. «Nous étions en contact avec eux depuis pas mal de temps, confirme Jean-Pierre Charmensat. Nous avions rapidement découvert que nos stratégies étaient assez similaires et que nous étions particulièrement complémentaires. Servitec s'était énormément développée depuis sa création en 2000 et réfléchissait à son avenir. De nos discussions est finalement né un accord». Un accord qui permet aux deux parties d'exercer une option sur les 49% restant dans les trois prochaines années. «Il est assez probable que nous décidions de prendre 100%», glisse Jean-Pierre Charmensat.
Une porte d'entrée
Pour le co-président de Foraco, l'objectif d'une telle opération est résolument stratégique. «Le Brésil, qui représente 4% du marché mondial du forage, fait partie de ces pays où l'on n'entre pas tout seul. Des barrières existent, un peu comme en Russie. Pour y pénétrer, il est impératif de s'associer avec un acteur local. Nous cherchions la bonne porte d'entrée depuis longtemps». En terme de gouvernance, les deux managers de Servitec restent en place, tandis que Foraco nomme en renfort un directeur financier.
Croissances externe et interne
Jean-Pierre Charmensat le concède volontiers : passer de 3.000 à 4.000 salariés est «un gros morceau». Mais Foraco a anticipé l'absorption de Servitec, et plus globalement son propre accroissement d'activité, en se structurant en quatre grandes directions opérationnelles, pour autant de secteurs géographiques. «Nous avons atteint une taille critique, explique le dirigeant. Aujourd'hui, nous n'excluons pas de trouver de nouvelles cibles, soit dans un pays nouveau - mais nous couvrons déjà 78% du marché accessible -, soit dans un pays où nous travaillons déjà». Une croissance externe qui devrait s'accompagner d'une croissance interne. «Les pays où nous sommes présents enregistrent des taux de croissance très importants et le marché de la prospection minière offre de très belles perspectives, rappelle Jean-Pierre Charmensat. C'est particulièrement le cas du Chili, où nous faisons déjà travailler 1.200 personnes, mais aussi du Canada et de l'Australie, qui disposent également d'un potentiel très intéressant».
Travailler avec les majors
Aujourd'hui, Foraco International réalise la moitié de son chiffre d'affaires en Amérique du Sud (Chili, Brésil, Argentine, Mexique). Ses autres grands marchés sont l'Afrique (20% de son CA), le Canada (15%), l'Asie Pacifique, dont l'Australie et la Nouvelle-Calédonie (9%) et la Russie (6%). Une activité purement internationale pour cette entreprise qui intervient dans 23 pays, sous formes de filiales détenues à 100%, à l'exception de la Russie, et désormais du Brésil. Par ailleurs, la société a fait le choix depuis environ cinq ans de travailler de manière privilégiée avec les plus grandes entreprises minières du monde, les "majors" du secteur. Ce choix s'est avéré payant, dans un contexte de crise où les plus petits donneurs d'ordres ont énormément souffert. «À l'image des majors, qui génèrent désormais 80% de notre activité, nous avons choisi de devenir "globaux", commente Jean-Pierre Charmensat. Nous suivons ces grands groupes sur leurs principaux marchés, en nous implantant à leurs côtés, et nous leur proposons des services très larges, adaptés à leurs besoins spécifiques. C'est le coeur de notre stratégie. Et en la matière, les synergies sont de plus en plus nombreuses». Un positionnement qui, depuis 2007, a sensiblement modifié le visage de Foraco. «À l'époque, le forage minier ne représentait qu'un tiers de notre activité, explique le président de la société marseillaise. Aujourd'hui, c'est 95%, contre seulement 5% pour les forages d'eau en Afrique».
Foraco international
Marseille Jean-Pierre Charmensat & Daniel Simoncini 4.000 salariés 370millions de dollars 04 96 15 13 60 www.foraco.com