La fin des quotas laitiers, le groupe Even a fait ce qu'il a pu pour l'anticiper au mieux. Seulement voilà : «attendue par une grande partie de la profession, elle a créé de fortes tensions sur le prix du lait, plongeant les producteurs et leurs filières dans une crise majeure. Even pressentait ces turbulences mais n'avait pas envisagé qu'elles soient aussi subites, profondes et longues», explique Guy Le Bars, le président du conseil d'administration de la coopérative de Ploudaniel qui emploie 5.640 salariés et regroupe 1.500 adhérents.
-2,8% de chiffre d'affaires malgré une collecte en hausse de 2,4%
Résultat : un chiffre d'affaires consolidé en retrait de 2,8 points, soit 60 millions d'euros en moins qu'en 2014. «Pour autant, la santé financière du groupe n'est pas affectée », précise Christian Couilleau, le directeur général, du groupe qui a tout de même créé 120 emplois en 2015 et devrait passer le cap des 6.000 salariés en 2016. En 2015, la collecte de lait de Laïta, la coopérative dont elle est actionnaire aux côtés de Terrena et Triskalia, a par ailleurs progressé de 2,4%.
Mesures exceptionnelles de soutien aux adhérents
Christian Couilleaud se veut pourtant optimiste : « même si cette crise est violente et profonde, elle n'est pas durable». Et c'est justement dans cette optique que le groupe coopératif a mis en place une série de mesures de soutien à ses adhérents. À commencer par un retour exceptionnel de résultat de 5 millions d'euros sur le lait livré sur la campagne 2015-2016, un dispositif d'avances de trésorerie ou encore un dispositif favorisant l'installation des jeunes agriculteurs. « En 2015, la coopérative a accompagné 35 installations, soit presque deux fois plus d'installations qu'en 2014», se félicite Guy Le Bars.
«L'herbe n'est pas forcément plus verte chez nos voisins européens»
« Les agriculteurs sont entrés de plain-pied et de plein fouet dans un nouveau monde laitier. La libéralisation des marchés et l'absence de mécanismes de régulation obligent les exploitants à é réfléchir et à gérer leurs exploitations autrement», analyse le président du conseil d'administration. Pour les accompagner dans cette transition et s'inspirer des bonnes pratiques de leurs homologues européens, la coopérative a donc proposé plusieurs voyages d'études à ses adhérents : Allemagne, Pays-Bas, Suède, Danemark, Suisse... « Ils ont aussi pu constater que l'herbe n'était pas forcément plus verte chez leurs voisins», note Guy Le Bars.
Investissements, environnement... et drones!
Egalement au programme de ce véritable plan de bataille pour préparer au mieux la sortie de la crise : une politique d'investissement soutenue. « Nous allons investir cette année une centaine de millions d'euros, principalement dans le lait avec notre nouvelle usine de Créhen (22), qui devrait entrer en phase de test début 2017 pour une qualification espérée à la fin de cette même année», indique Christian Couilleau. 35 millions d'euros seront quant à eux consacrés à l'entretien des outils existants, dont un gros volet consacré aux stations d'épuration de Landerneau, Anceny et Ploudaniel.
En parallèle, le groupe poursuit sa réflexion environnementale : obtention de la seconde version de la certification Agri Confiance, bilans carbone, mesure des temps de pâturage ou de la densité bocagère, et même utilisation de drones pour doser au mieux les épandages d'engrais pour la fertilisation des céréales.
Innovation et brevets internationaux
Le groupe Even poursuit également sa politique d'innovation, avec une cinquantaine de nouveaux produits lancés en 2015 et des nouveautés également en matière de qualité sanitaire et dans le domaine de la protéine. Pour se protéger dans sa logique d'internationalisation, Even a par ailleurs déposé trois brevets l'année dernière, et compte bien poursuivre dans ce sens. Sa stratégie à l'export? « On ne cherche pas à faire du volume à tout prix ou du low-cost, mais plutôt à miser sur des produits à forte valeur ajoutée, quitte à aller moins vite», explique Christian Couilleaud.
Distribution alimentaire en RHD : «l'air-bag du groupe»
Et pour soutenir sa croissance, Even peut compter sur son pôle distribution. Un pôle que Guy Le Bars n'hésite d'ailleurs pas à qualifier de véritable «air-bag» représentant 25% du chiffre d'affaires du groupe. Le rachat de Sobraquès (66) et Geldoc (12) en 2015, lui a en effet permis d'asseoir sa place sur le marché de la distribution alimentaire en restauration hors-domicile. Et un pôle dans lequel des investissements également sont prévus, notamment afin de proposer une solution multicanal. De nouvelles opérations de croissance externe ne sont d'ailleurs pas à exclure pour «densifier et compléter le maillage», confient Guy Le Bars et Christian Couilleaud. En somme, « Even continue à tracer son chemin dans une conjoncture de marché déficiente : nous sommes convaincus qu'il y a un avenir pour le lait breton !», résument les deux hommes.