En 2008, le CAC40 a signé la plus mauvaise performance de son histoire. En chute record de 42%, il fait largement moins bien que lors de l'éclatement de la bulle internet en 2002 (-33%) et enregistre des dégringolades spectaculaires (plus de 80% pour Dexia en 2008). Toute la question est de savoir si le marché boursier a touché le fond ou s'il peut encore reculer. Bien malin celui qui peut s'enorgueillir d'apporter une réponse sans faille à cette interrogation. «Les marchés boursiers sont dans une situation que l'on n'avait jamais connue depuis la Seconde Guerre mondiale. 2008 a été une année hors normes qui a déboussolé les investisseurs à l'échelle mondiale. Il est aujourd'hui impossible de prévoir ce qui va se passer dans les trois ou six prochains mois. La seule chose que l'on puisse affirmer, c'est que les marchés vont rester très nerveux tout au long de l'année», explique Andreas Hoefert, chef économiste d'UBS Wealth Management. Après la déconfiture enregistrée par l'ensemble des places boursières sur l'année 2008, aucun prévisionniste sérieux ne s'aventure aujourd'hui à anticiper un rebond prochain des marchés.
De vraies opportunités
Tous évoquent pourtant aujourd'hui de réelles opportunités. «Le problème, c'est qu'en période difficile, les investisseurs sont moutonniers et que tout le monde préfère attendre. Si on est prêts à accepter quelques "trous d'airs", il y a pourtant de belles opportunités boursières. On assiste par exemple à des aberrations avec la valorisation de certaines entreprises du CAC 40 qui est inférieure à leur niveau de fonds propres», indique Guy Roos qui dirige ICF, cabinet indépendant de gestion de patrimoine à Lyon. Après des années de frénésie où les places boursières pouvaient faire figure de poules aux oeufs d'or pour certains investisseurs court-termistes, la tendance aujourd'hui est plutôt au retour aux fondamentaux. «Certains l'avaient peut-être oublié, mais les marchés boursiers sont un placement à long terme. Aujourd'hui, il faut se projeter à l'horizon 2015-2020. Tout notre travail de gestionnaire est de convaincre nos clients que la diversification de leur portefeuille sur le long terme est une stratégie gagnante», estime Andreas Hoefert.
Quelles valeurs privilégier?
Pour ceux qui disposent d'un horizon de placement long, le marché actions peut donc s'avérer un bon positionnement étant donné les faibles niveaux de valorisation actuels. Pour autant, il semble raisonnable de lisser son point d'entrée sur une période d'au moins douze mois afin de répartir les risques. «En rentrant maintenant sur les marchés boursiers, je pense que l'on prend peu de risques car on peut difficilement imaginer une nouvelle baisse de 10 à 20% des marchés», mentionne Guy Roos. Même sentiment pour Andreas Hoelfet, chef économiste d'UBS pour qui «les marchés boursiers sont aujourd'hui proches du fond et surtout sous-évalués». Dans ce contexte incertain, les investisseurs se tournent actuellement vers les valeurs défensives telles que les secteurs de l'hygiène et de la santé, de l'agroalimentaire, les biens de consommation, des matières premières, des infrastructures ou de l'environnement. Surtout, et comme lors de chaque période de crise, ce sont les grosses capitalisations, présentant moins de volatilité, qui sont actuellement privilégiées, au détriment des valeurs moyennes. «Il faut sélectionner les titres pour leurs fondamentaux, c'est-à-dire sur leur capacité à résister à une crise durable, en regardant l'endettement, le chiffre d'affaires réalisé avec les pays émergeants,etc.», précise Erick Cornevin-Hayton, directeur Ouest de Meeschaert.
Prudence
Reste à respecter une règle de prudence élémentaire: la Bourse est par nature un investissement risqué. «Depuis le début de l'année, nous sentons une moindre aversion aux actions. Vu certains cours, c'est vrai qu'il faut y aller. Mais il ne faut pas non plus oublier de se poser la question suivante: est-ce que j'ai l'épargne de précaution nécessaire en cas de coup dur et quelle proportion de mon patrimoine peut se permettre de subir les aléas de la Bourse?», insiste Pierre-Paul Cochet, directeur de LCL Banque Privée. Est-ce 20, 10 ou même 0%? À chacun de calculer ce pourcentage en fonction de son patrimoine et de ses besoins.
Le temps est-il venu de reprendre le chemin de la Bourse? Pour les professionnels de la gestion de patrimoine, l'investissement boursier peut s'avérer un placement judicieux, à condition d'y aller à petite dose et avec extrême prudence.