Considérer le déchet comme une source de gisement et le réutiliser à l'infini dans la fabrication de produits manufacturés. C'est en substance la vocation de la démarche cradle to cradle encore bien mal appliquée dans les industries françaises, et européennes en général. Pour sensibiliser les entreprises locales à cette démarche, l'Ardi Rhône-Alpes s'est engagée dans un groupe de travail européen qui réunit dix régions pour échanger sur cette démarche d'écoconception s'inspirant de l'écosystème naturel. L'instance régionale a engagé un cycle de conférences sur le sujet qui va donner lieu à la création, courant 2012, d'une plateforme d'échange d'informations. «L'idée est de recenser les bonnes pratiques et de bâtir un plan d'actions régional pour favoriser leur transfert», avance Julien Debruyère, chargé de mission écoconception à l'Ardi Rhône-Alpes. Une soixantaine d'entreprises a assisté à ces conférences de sensibilisation tout au long de l'année 2011, dont Fagor Brandt, installée à Lyon.
Élargir la notion de cycle de vie
Le fabricant d'appareils électroménagers s'appuie à Lyon sur un centre d'innovation, de R & D et d'achats de 50 personnes. «Le centre de R & D de Lyon travaille à la conception et au développement des machines à laver pour les usines en France, en Pologne et à la Roche-sur-Yon, ainsi que pour d'autres entités du groupe, détaille Pascal Duhem, responsable du laboratoire de développement produits de Fagor Brandt à Lyon. La cellule d'innovation traite les thèmes du froid, du lavage et de la cuisson. Voilà plusieurs années que nous avons engagé une démarche de diminution de l'impact sur l'environnement de nos produits.» Ainsi, en dix ans, le groupe a réussi à diviser par deux la consommation d'eau et d'électricité de ses produits de lavage. «À titre d'exemple, nous avons créé, à Lyon, un système de dosage automatique de la lessive qui s'adapte à la charge du lave-linge.» Près de 85% d'un lave-linge Fagor Brandt pourraient être recyclés et valorisés si l'ensemble des filières de retraitement était opérationnel. L'entreprise compte aller plus loin pour s'engager, pas à pas, vers la démarche cradle to cradle. «Chaque nouveau projet sera évalué en élargissant la notion de cycle de vie du produit. Seront pris en compte, les matières utilisées et leur quantité, les flux logistiques, la valorisation des composants utilisés, la question du démantèlement du produit.» Reste pour Fagor Brandt à se doter d'outils pour mesurer l'impact environnemental de ses projets.
Des modèles de rupture
Mais pour que la démarche soit efficace, elle doit s'inscrire dans un écosystème favorable. «Nous n'y arriverons pas seul, analyse Pascal Duhem. De nombreux intervenants doivent être associés avec les industriels, comme les fabricants de matière première, les recycleurs, la chaîne logistique... L'Ardi doit avoir un effet catalyseur en faisant se rencontrer les acteurs locaux.» Le consommateur n'est pas en reste dans le processus. «On va nécessairement vers des modèles de rupture, évoque le chercheur. Peut-être que demain, on n'achètera plus une voiture mais on louera des kilomètres. Ces nouveaux processus sont générateurs d'idées nouvelles, de ruptures technologiques et de manières de consommer différentes. Mais on en verra les fruits dans plusieurs dizaines d'années...»
Biens d'équipements Le fabricants d'appareils électroménagers engagedes approches d'écoconception qui le conduisent vers la démarche cradle to cradle.