La CPME 13 fête ses 20 ans dans un contexte économique national aussi morose qu’instable, qui pèse inévitablement sur l’état d’esprit des TPE et PME locales. Les résultats de son enquête de rentrée, présentés à la presse le 10 octobre dernier à Marseille en présence de la vice-présidente de la CPME nationale Catherine Guerniou, le montrent bien. Réalisée en septembre – avant la démission du premier ministre Sébastien Lecornu — auprès d’un panel d’une centaine d’entreprises adhérentes, elle constate que "l’incertitude freine l’élan entrepreneurial".
Des crises politiques aggravant la crise économique
26 % des chefs d’entreprise interrogés qualifient leur situation de "critique" et près de 70 % signalant une trésorerie dégradée ou en stagnation. En conséquence, 42 % déclarent avoir déjà réduit leurs investissements, quand 40 % attendent plus de stabilité avant de décider d’en faire de même ou pas.
"On a l’habitude de dire que la crise économique amène la crise politique, mais actuellement c’est la succession de crises politiques qui a un effet aggravant sur la crise économique", analyse Corinne Innesti, présidente de la CPME13, insistant sur la "défiance" des dirigeants. "Une entreprise ça ose, mais dans un cadre, poursuit-elle. Aujourd’hui le cadre n’existe pas." Et de conclure : "On est épuisés mais on s’adapte, on n’a pas le choix. Et on essaie de trouver des solutions."
Des procédures méconnues de prévention
Au-delà de la présentation des chiffres, la CPME13 a donc mis l’accent sur la prévention concrète des difficultés financières. En annonçant son intention de renforcer la ligne téléphonique "Allo CPME13". Et en s’appuyant sur la juge au tribunal de commerce d’Aix-en-Provence Nicole Parenti ainsi que sur le directeur du développement de Banque Populaire Méditerranée Nicolas Chevillard.
Nicole Parenti a rappelé l’existence de "deux procédures méconnues et peu utilisées, qui pourtant marchent". "Le mandat ad hoc et la conciliation. Quand un marché est retardé ou perdu, quand on doit faire face à l’impayé d’un client ou à des difficultés avec un partenaire bancaire, le chef d’entreprise peut demander de l’aide au tribunal de commerce. Il nomme alors un mandataire ou un conciliateur qui va notamment accompagner le chef d’entreprise pour négocier avec ses créanciers, suspendre des échéances de prêt, des loyers… Ce qui donne une respiration, rappelle la juge du tribunal de commerce. Ce sont des procédures simples, amiables, confidentielles et peu coûteuses. Et très souvent, on arrive ainsi à pérenniser les entreprises."
Une agence bancaire spécialisée dans les entreprises en difficulté
L’appui peut aussi venir de la banque. "Le banquier est avec l’entrepreneur, a de son côté insisté Nicolas Chevillard. Aux premiers signaux faibles, il faut le prévenir. Car en anticipant, il y a des solutions à proposer pour redresser rapidement les situations." Banque Populaire Méditerranée a notamment créé il y a un peu moins de trois ans une agence spécialisée dans l’accompagnement des entreprises en difficulté. Trois experts ont déjà accompagné 300 procédures de sauvegarde, "et 80 % des entreprises ont poursuivi leur activité".
Ne rien lâcher
C’est le cas de Pascale Clergue, dont l’entreprise de BTP Artec 64 s’est retrouvée en cessation de paiements en 2023, après 25 ans d’existence. "L’accompagnement a été exemplaire", a-t-elle témoigné. Racontant avoir aussi sollicité l’Apesa (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aiguë). "Parce que c’est très très dur. Et si on veut sauver son entreprise, il faut se soigner", ajoute-t-elle. Des propos qui font écho aux mots de Catherine Guerniou, repris par Corinne Innesti : "On ne lâche rien."