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F2J Reman veut saisir les opportunités liées à la fin du diesel pour les véhicules lourds
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F2J Reman veut saisir les opportunités liées à la fin du diesel pour les véhicules lourds

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Opérant dans la remise à neuf des moteurs de véhicules lourds, F2J Reman anticipe l’évolution du marché vers l’hydrogène, l’électricité et le gaz. La PME basée à Chaumont, en Haute-Marne, a ainsi investi plus de 700 000 euros pour cela.

Romain Goulier, le directeur de site chez F2J Reman — Photo : Julia Guinamard

Pour Romain Goulier, le directeur de site chez F2J Reman, "l’émergence de marchés liés au développement des véhicules au gaz et à l’hydrogène est un sujet depuis au moins trois ans". Basée à Chaumont, en Haute-Marne, la PME rénove depuis plus de 50 ans des moteurs de camions et d’engins de travaux publics, principalement des marques Scania et Caterpillar, pour un chiffre d’affaires annuel de 14,7 millions d’euros. Elle projette d’investir un peu plus de 700 000 € à travers deux projets pour se mettre à la page des énergies vertes.

Une réglementation européenne sur les rejets des véhicules lourds

"Les réglementations et initiatives politiques amènent à une sortie prochaine des véhicules à moteur essence et diesel. Nous devons nous adapter", appuie Romain Goulier. Plusieurs villes ont déjà mis en place des zones à faible émission, mais c’est surtout l’adoption en janvier dernier de la réglementation européenne sur les rejets de carbone des véhicules lourds qui fait un pas de géant vers cette transition.

À partir de 2030, les émissions de CO2 des camions et bus devront être réduites d’au moins 45 % par rapport à 2019. Dès 2035, tous les bus urbains en circulation ne devront émettre aucune émission de CO2. Une baisse de 90 % est à atteindre d’ici 2030. F2J Reman va donc devoir être en mesure de rénover ces types de moteurs. Mais ce n’est pas la seule opportunité liée à la transition énergétique qui s’offre à l’entreprise.

Un prototype d’autobus converti du diesel à l’hydrogène

"Les sociétés de transport ne vont pas avoir les moyens économiques pour changer en quelques années l’intégralité de leur flotte d’autobus. Nous pensons, et nous ne sommes pas les seuls, qu’il va y avoir une demande pour convertir au gaz, à l’hydraulique ou à l’électrique les véhicules diesel", estime le directeur. Qui souligne : "Nous ne savons pas quand cela va commencer, ni pendant combien de temps cela va durer, mais nous sommes sûrs qu’une transition se prépare".

F2J Reman diversifie ainsi ses activités, ajoutant à son offre de rénovation de moteurs une branche de conversion de moteurs. L’entreprise travaille avec un motoriste pour proposer aux sociétés de transports une offre de conversion de véhicules lourds diesel. L’entreprise développe actuellement un prototype de moteur converti à l’hydrogène.

Après le diesel, F2J Reman, devra être en capacité de tester des moteurs électriques, au gaz et à l’hydrogène — Photo : Julia Guinamard

Même principe, d’autres enjeux techniques

Les composants utilisés par F2J Reman pour convertir les moteurs sont développés par le motoriste partenaire. La société chaumontaise les insère lors de la remise à neuf. "Peu importe son alimentation, un moteur garde le même fonctionnement. Il y a juste certaines pièces à changer pour l’adapter à l’énergie choisie", précise Romain Goulier. Les principaux enjeux techniques portent sur l’injection et les culasses des moteurs à hydrogène.

Le prototype de moteur converti développé par F2J Reman doit être rendu à la fin de l’année. Ensuite, le motoriste partenaire se chargera de tester le moteur, puis l’intégrera au prototype du véhicule converti qui sera in fine présenté à la société de transport. Pour ce premier projet, F2J Reman a déboursé quelques dizaines de milliers d’euros.

Un banc d’essai pour l’hydrogène

Le deuxième projet de F2J Reman concerne les tests de mise en service des moteurs. Lorsque les moteurs de véhicules électriques, au gaz et à l’hydrogène finiront par avoir besoin d’une nouvelle jeunesse, l’entreprise devra être en capacité de les tester. C’est obligatoire pour les remettre en circulation. "Nous devons faire tourner le moteur une trentaine de minutes pour nous assurer que tout fonctionne correctement", précise Romain Goulier.

Toutefois, les bancs d’essais servant aux tests de mise en service incarnent un point particulièrement épineux. Les éventuels dysfonctionnements doivent être prévenus et contenus. L’hydrogène étant hautement inflammable et asphyxiant, tout en étant indolore et incolore, de nombreux enjeux techniques sont posés à F2J Reman.

Depuis trois ans, l’entreprise a donc lancé un projet à près de 700 000 €, soutenu par France Relance, pour développer un banc d’essai aux normes de sécurité de l’hydrogène. "Nous devons prévenir tous risques de fuite lors des phases de test", résume le directeur du site.

Un banc d’essai au double potentiel

Lorsque le banc d’essai sera en service, l’entreprise pourra à la fois rénover les moteurs alimentés par des nouvelles énergies, mais aussi fournir au motoriste des moteurs convertis prêts à être intégrés. Romain Goulier indique ne pouvoir avancer aucun chiffre d’affaires prévisionnel sur ces deux projets. Du côté de la conversion des moteurs, il pointe qu’étant encore au stade des prototypes, "il y a encore trop peu de certitudes sur le potentiel du besoin et sa durée".

Quant à la rénovation de moteurs, ce champ incarne davantage une mutation du marché que de nouvelles perspectives d’affaires. F2J Reman s’attend à ce que la hausse de la demande en réparation de moteurs électriques, au gaz et à l’hydrogène s’accompagne d’une baisse de celle des moteurs diesel.

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