Quelle était la vocation première d’Euroméditerranée lors de sa création en 1995 ?
L’établissement public d’aménagement Euroméditerranée a été créé à la suite d’un constat : en 1995, la ville de Marseille avait perdu près de 50 000 emplois en 20 ans, avec un taux de chômage à 22 % et perdait des habitants. Cet établissement est donc né de la volonté d’insuffler une dynamique économique via une opération d’intérêt nationale en utilisant des friches et terrains pollués, en front de mer, entre le Vieux-Port et le port commercial. Il s’agissait de monter une vaste opération, qui allait entraîner la création d’entreprises et d’emplois, qui allait créer un vrai morceau de ville dans toutes ses composantes.
Cette opération s’est faite en plusieurs étapes, en commençant par la réhabilitation des docks, puis la création du Mucem et la réhabilitation de la Rue de la République et enfin l’émergence d’un quartier d’affaires avec des tours, qui sont les marqueurs du développement économique. La démarche a été labellisée EcoCité en 2009, confirmant l’ambition de bâtir un modèle urbain raisonné et exemplaire.
Cette ambition a été renouvelée avec Euroméditerranée 2 pour poursuivre la dynamique économique, la dynamique de l’emploi, avec une politique d’insertion encore plus affinée. Aujourd’hui, Euroméditerranée connaît un taux d’occupation des bureaux de 97,4 % (chiffres de 2022, NDLR), là où la vacance atteint 10 % dans le quartier de la Défense à Paris. Il faut donc poursuivre la production de bureaux tout en proposant une mixité fonctionnelle.
Près de trente ans plus tard, peut-on dire que le contrat est rempli ?
Les objectifs fixés à l’origine ont été atteints. Avec Euroméditerranée 1, nous avons produit 756 000 m² de bureaux et favorisé la création de plus de 56 000 emplois, faisant chuter le taux de chômage à 9,3 %. Nous avons attiré 6 109 établissements et abritons le siège social du géant CMA CGM, qui attire des entreprises, comme l’indien Ceva (100 collaborateurs), qui ne seraient pas venues à Marseille.
Le quartier Euroméditerranée s’est imposé comme le premier pôle tertiaire métropolitain et le 3e quartier d’affaires de France, après Paris La Défense et Lyon Part Dieu.
Il accueille aujourd’hui 25 % du parc de bureaux de Marseille. Il a favorisé le regroupement des filières stratégiques et d’activités en lien avec les avantages comparatifs du territoire, comme la présence du port et l’ouverture sur la Méditerranée : commerce international et logistique, immobilier et BTP, aéronautique, tourisme, industrie numérique, énergie et environnement, banques et assurances, santé.
Quels sont les principaux chiffres à retenir de cette opération ?
Outre ceux cités plus hauts, il est important de souligner les investissements réalisés en matière de formation, que ce soit pour accueillir des formations à destination de jeunes en échec scolaire jusqu’à des formations de très haut niveau. Ainsi, le futur campus Omnes accueillera une école d’ingénieurs. Nous avons inauguré il y a quelques jours la cité scolaire internationale Jacques-Chirac (2 500 élèves), qui permettra d’attirer des talents et leur famille du monde entier. Avec Euroméditerranée, nous favorisons l’implantation d’organismes de formation, balayant un spectre large, en adéquation avec les attentes de l’économie locale. Cette adéquation est primordiale parce que l’un de nos objectifs est de pouvoir fixer les talents sur le territoire et de donner un accès à la formation, puis à l’emploi aux jeunes marseillais.
Et demain, quelle est la suite ?
Récemment, le quartier a vu s’implanter RTE et ses 570 salariés, le campus du numérique La Plateforme (3 000 étudiants), Free Pro, siège social Iliad France Europe (700 collaborateurs). Le dynamisme économique et l’attractivité d’Euroméditerranée se confirment.
Demain, nous voulons rester attentifs à un triptyque : développement économique, emploi et insertion professionnelle. À cela s’ajoutent aussi des logements et des équipements publics.
Les années à venir verront se poursuivre Euroméditerranée 2 avec notamment la réalisation du Parc des Aygalades pour offrir une qualité de vie à ces quartiers en émergence, aux salariés, comme aux habitants. Nous voulons poursuivre le raccord entre les quartiers nord et le centre-ville. Nous avons le métro et demain nous aurons le tramway. C’est un tout qui fait que l’on crée une envie, une appétence et un succès.
Quelles sont les recettes du succès de cette opération ?
Le succès d’Euroméditerranée tient à sa gouvernance, qui repose sur l’union de l’État et des collectivités (Région, département, métropole et ville de Marseille), de leurs forces, de leurs compétences et moyens financiers. Tous participent au conseil d’administration, tous financent l’opération. Cette gouvernance est restée stable au fil des années, elle n’a jamais été remise en cause quelle que soit la couleur politique des collectivités.
Pour son extension, l’établissement prévoit environ 7 milliards d’euros d’investissements publics et privés supplémentaires portant donc à près de 14 milliards d’euros les investissements.
Le succès repose aussi sur les liens tissés avec les acteurs économiques de la ville. En trente ans, nous nous sommes sans arrêt réinterrogés pour être en adéquation avec les attentes des entreprises, avec les filières émergentes comme le numérique, la logistique, qui a toujours été présente, comme l’aéronautique autour de Marignane.