Euro 2016 : « C’est un doux mythe que de croire à un surplus économique »

Euro 2016 : « C’est un doux mythe que de croire à un surplus économique »

Pour Pierre Rondeau, économiste du sport et professeur d'économie à Paris I, si l'Euro 2016 va bien générer de l'argent, la compétition ne devrait toutefois pas rapporter un surplus économique à la France. Du moins à court terme. Explications.

Dans une étude d’impact, le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) estime à 2,8 milliards d’euros le volume d’affaires que devrait générer l’Euro 2016. Rien qu’à Marseille, ville hôte de six matches, les retombées économiques se chiffreraient à 181 M€. La Cité Phocéenne tablant sur 360.000 visiteurs qui dépenseraient en moyenne chacun 350€ en hébergement, restauration, transport... A Nice, qui reçoit quatre matches, l’impact économique territorial est évalué à 81 M€ avec près de 300.000 spectateurs et une dépense estimée à 53 M€. L’emploi s’en trouve logiquement boosté puisque 94.000 personnes, au national, sont directement ou indirectement employées dans le cadre de l’organisation de la compétition. Enfin, 180 M€ de recettes fiscales supplémentaires liées aux dépenses des 1,5 millions de visiteurs étrangers sont attendues. Voilà pour les chiffres, qui laissent à penser que l’Euro constitue une vraie chance pour l’économie française à court terme.

Effet de substitution
Constat que nuance Pierre Rondeau, économiste du sport et professeur d’économie à Paris I. « Si l’on prend toutes les grandes compétitions sportives depuis 40 ans, hors JO, aucune n’a rapporté un surplus économique. L’Euro 2016 va certes générer de l’argent, mais il est probable que l’on assiste à ce qu’on appelle en économie un effet de substitution, c’est-à-dire que si l’événement fait venir des touristes, il en fait fuir d’autres. De même, ces touristes iront dans les stades, fan-zones et bars consommer du spectacle sportif, mais pas ou peu dans les musées, expos ou ailleurs consommer du spectacle touristique ». Alors, quid du 0,1 point de croissance lié à l’organisation de l’Euro évoqué par certains ? « A court terme, c’est un doux mythe. France 98 n’a pas rapporté autant d’argent. On était sur une dynamique de croissance positive qui datait de 1997. On n’a fait que suivre le mouvement conjoncturel ».

Les bénéfices se mesurent sur le long terme
Toutefois, pour l’économiste, les bénéfiques observables de l’Euro existent, mais se mesurent à long terme, et sur le plan des infrastructures. « Mettre en avant la création d’emplois pendant la période de la compétition ou celle de la construction des stades n’a pas véritablement de sens. Il s’agit plutôt de se focaliser sur l’amélioration structurelle du parc sportif français qui, lui, va générer des retombées économiques et sportives pendant 10, 20, 30, 40 ans ». Enfin, l’image et l’attractivité du pays et des villes hôtes devraient elles aussi sortir gagnantes de la compétition, chaque match étant suivi, selon le CDES, par 150 millions de téléspectateurs. A condition que la situation sociale se débloque, mais ça, c’est une autre histoire.