De mi-mai à mi-novembre, c’est la saison de la sardine, de mi-janvier à mi-mars celle du maquereau, et pour la belle-iloise, conserverie haut de gamme ancrée depuis près d’un siècle à Quiberon, c’est à chaque fois la saison des casse-tête : comment attirer, recruter, fidéliser les 250 à 300 travailleurs saisonniers nécessaires pour découper, préparer, conditionner chaque année 1 800 tonnes de poisson frais, incorporées dans les recettes originales et les boîtes au design coloré qui font la réputation de la marque ? La stratégie mise en place par l'entreprise bretonne vient d'être récompensée par un trophée 2025 de la Cérémonie Entreprise du Futur, un événement organisé en partenariat avec Le Journal des Entreprises.
"Depuis deux ans, nous n'éprouvons plus de difficultés à recruter"
"Après le Covid-19 et les confinements, la pénurie de main-d’œuvre saisonnière s’est aggravée. Nous avons alors décidé de changer la donne et de prendre des initiatives assez radicales. Depuis deux ans, nous n’éprouvons plus de difficultés à recruter", explique Caroline Hilliet Le Branchu, présidente de l’entreprise bretonne fondée en 1932 par son grand-père, Georges Hilliet. Elle réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de 65 millions d’euros, dont 95 % en direct, à travers sa centaine de boutiques en France et son site de vente en ligne.
Semaine de 4 jours
Dans un univers saisonnier habitué aux horaires élastiques, au travail de nuit et aux week-ends ouvrés, la belle-iloise adopte une première mesure iconoclaste : elle instaure la semaine de 4 jours, ou plus exactement une alternance de deux semaines de 4 jours avec une normale de 5 jours. La conserverie maintient quant à elle la même amplitude horaire, 5 jours sur 7, en jouant sur la rotation des équipes. "Les saisonniers bénéficient ainsi, deux semaines sur trois, d’un week-end de 3 jours, qui s’est avéré très attractif en offrant une vraie coupure", souligne Caroline Hilliet Le Branchu.
La belle-iloise a brisé un autre tabou du métier : elle offre, aux saisonniers comme aux permanents, une semaine de congés payés, au milieu du mois d’août et en pleine saison des sardines. Ici encore, la mesure porte et fait affluer les CV. "Nous avons par ailleurs regardé tout ce qui pouvait faciliter le quotidien des saisonniers à la conserverie. Certains, par exemple, avaient un problème de transport, que nous avons résolu en organisant une navette quotidienne par bus, et du covoiturage, desservant les principaux lieux d’habitation", précise la présidente.
Feuille de route RSE
En parallèle, l’entreprise poursuit une politique de fond sur la qualité de vie au travail, dans le cadre d’une feuille de route RSE, lancée en 2021, qui lui a d’ores et déjà valu le label Enseigne Responsable, en 2022, et en 2023 sa transformation en société à mission. "Dans cette dynamique, nous avons mis en œuvre des ateliers d’analyse et de résolution de problèmes, impliquant tous les collaborateurs de production, permanents comme saisonniers, qui ont élaboré ensemble 60 actions d’amélioration, au plus près de leur travail. Par exemple, nous avons réduit l’incertitude quotidienne, inhérente à l’arrivage des poissons, en communiquant à midi l’heure probable de fin des opérations", détaille Caroline Hilliet Le Branchu. En rayon comme en RH, la belle-iloise s’affirme en boîte qui fait envie.