Entre Sanofi, CD & R et Bpifrance, la vente du Doliprane fait ménage à trois
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Entre Sanofi, CD & R et Bpifrance, la vente du Doliprane fait ménage à trois

La cession à un fonds d'investissement américain fait polémique depuis plusieurs semaines. Ce lundi, Sanofi a confirmé les négociations exclusives avec CD & R. Les ministres de l’Économie et de l’Industrie ont annoncé un accord tripartite et l’entrée au capital de Bpifrance. Cet accord concerne les usines d’Opella de Lisieux (Calvados) et de Compiègne (Oise) ainsi que des sous-traitants basés à Toulouse et en Isère.

Le Doliprane, sur fond de souveraineté nationale en matière de médicaments, est devenu un enjeu politique — Photo : Isabelle Evrard

Alors que la polémique fait rage au niveau politique sur la vente de la filiale Opella qui produit notamment le Doliprane, Sanofi annonce, ce lundi 21 octobre dans un communiqué, être entré en négociation exclusive avec le fonds nord-américain CD & R en vue de céder 50 % des parts.

Ayant son siège à Neuilly-sur-Seine, l’entreprise est à la tête de deux sites de production à Lisieux (Calvados) et Compiègne (Oise) employant respectivement 250 et 480 salariés. Présent dans une centaine de pays, Opella compte 11 000 salariés dans le monde, au sein de 13 sites de production et de 4 centres de R & D. L’accord entre Sanofi et CD & R se base sur une valorisation de l’entreprise à 16 milliards d’euros, soit 14 fois son Ebitda estimé en 2024.

1 à 2 % d’actions pour Bpifrance

"Cette nouvelle étape […] ouvre la voie à la création d’un nouveau leader indépendant dans le domaine de la santé grand public, et s’inscrit dans la stratégie de se concentrer sur les médicaments et les vaccins innovants", indique la société française. Elle envisage cependant de rester un actionnaire significatif d’Opella, précise-t-elle tandis que l’acteur public Bpifrance "devrait participer en tant qu’actionnaire minoritaire". Une entrée au capital à hauteur de 2 % dit Sanofi. Ce sera plutôt 1 à 2 % calcule de son côté Bpifrance, habitué à s’impliquer dans des actifs stratégiques pour le pays.

Souveraineté nationale en péril ?

De quoi rassurer ceux qui s’inquiètent de voir cette entreprise pharmaceutique vendre la fabrication d’un médicament presque élevé au rang de patrimoine national ? Pas au niveau politique. Dimanche soir, le parti La France Insoumise a par exemple réclamé le blocage de cette vente par la voix du député Manuel Bompard sur TF1. De nombreuses personnalités montent au créneau depuis plusieurs semaines pour dénoncer, affirment-elles en substance, une entorse à la volonté d’assurer la souveraineté nationale en matière de médicaments… et d’industrie.

La pression est telle que ce lundi matin, les ministres de l’Économie et de l’Industrie, Antoine Armand et Marc Ferracci ont organisé une conférence presse. Après s'être rendu il y a quelques jours dans l'usine de Lisieux, le duo a cette fois donné plus de précisions sur cette session pour le moins sensible. Ils ont en particulier indiqué qu’un "accord tripartite" avec Sanofi et CD & R offrait toutes les garanties nécessaires "sur le maintien de la production du Doliprane, de l’emploi et du siège social en France".

Posologie de sanctions

Sur le papier, l’ordonnance du gouvernement est salée : jusqu’à 40 millions d’euros en cas d’arrêt des lignes de production ainsi que des pénalités de 100 000 euros sur chaque licenciement économique éventuel. 250 millions de boîtes de paracétamol devront être produites sur le territoire français, faute de quoi l’État pourrait réclamer 100 millions d’euros en cas de non-respect de cet engagement. Cela suppose "le maintien de l’approvisionnement d’Opella auprès de fournisseurs et sous-traitants français, ainsi que le soutien à la relocalisation du principe actif du paracétamol par Seqens par un contrat de fourniture à long terme", indique un communiqué du gouvernement. La production du principe actif du Doliprane, le paracétamol, sera réalisée sur les sites d’Ipsophène de Toulouse (Haute-Garonne) et de Seqens à Roussillon (Isère).

Un investissement de 70 millions d’euros en France

Le gouvernement, qui a diligenté une mission de l’Inspection générale des finances pour vérifier les aides publiques reçues par Sanofi ces dernières années, exige également un investissement de 70 millions d’euros sur 5 ans. L’entrée au capital de Bpifrance, pour un montant de 100 à 150 millions d’euros, est une sécurité supplémentaire estime-t-il. Cette participation minoritaire permettra, entre autres, d’être "associé aux futures décisions de l’entreprise". La totalité de la transaction avec CD & R ne sera pas finalisée avant le deuxième trimestre 2025.

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