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Entre "prudence et attentisme", les dirigeants d’entreprise du Grand Est anticipent une année compliquée
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Entre "prudence et attentisme", les dirigeants d’entreprise du Grand Est anticipent une année compliquée

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Dans le cadre de son enquête annuelle auprès des dirigeants du Grand Est, la Banque de France a interrogé près de 1 700 acteurs économiques des différents secteurs d’activité sur leurs perspectives pour 2025. Après une année 2024 difficile, l’année 2025 ne devrait pas être celle du nouveau souffle.

L’adjointe au directeur régional de la Banque de France, Valérie Bour, constate que l’investissement dans l’industrie est en recul de 12 % sur 2024 — Photo : Dorian Mao

Face à une assemblée attentive et crispée, le vice-président délégué de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Alsace Eurométropole, Vincent Triponel, donne le ton : "Le moral des chefs d’entreprises est en berne : ils sont très inquiets pour l’avenir". Difficile de lui donner tort quand on observe les résultats de l’enquête annuelle de la Banque de France sur le bilan de l’année 2024 et les perspectives pour l’année 2025 dans le Grand Est. "Prudence et attentisme sont les mots d’ordre pour cette année", synthétise Valérie Bour, adjointe au directeur régional de la Banque de France. Selon l’enquête, environ un chef d’entreprises sur deux anticipe une stabilisation de son chiffre d’affaires pour l’année 2025 et moins d’un quart envisage une croissance.

Vers un rebond de l’investissement industriel ?

Pour réaliser cette enquête, la Banque de France a interrogé près de 1 700 chefs d’entreprise du Grand Est des secteurs de l’industrie, des services marchands et de la construction. Au total, les répondants représentent près de 200 000 salariés et 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulés. "Dans le secteur de l’industrie, l’activité globale a chuté de 5,5 % en 2024 et l’investissement a reculé de 12 %. Pour l’année à venir, les industriels attendent de voir ce qu’il va passer, notamment pour investir. Un rebond est attendu en 2025, notamment grâce à l’export mais cela ne permettra pas de rattraper les pertes de l’année écoulée", affirme Valérie Bour.

Le secteur automobile dans la panade

La construction automobile est le secteur industriel le plus en difficulté. L’activité globale a dégringolé de 13 % dans la région. Cela s’est traduit par une perte de près de 3 milliards d’euros de chiffres d’affaires dans ce secteur et d’une diminution des effectifs de 4,6 %. Pour 2025, les perspectives ne sont pas des plus réjouissantes : "Le secteur attend une réduction des effectifs qui devrait dépasser les 7 % avec la chute de l’intérim mais aussi des suppressions de poste", soutient Valérie Bour.

Dans le secteur de la construction, le gros œuvre a connu une chute d’activité de 5,5 %, un chiffre dans la continuité de 2023. "Le marché est vraiment en berne et on ne voit pas encore la fin du tunnel", affirme Valérie Bour. Le manque de dynamisme du marché de la maison individuelle et de la demande publique est pointé du doigt. Pour 2025, les perspectives des chefs d’entreprise permettent de tabler sur une nouvelle chute de 2,6 % de l’activité dans ce secteur, un ralentissement de la baisse laissant espérer des jours meilleurs en 2026. Pour autant, le secteur de la construction en général est stable grâce au second œuvre (+ 2 % d’activité en 2024). Un chiffre qui devrait légèrement reculer en 2025.

Les services marchands en légère croissance

La seule éclaircie dans cette météo économique vient des services marchands, dont l’activité a connu une croissance de 1,8 % en 2024, porté par les activités spécialisées comme la comptabilité, l’ingénierie et le juridique. Pour 2025, l’information et la communication devraient porter le secteur des services (+ 2,7 % d’activité) grâce à une croissance attendue de l’activité qui dépasse les 9 %. Si les investissements ont reculé de 11 % en 2024, notamment à cause de la priorité donnée à "l’optimisation des équipements existants", analyse la Banque de France, une hausse de 19 % est attendue en 2025 grâce notamment à une augmentation de l’investissement de 52 % dans l’hébergement-restauration.

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