L’association niçoise Entre Head poursuit son essaimage avec une nouvelle antenne à Marseille. La troisième après celles de Toulon en novembre 2024 et Paris en janvier 2025, et pas des moindres au vu de la taille de la ville et de sa situation économique. "Il y avait beaucoup d’attentes d’entrepreneurs qui ont envie d’aider mais qui ont aussi besoin d’être aidés", confirme Laurent Tissinié, président fondateur de cette structure apportant un soutien confidentiel et gratuit aux chefs d’entreprise en difficulté. D’ailleurs, deux mois à peine après sa création en janvier 2026, la toute jeune antenne concentrait cinq des 32 sollicitations reçues par l’association depuis le début de l’année.
Sauver des individus
Des personnes travaillant dans l’artisanat, l’informatique, l’immobilier, la restauration et la formation. Soit des profils aussi variés que ceux accompagnés jusque-là, avec une moyenne d’âge de 48 ans, un équilibre femmes-hommes et des requêtes liées à des problématiques financières autant que psychologiques. "On n’est pas là pour sauver des entreprises mais pour sauver des individus", précise Laurent Tissinié, qui a lui-même été en difficulté en 2014 et a pu mesurer l’impact du soutien apporté par son entourage. D’où la création, en 2020, de cette association. "Pour aider les copains qui sont dans la solitude."
Une "bulle" très structurée
Un schéma qui se répète dans le sens où beaucoup d’aidés deviennent ensuite aidants et accompagnent bénévolement ceux en difficulté selon une méthodologie bien définie : un entretien téléphonique de 30 minutes pour rompre l’isolement puis, si besoin, une séance d’entraide d’1 heures 30 avec 4 bénévoles et un suivi avec un référent pendant un mois et demi. Et, en parallèle, des cafés mensuels dédiés au partage d’expérience. "Nous voulons être une bulle, comme un groupe de parole où on peut se dire les choses sans être jugés, quand on n’ose pas en parler à ses salariés et ses proches pour ne pas les inquiéter", résume le fondateur d’Entre Head, qui confie l’antenne marseillaise à Jean-Luc Lieutaud, dirigeant comme lui dans l’immobilier.
330 dirigeants soutenus
"En tant que chef d’entreprise, c’est intéressant de pouvoir aider les autres, qu’on ait eu des problèmes ou pas, prolonge ce dernier. Chacun peut jouer un rôle : en étant aidant mais aussi en étant sentinelle." C’est-à-dire en faisant connaître l’association, en aiguillant vers elle des aidants potentiels et surtout des personnes qui ont besoin de soutien. Un travail qui commence à peine à Marseille, où quatre aidants sont mobilisés pour l’instant, mais qui a fait ses preuves dans les autres départements couverts. Ces cinq dernières années, Entre Head a suivi 330 dirigeants, en s’appuyant sur les CCI, les unions patronales, la Banque de France ou encore l’Urssaf.
De plus en plus d’appels à l’aide
Mais les appels à l’aide, pourtant difficiles à formuler, augmentent. "En 2020, nous en avions un par mois, en 2025 deux par semaine et aujourd’hui 4 par semaine, illustre Laurent Tissinié. La situation économique est très difficile et le moral de certains dirigeants est parfois extrêmement bas, avec des idées noires."
Emmanuel fait partie de ceux qui ont contacté l’association récemment. Il a déposé le bilan en décembre et est désormais épaulé par Johann Ivars, spécialiste de la cession d’entreprise à La Ciotat et aidant. Quand on lui demande si appeler à l’aide a été difficile, il assure d’abord que non. Puis sa gorge se noue. "Grâce à Entre Head, je suis moins seul, reprend-il. Je suis très content de bénéficier de ce soutien pour mieux rebondir vers une autre activité." À ses côtés, son référent sourit, touché : "Je me nourris des autres. Aider ne fait pas de mal, ça fait même du bien."