Installée en Sarthe, la société Carrosserie Industrielle Toutain est spécialisée dans la transformation de fourgons et camions lourds. Les châssis sont réceptionnés sur le site avant que les équipes n’adaptent des bennes, bâches latérales ou encore cabines rigides en fonction du métier des clients. Créée en 1962 par Alphonse Toutain, dont elle a conservé le nom malgré les changements de dirigeants, l’entreprise a connu une belle renommée. Son activité s’était notamment développée en Île-de-France et auprès des sociétés de déménagement. Le site de La Flèche a compté jusqu’à 120 salariés. "Il y a trois ans, nous étions une quinzaine", relate Hervé Leblay, le directeur technique et associé.
Effectifs en hausse
"Aujourd’hui, nous avons 25 salariés. Nous avons réussi à regagner des contrats", poursuit le dirigeant. "C’est un travail de fond. Nous avons réorganisé nos modes de production et amélioré le service. Et nous avons recruté un commercial pour étendre la zone de prospection."
Retour des contrats constructeur
L’entreprise a notamment retrouvé des contrats en direct avec les constructeurs. Avec Renault Trucks d’abord, puis Mercedes. Le processus de référencement auprès de la marque allemande a nécessité dix-huit mois de travail. "Nous avons réinitié notre certification Iso 9 001 (normes des systèmes de management, NDLR), que l’entreprise avait abandonnée pendant quelques années, et qui est nécessaire pour collaborer avec Mercedes", explique Hervé Leblay.
Ces contrats consistent à transformer des véhicules d’une marque avant même qu’ils ne soient commercialisés. Ce type de véhicules représentent des séries trop petites pour que les grands constructeurs les prennent en charge dans leurs usines. Les fourgons et camions ainsi transformés par Toutain permettent aux concessionnaires d’avoir un parc immédiatement disponible pour les besoins immédiats de clients.
Pour la PME, ce type de contrats "est intéressant car il nous permet de conserver un volume d’activité suffisant pour gérer nos flux à l’avance", précise Hervé Leblay.
Toutain transforme toutes les marques
Une grande partie des véhicules sont commandés en direct par les clients, à l’unité ou pour une flotte. La société sarthoise est homologuée pour transformer les véhicules de toutes marques, françaises ou étrangères. "Nous commençons même à avoir des demandes pour des marques chinoises… moins chères", confie Hervé Leblay.
Une association salvatrice
En 2014, l’entreprise aurait pu être liquidée. Les commandes étaient en chute après le décès du dirigeant. Dans un premier temps, l’activité a été relancée grâce à la reprise par Dominique Michel, père de Teddy, en 2015. Le nouveau patron possédait également les carrosseries Lemasson à Rezé, près de Nantes. Mais nouveau coup dur : Dominique Michel décède en 2019. Puis la période du Covid a enfoncé le clou.
Rochelais d'origine, Hervé Leblay est venu s'associer en juin 2022 à Teddy Michel, qui gère le développement commercial. Ensemble, ils ont sauvé des eaux une société confrontée à des difficultés depuis une décennie.
L’activité ralentie à cause de la conjoncture dans le bâtiment
Depuis, l’entreprise réalise environ 4,6 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une moyenne soumise à des cycles de production inhérents à la taille des contrats remportés et à aux conjonctures. "Il y a dix-huit mois, notre parking était rempli de châssis et de véhicules prêts à être livrés. Nous avions 185 camions sur le site, en projet ou terminés, et devions même en parquer chez des sociétés voisines", raconte le directeur. Actuellement, "comme partout, l’activité est plus calme. On sent un attentisme, de la réserve. Et le contexte dans le secteur du bâtiment n’aide pas" ; beaucoup des véhicules sont transformés pour des artisans.
De nouveaux équipements en 2026
Néanmoins, des travaux sont prévus en 2026. Une partie de l’atelier servant au stockage va être vidée et équipée de ponts roulants afin d’organiser le process en marche avant et ainsi, gagner en efficacité. "Cela va nous permettre d’optimiser la chaîne d’assemblage et surtout de supprimer des temps de manutention internes. Nous aimerions idéalement y lancer la production en septembre", indique Hervé Leblay.
Un métier recentré sur la conception et l’assemblage
Les pièces métalliques ou de bois, pour l’aménagement intérieur des fourgons, sont livrées à la cote dans les ateliers sarthois. "Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre de mettre des salariés à la découpe de matériaux, pour espérer être rentables, explique le directeur technique. Notre bureau d’études envoie les plans des pièces aux fournisseurs. Nous ne faisons plus que de l’assemblage. La conception et l’assemblage sont notre vraie valeur ajoutée."
Cette industrialisation du process avait été engagée par feu Dominique Michel, avant d’être aboutie par les deux associés actuels.