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En Bretagne, 10 % des acteurs de l’aéronautique se trouveraient dans une situation critique 
Bretagne # Aéronautique et spatial # Conjoncture

En Bretagne, 10 % des acteurs de l’aéronautique se trouveraient dans une situation critique 

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La filière aéronautique compte 160 entreprises en Bretagne, qui emploient 12 000 salariés. L’activité a redémarré après la crise sanitaire du Covid et affiche de belles perspectives. Mais la supply chain rencontre toutefois des difficultés pour répondre à la forte reprise de la demande. Notamment pour recruter. 10 % des acteurs seraient en difficulté critique, selon le cluster Bretagne Aerospace.

160 entreprises bretonnes (ici, Novatech Technologies, dans le Finistère), travaillent pour la filière aéronautique, représentant 12 000 salariés dans la région — Photo : Jonathan Konitz

Comment les entreprises bretonnes de la filière aéronautique se portent-elles actuellement ? Comme ailleurs en France, beaucoup surfent aujourd’hui sur le bon carnet de commandes d’Airbus. "Airbus a toujours eu 5 à 6 ans de commandes. Mais aujourd’hui, c’est 10 ans", souligne le président de Bretagne Aerospace, réseau créé en 2020 qui unit la filière régionale et compte une cinquantaine de membres.

Des recrutements compliqués

Mais tout n’est pas simple pour autant. Sans surprise, les entreprises bretonnes subissent les mêmes difficultés que celles relevées au niveau national par le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). "La crise Covid a été terrible partout mais c’est dans l’aéronautique que la chute a été la plus drastique et, surtout, longue. Les effectifs ont dû être adaptés", rappelle Didier Marchandise. De fait, la forte reprise du secteur a donc trouvé des effectifs dégarnis et les recrutements ont été difficiles.

"Ces métiers se trouvaient déjà en tension avant la Covid, note Jocelyne Madec, animatrice du cluster Bretagne Aerospace. Avec ce redémarrage de l’activité, la supply chain souffre." Au total, on estime que le secteur pourrait recruter 25 000 collaborateurs en France en 2024, soit environ 3 000 en Bretagne.

Ajouter à ces problèmes d’effectifs, la moindre expérience des nouveaux salariés (et donc leur moindre productivité) et le remboursement des PGE (Prêts garantis par l’État), et l’on retrouve les PME dans une situation difficile. "Il faut encore ajouter les contraintes économiques fortes : les PME sont invitées à continuer de diminuer leurs prix, qui sont comparés à ceux des producteurs basés dans des pays low-cost, reprend la Costarmoricaine. Et le secteur de l’électronique est le plus chahuté par cette concurrence."

Difficultés à suivre la reprise du marché

Résultat, Didier Marchandise estime que 10 % des entreprises se trouvent en situation critique, en difficulté au point de risquer de se retrouver en procédure collective ou de disparaître. "La supply chain aéronautique a de la difficulté à se remettre et à suivre la reprise forte de l’activité, à des niveaux encore supérieurs à l’avant Covid", analyse-t-il.

Les motifs d’optimisme ne manquent cependant pas. "La filière a su montrer sa résilience", estime le président. Les pépites bretonnes existent, comme la Morbihannaise Sense In ou la Costarmoricaine Novatech Industries, par exemple. Et la Bretagne compte sur la filière drone qu’elle développe notamment à Lannion, et la formation, avec le projet d’aérocampus à Morlaix (Finistère), qui couvrirait une grande partie des métiers de l’aéronautique, pour rebondir. "Nous nous devons d’être optimistes, insiste Didier Marchandise. Car au bout, il y a de grands besoins et du boulot à faire !"

160 entreprises dans la filière en Bretagne

En Bretagne, la filière aéronautique pèse plus lourd qu’il n’y paraît. "Il y a 5 ans, personne n’en parlait, se souvient Didier Marchandise. Le poids de l’aéronautique chez nous est plus important qu’on le pense."

Car c’est bien 160 entreprises (3,6 % du total national) qui composent le paysage de l’aéronautique breton, représentant 12 000 emplois (4,5 % des effectifs français). L’activité la plus représentée est l’électronique embarqué, qui représente 25 % des entreprises mais la moitié des emplois. Ensuite, entre 17 et 20 % des salariés travaillent dans l’usinage, l’emboutissage, la fonderie… Enfin, l’ingénierie et la maintenance figurent également parmi les activités les plus présentes sur le territoire. "Nous fabriquons une grande partie de ce qui permet de faire voler un appareil mais nous n’avons pas d’assemblage sur le territoire. Ça prend moins de place sur nos routes", sourit le dirigeant de Bretagne Aerospace.

Autres données sur le portrait de l’aéronautique en Bretagne, 70 % des acteurs travaillent à la fois pour l’aéronautique militaire et civil. Ils sont 25 % à travailler uniquement pour l’aviation civile et seulement 5 % à être positionnés uniquement sur le militaire. Quant aux grands comptes, on en trouve sur le territoire comme Thalès, Safran Electronics ou Sabena Technics.

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