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En Alsace, Bugatti fait tourner une usine à rêves automobiles
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En Alsace, Bugatti fait tourner une usine à rêves automobiles

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Depuis 1909 et la fondation de la société Bugatti, le constructeur automobile alsacien installé à Molsheim, dans le Bas-Rhin, met sur les routes de luxueuses sportives semblant défier leur époque. Des engins dont les tarifs dépassent le million d’euros et qui sont positionnés sur leur marché comme des produits de luxe.

Les ateliers Bugatti à Molsheim ne ressemblent en rien à une usine automobile : ici sont fabriquées une à deux voitures par semaine — Photo : Bugatti

Le président de Bugatti Automobiles, Christophe Piochon, aime revenir aux préceptes édictés par le fondateur de son groupe, Ettore Bugatti : "Si c’est comparable, ce n’est plus Bugatti". Propriété depuis 2021 du groupe croate Rimac, le constructeur alsacien, installé à Molsheim dans le Bas-Rhin, est une entreprise à part dans le monde de l’automobile. Et ce n’est pas le niveau de l’activité, soit près de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires, ou encore le nombre des employés, soit plus de 300 personnes, qui peuvent témoigner de la place particulière qu’occupe Bugatti.

Une production limitée à 250 exemplaires

Devant la dernière création du groupe, un véhicule à plus de 3,8 millions d’euros, le président de Bugatti Automobiles, soulève le voile : "En observant les créations d’Ettore Bugatti, on se rend compte que chaque composant est une œuvre d’art, et c’est également ce que nous avons voulu faire avec la Tourbillon". Ce nouveau modèle, sorti en 2024, intègre pour la première fois un moteur électrique : une concession aux exigences du législateur européen, qui a voté pour l’arrêt des ventes de véhicules thermiques en 2035 ? Pas vraiment : car en parallèle des 800 chevaux électriques installés dans la Tourbillon, c’est un moteur thermique de 1 000 chevaux qui est chargé d’emmener l’automobile à des vitesses dépassant les 400 km/h. Les ventes de ce modèle ont été limitées volontairement à 250 exemplaires.

Ettore Bugatti au volant de la Type 35, la voiture aux 2 000 victoires — Photo : Bugatti

Créer des véhicules d’exception

Le fondateur de la marque, Ettore Bugatti, né à Milan en 1881, est passionné de mécanique. L’une de ses inventions est repérée par le dirigeant alsacien Eugène De Dietrich. C’est ainsi qu’à seulement 17 ans, le jeune Ettore Bugatti quitte son Italie natale pour le site industriel de De Dietrich à Niederbronn-les-Bains, en Alsace. L’aventure De Dietrich sera pourtant de courte durée, le concepteur italien souhaitant créer des véhicules d’exception. Ettore Bugatti lance alors son entreprise en 1909. Installée à Molsheim, dans une ancienne teinturerie, l’entreprise y développe dès 1910 sa première voiture, la Type 10. Viendront ensuite la "Bébé Peugeot" en 1913 et la "Brescia" en 1914, toutes deux couronnées de succès.

Des bouleversements historiques

La Première Guerre Mondiale vient rebattre les cartes au sein de l’usine Bugatti. Des concepts de moteurs d’avion y sont alors développés, aussi bien pour les Français que pour les Américains. À l’issue de la guerre, les droits de licence résultants de ces concepts de moteurs d’avion permettront à la maison Bugatti de relancer la production de véhicules. Malgré ces circonstances, Ettore Bugatti continue d’innover. Après le succès de la Type 35, il développe une voiture unique, pensée pour les nobles et la royauté. Intérieur Hermès, moteur inspiré de l’aéronautique, puissance de 300 chevaux… La Bugatti Type 41, dite Royale, coûte 10 fois plus que les limousines de l’époque.

Christophe Piochon, président de Bugatti Automobiles — Photo : Bugatti

La crise économique de 1929 vient une nouvelle fois bouleverser le développement de l’entreprise. Pour sa sauvegarde, Ettore Bugatti change de cap et répond à un appel d’offres dans le secteur ferroviaire. C’est ainsi que naît en 1932 l’autorail Bugatti, considéré encore aujourd’hui comme le premier train à grande vitesse.

Forcé de vendre du fait de la guerre, Ettore Bugatti déménage son usine en France libre, près de Bordeaux. Ce dernier avait un concept d’avion qu’il tenait à tout prix à cacher aux nazis. Grâce à ses faits de résistance pendant la guerre, l’italien Ettore Bugatti obtient la nationalité française, ce qui lui permet de reprendre l’usine de Molsheim.

Des rachats successifs

Après la mort d’Ettore Bugatti, en 1947, c’est son fils Roland qui reprend quelques années plus tard le flambeau. Ses nouveaux véhicules au design très américain ne rencontrent pas le succès escompté. L’entreprise est contrainte de stopper en 1956 sa production automobile.

Du fait de son positionnement, la marque Bugatti ne compte que 700 clients à travers le monde — Photo : Bugatti

Les années 80 et 90 sont marquées par plusieurs rachats successifs de la marque, sans pour autant parvenir à la faire renaître de ses cendres. En 1994, l’entreprise subit de plein fouet la crise économique et arrête sa production.

En 1998, Bugatti reprend vie grâce au groupe allemand Volkswagen et l’envie de son président de l’époque, Ferdinand Piëch, de se lancer dans un défi consistant à créer un véhicule capable de dépasser les 400 km/h. C’est la naissance du modèle Veyron. Pour accompagner la production de cette hypersportive de luxe, un nouvel atelier flambant neuf sort de terre à Molsheim. Entre 2006 et 2016, 450 exemplaires de ce modèle y seront fabriqués.

Des clients dans le monde entier

Tournée vers l’international, Bugatti est aujourd’hui présente aux États-Unis, un marché qui représente la moitié de ses ventes. Mais l’entreprise compte également un nombre important de clients en Angleterre, en Suisse, en Allemagne et au Proche et Moyen-Orient. Du fait de son positionnement, la maison Bugatti ne compte à travers le monde que 700 clients. "Nous restons fidèles à la vision de notre fondateur Ettore qui disait que rien n’est très beau, rien n’est trop cher", annonce Christophe Piochon.

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