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Bugatti monte en régime dans son fief alsacien
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Bugatti monte en régime dans son fief alsacien

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Le constructeur automobile bâtit un nouvel atelier sur son site historique de Molsheim (Bas-Rhin). Il permettra l’assemblage de la Bugatti Tourbillon, son premier véhicule hybride d’une puissance cumulée de 1 800 HP. D’un montant d’une dizaine de millions d’euros, cet investissement vise également à renforcer l’expérience client et à favoriser l’individualisation des bolides de la marque en proie à une demande de plus en plus croissante.

La Bugatti Tourbillon, premier véhicule hybride de la marque, a généré l'investissement d'une dizaine de millions d'euros sur son site historique de Molsheim — Photo : DR

Bugatti s'agrandit dans son fief historique de Molsheim. Dans le Bas-Rhin, le constructeur automobile consacre une dizaine de millions d'euros à la construction et à l'équipement d'un second atelier d'assemblage de ses hypersportives de grand luxe. Si la nouvelle infrastructure, appelée à être opérationnelle à la fin du premier trimestre 2026, permet à la marque d'augmenter ses capacités de production, elle s'avérait surtout nécessaire pour la conception de la Bugatti Tourbillon, son premier véhicule hybride équipé d'un nouveau moteur thermique V16 8.3 litres atmosphérique, développé par le Britannique Cosworth, couplé à trois moteurs électriques (l'un entre les roues arrière, les deux autres sur l'essieu avant), alimentés par une batterie de 25 kWh pour une puissance cumulée de 1 800 chevaux.

"Notre carnet de commandes est rempli jusqu'en 2029"

"Nous avons profité de cette évolution technologique pour renforcer nos capacités de production, afin de répondre plus rapidement aux commandes de nos clients. Notre carnet de commandes est rempli jusqu’en 2029, grâce aux derniers contrats signés cette année", révèle Christophe Piochon, président de Bugatti Automobiles.

Situé sur le ban de la commune voisine de Dorlisheim, le futur atelier, d’une superficie de 2 700 m2, permettra ainsi d’assembler ce véhicule conçu dans le cadre de la joint-venture fondée en 2021, entre Porsche (45%) et Rimac, fabricant croate de véhicules électriques en charge de la R&D de la Tourbillon qui détient 55% du capital, depuis l’émancipation de Bugatti du groupe Volkswagen. "Avec l’hybridation, nous avons des contraintes de sécurité et de mise en sécurité de certains composants dans nos process de montage", explique Frédéric Daul, directeur des opérations chez Bugatti Automobiles, à l'aube de cette nouvelle ère.

Bugatti emploie 184 personnes en Alsace

De même que l’actuel atelier, créé il y a plus de vingt ans et d’une surface de 2 200 m2, ne permettait pas de monter en cadence même s’il a considérablement contribué à la hausse de l’activité dans la sous-préfecture bas-rhinoise. "Lorsque je suis arrivé pour la première fois en 2003, il y a 23 ans, l’atelier était encore en cours de finition, se remémore Christophe Piochon. À l’époque, seule une vingtaine d’employés locaux travaillaient sur place, soutenus par une équipe expatriée du groupe Volkswagen. Le changement d’actionnaires en 2021, ma nomination en tant que président, la planification stratégique de la coentreprise et la réorganisation des tâches ont permis une évolution significative du nombre d’employés ainsi que des infrastructures". Aujourd'hui Bugatti emploie 184 personnes en Alsace, pour un chiffre d'affaires de 314 millions d'euros en 2023.

Une future capacité de production à 200 véhicules par an

Christophe Piochon et Frédéric Daul, respectivement président et directeur des opérations chez Bugatti Automobiles, dans l’atelier d’assemblage à Molsheim — Photo : DR

Si, à ce jour, la marque a livré plus d’un millier de Bugatti à travers le monde, le nouvel atelier conjugué à l’ancien seront en mesure de produire 200 véhicules par an, soit le nombre de Tourbillon prévues et déjà vendues, contre une centaine d’hyper-sportives actuellement. Mais le futur outil ne révolutionnera pas la philosophie, somme toute artisanale, du constructeur automobile. Philosophie que Christophe Piochon résume ainsi : "Produire l’exceptionnel, avec rigueur et passion, au cœur de notre site historique, celui où Ettore Bugatti a choisi d'installer la marque en 1909".

"On peut effectivement parler d’industrialisation lorsqu’on décide de produire un nouveau modèle en série, mais cela reste avant tout un travail manuel avec un haut niveau de technicité pour les personnes qui montent le véhicule", indique Frédéric Daul.

"Toutes les Bugatti modernes continueront d'être assemblées à Molsheim"

Chez Bugatti, un véhicule "standard" nécessite huit à dix semaines avant d’être assemblé puis testé en atelier, mais aussi en extérieur sur différents revêtements, allant des pavés du centre-ville d'Obernai, aux cols vosgiens jusqu’à la piste de l’aérodrome de Colmar-Houssen pour les essais concernant le launch control et le freinage de chaque véhicule.

"Toutes les Bugatti modernes continueront d’être assemblées à Molsheim. Nous avons fait le choix de rester sur des modèles dont le volume de production total est comparable, voire inférieur, à celui des Veyron ou Chiron (450 et 500 exemplaires). Cette stratégie vise à répondre plus rapidement aux commandes de nos clients tout en raccourcissant les cycles de production de nos différents modèles", indique Christophe Piochon.

Une usine sans ligne de production

Ainsi, l’investissement réalisé par Bugatti offrira davantage de flexibilité à la marque qui s’apprête à revoir ses flux de production. En Alsace, point de ligne de production, au sens de celles qui "carburent" dans les usines des constructeurs classiques, mais des stations et des box où différents corps de métiers assemblent soigneusement le véhicule au cours de plusieurs étapes à partir de pièces qui lui sont livrées.

Outre des zones protégées par rapport à l’usage de batteries haute tension, le nouvel atelier comportera une zone logistique intermédiaire permettant d’alimenter le pré-assemblage des différents moteurs de la Tourbillon, son châssis roulant et son remplissage. Il disposera également d’un second tunnel de lumière afin de valider la conformité du véhicule et de réaliser un check-up qualité complet.

Des effectifs appelés à s'étoffer d'ici 2030

Six monteurs supplémentaires ont déjà été recrutés en vue de sa prochaine mise en service. D’ici 2030, les effectifs de Bugatti Automobiles devraient continuer à grimper, renforçant la présence de la marque dans son fief alsacien après avoir récemment rapatrié ses services supports dans un bâtiment administratif neuf, inauguré l’an dernier. "L’augmentation de la capacité sur le site de Molsheim nécessitera d’embaucher des collaborateurs supplémentaires sur un horizon de 3 à 5 ans. Cela n'est pas uniquement dû à l’impact du nouvel atelier, mais aussi à l’évolution globale du site (ventes, après-ventes, fonctions supports)", confirme Florent Ligi, directeur des ressources humaines de Bugatti Automobiles.

Un atelier au design adapté à son environnement de verdure

Le nouvel atelier de Bugatti sera opérationnel à la fin du premier trimestre 2026 — Photo : DR

Le nouvel atelier, lui, se démarquera également par son architecture et sa toiture en pente, largement végétalisée, afin qu’il tempère l’intérieur et s’inscrive au mieux dans l’écrin de verdure cernant le Château Saint-Jean, érigé en 1857, et la Remise Sud où Bugatti accueille ses clients.

Conçue par le cabinet d’architecture Arco, basé à Schiltigheim (Bas-Rhin), l’infrastructure possédera une face opaque donnant sur la route adjacente, rendez-vous prisé de "carspotters" qui photographient quotidiennement les hypersportives à leur sortie d’usine. À l’inverse, l’autre face donnant sur l’intérieur du site sera lumineuse et entièrement vitrée. "On a la chance de fabriquer des voitures qui sont belles à voir, donc on en profite", mentionne Frédéric Daul.

Une place privilégiée pour la "grande famille" Bugatti au cœur de cet agrandissement

Cette "transparence" profitera donc aux clients de la marque — "assimilés à la grande famille Bugatti" pour Frédéric Daul — qui se retrouvent également au cœur du développement de l'entreprise. Surtout en matière d’individualisation des véhicules dont le constructeur fait face à une forte demande. "Nos clients sont prêts à mettre le prix à partir du moment où ils ont quelque chose d’exceptionnel et d’unique entre les mains", confirme la marque.

C’est dans ce cadre que Bugatti a lancé, cet été, la Boruillard, issue du "Programme Solitaire" de voitures hautement personnalisables limitées à deux exemplaires uniques par an, et qui nécessite un investissement en termes de développement, de personnel et de temps bien plus conséquents que pour un véhicule dit "standard". D’autant que le client est directement associé à la conception de son véhicule, homologué pour la route, en ayant un choix quasiment infini en matière de couleurs, de matériaux et de composants. "Certains peuvent mettre plus d’un an à configurer leur voiture", souligne le directeur des opérations. À l’arrivée, son prix, tenu secret, aurait de quoi affoler tous les compteurs.

Une expérience client renforcée

Les véhicules de Bugatti sont assemblés à Molsheim dans le Bas-Rhin — Photo : Bugatti

Cette démarche poussée de l’individualisation confère à Bugatti un positionnement unique aux yeux de Frédéric Daul. "On est fortement ancré dans l’automobile mais on répond aussi à tous les codes du luxe. Proposer bien plus qu'une automobile, c’est ça le luxe".

Il est aussi de coutume que les clients se déplacent en personne, et depuis le monde entier, sur le site de Molsheim. En témoigne la venue, en mai dernier, du footballeur norvégien de Manchester City, Erling Haaland, pris en photo par le quotidien régional devant un restaurant situé au pied du Mont-Sainte-Odile, à quelques encablures du Château Saint-Jean.

Là encore, la marque souhaite accélérer autour de l’expérience client. "Chez nous, il y a une vraie volonté de traiter le client comme un membre à part entière de Bugatti, il doit se sentir chez lui", poursuit Frédéric Daul.

Conjointement à la construction du nouvel atelier, l’ancien sera également remis en état afin de permettre au client de réaliser lui-même certaines phases du montage de sa Bugatti en compagnie des techniciens de la marque. De quoi susciter de futures vocations en vue de renforcer les équipes ?

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