Seine-Maritime
Emilien Lefranc : Caractère trempé
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Emilien Lefranc : Caractère trempé

Caractère bien trempé, Emilien Lefranc, président de la CGPME de Haute-Normandie et co-gérant d'Energie lait, société spécialisée dans le refroidissement du lait, ne mâche pas ses mots envers les auto-entrepreneurs et les sujets qui fâchent en général.

Ordre de mobilisation dans la légion étrangère! Lorsqu'il reçoit ce billet de l'État-major Français en 1976, Émilien Lefranc est alors salarié de la société grecque Nasshy, pour le compte de laquelle il est venu construire des refroidisseurs de lait. Ingénieur spécialisé dans le froid et le traitement d'air, il s'est déjà fait une petite réputation dans son milieu professionnel après avoir fabriqué, avec l'aide de deux ingénieurs américains, le premier refroidisseur de lait en 1969 pour la société Bontamilk. C'est en 1972, alors devenu responsable de laboratoire pour la Générale électrique à Grenoble (filiale du groupe Bouchayer et Viallet) qu'il part en Grèce, pour la société Nasshy qui vient de racheter à la Générale électrique plusieurs brevets pour la construction de refroidisseurs de lait. «À l'époque, le pays ne disposait pas de la technologie de refroidissement, ce qui posait de graves problèmes à l'export». Mais le contexte géopolitique explosif du conflit gréco-turc va précipiter le départ du jeune ingénieur Français, qui vient d'être affecté dans la Légion sur l'île de Chypre, enjeu du conflit: «Un accord d'entraide entre la Grèce et la France avait été signe. Mais, finalement, mon statut de père de famille de trois enfants, a fait annuler mon ordre d'incorporation». C'est ainsi qu'il quitte la Grèce pour la Belgique, suite à une proposition de la société Packo afin de vendre des appareils à la Tchécoslovaquie. «C'était l'époque du rideau de fer, les conditions étaient difficiles, avec beaucoup d'incertitude. C'est l'époque où je me suis dit qu'il était temps que ces risques je les prenne pour moi, plutôt que pour un patron».




Le temps de l'indépendance

Après quelques années à la tête de l'agence Française de Packo à Forges-les-Eaux, Émilien Lefranc monte sa propre société «Énergie lait», spécialisée dans la vente, installation et réparation de refroidisseurs de lait. Sa clientèle de producteurs de lait couvre alors une zone qui s'étend entre Dieppe, Rouen, Gournay-en-Bray et Aumale: «J'étais heureux car j'appliquais ma technique sur le terrain. Pour moi un ingénieur doit aller sur le terrain, non pas rester dans un bureau d'études». Pionnier de la micro-informatique, il décide dès 1985 de s'équiper d'un ordinateur pour faciliter sa gestion client: «C'était le début d'une aventure mais ça a changé la vie de l'entreprise en terme d'organisation». Avec la mise en application des quotas laitiers de 1986, la petite entreprise subie son premier choc laitier et passe de 400 à 30 installations à gérer: «Là, on se pose des questions. Pour compenser la chute du nombre de producteurs, il a fallu augmenter la zone de travail». Entre-temps, le jeune entrepreneur tente l'aventure de la diversification vers Epernay où il est sollicité pour refroidir le Champagne et par la même occasion prend goût à la boisson effervescente: «L'objectif était de clarifier le champagne en l'amenant au point zéro de congélation pour enlever tous les produits chimiques. Une époque où j'ai aussi appris à le déguster».




Transmission

Passé le cap des quotas laitiers, l'entreprise Lefranc poursuit son développement, jusqu'à la mise en place d'une agence dans l'Est, à Chateauvillain près de Colombey les deux Églises: «J'y vois un signe, car j'ai toujours baigné dans l'univers du général De Gaulle. Mes parents étaient résistants, et souvent à l'étranger, le nom de De Gaulle était célèbre et reconnu: c'était un élément de fierté pour moi». En 1994, il nomme son fils Philippe à la tête de l'agence de Chateauvillain avec une idée en tête: «Il a bien installé l'agence et je pensais bien qu'un jour je lui transmettrai l'entreprise». La passation s'effectue en 2004, Émilien cède sa place et son bureau à Philippe un matin, tout en continuant à effectuer la partie gestion: «Le premier matin a été dur car tout d'un coup je n'étais plus le patron et c'est Philippe qui accueillait les salariés à ma place». Pourtant, l'étape a aussi du bon, puisqu'elle lui permet de se libérer du temps pour d'autres fonctions. Élu à la CCI de Rouen depuis 1999, il devient président de la CGPME de Haute-Normandie en 2004: «Mon objectif était de rendre ce que j'avais reçu et d'orienter la CGPME véritablement vers les PME en leur amenant les bons outils, tout en développant de bonnes relations avec les acteurs économiques locaux. Mon objectif était d'augmenter le nombre d'adhérents, nous sommes passés de 300 à 1.300, et de faire en sorte que nos entreprises soient respectées».



Sébastien Colle

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