La crise s'invite dans les ports. Le secteur maritime mondial, traditionnellement cyclique et impacté par les échanges mondiaux, n'a pas été épargné par l'effondrement des marchés boursiers. La financiarisation croissante du transport maritime, liée aux tensions sur le marché de l'immobilier qui ont déplacé les capitaux, a particulièrement fragilisé armateurs et affréteurs. L'acheminement de vrac, pétrole, minerais, matières premières agricoles et conteneurs a été particulièrement touché. La baisse de la consommation et de la rentabilité des entreprises sont deux des facteurs réels que l'on peut adjoindre. Résultat, à l'échelle internationale et européenne, le trafic est en diminution. La France s'en sort avec une stagnation de l'activité (+0,04% du trafic portuaire global en 2008). L'exemple le plus proche se situe au port de commerce de Brest: le trafic est en léger recul de 1% depuis le début de l'année, avec 1,179million de tonnes échangées entre janvier et mai2009, et ce, malgré une baisse des échanges pour le bâtiment.
Mutation et innovation
Avec 2730 kilomètres de littoral (dont 1.250 rien qu'en Finistère), 22 ports majeurs et 1.453 navires de pêche, la Bretagne représente la première région maritime française. Les activités pêche et cultures marines génèrent entre 9.000 et 15.000 emplois et représentent un chiffre d'affaires breton de 440M€ en 2008. La pêche justement. Confrontés à une volatilité des prix du gasoil, à une baisse du prix moyen et à une forte hausse des quantités mises en retrait, les patrons-pêcheurs ont été contraints d'accélérer leur mutation pour maintenir un revenu correct. Sorties de flotte, départs à la retraite, vente, la pêche finistérienne s'est adaptée. Le tonnage a diminué (5.000 tonnes pour 738 bateaux), comme l'Europe le préconisait. En Cornouaille, la mise en place des ?contrats bleus? par la coopérative Ar Mor Glaz (247 navires), dans le cadre du plan Barnier pour une pêche durable, a permis aux pêcheurs de bénéficier d'une rémunération complémentaire. Les initiatives existent et demandent à être complétées. Un emploi en mer en générant cinq à terre, l'activité devra demain s'atteler à trouver de nouveaux débouchés. Devenir le principal fournisseur d'entreprises de biotechnologies, utilisant les ressources, est une piste étudiée. Dans ce domaine, il reste tout à organiser.
L'innovation, c'est également le nerf de la guerre pour la plaisance et l'industrie navale. En ajoutant le commerce, ces trois secteurs représenteraient 2.353 emplois et près de 258M€ de CA cumulé dans le département, selon Nautisme en Finistère. Concurrence étrangère à bas coûts, surcapacité de la flotte commerciale, budgets civils restreints, incertitude sur les plans de charges des militaires, les entreprises locales n'ont d'autre choix que de créer un avantage concurrentiel pour capter des parts de marché. Matériaux composites végétaux, énergies propres, tri sélectif, ces solutions nouvelles passeront certainement par des réponses innovantes aux impératifs environnementaux. En attendant l'émergence, peut-être un jour, des projets d'énergies marines renouvelables le long de nos côtes...
Avec les Journées de la mer puis le Grenelle de la Mer, la grande bleue était au coeur de l'actualité finistérienne le mois dernier. L'organisation de ces deux événements, à Brest, a eu le mérite de rappeler le poids de l'économie maritime pour le département. Alors que la filière est aussi confrontée aux conséquences de la crise, quelles sont les voies de développement imaginées par les entreprises finistériennes? Tentative de prospective par secteur d'activité.
Thomas Giraudet avec Violaine Pondard et Caroline Scribe