Pour sa 7e édition, le programme "Femmes entrepreneuses", porté par la direction Orange Grand Sud Est, avec Les Premières Sud, accompagnera 12 dirigeantes, sélectionnées parmi une cinquantaine de candidates. Si la moitié d’entre elles entreprennent depuis les Bouches-du-Rhône, l’autre moitié provient des Alpes-Maritimes (2), du Var, des Hautes-Alpes, d’Avignon et de Corse. Elles se sont dévoilées le 27 février, en même temps qu’elles confiaient leurs attentes. Toutes ont un point commun : elles évoluent dans le monde de la tech, un monde encore très masculin.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : "seulement 10 % des start-up sont dirigées par des femmes, qui ne reçoivent que 7 % des fonds levés dans les régions hexagonales", avance Sophie Peurière, responsable du programme Femmes Entrepreneuses Sud Paca et Corse.
Grandir entre femmes
Alors, se retrouver entre femmes représente d’abord une opportunité de "se sentir moins seule" dans un monde dominé par les hommes, comme le confie Julia Santi Deletombe, qui a fondé Skilit, une société aixoise d’ingénierie spécialisée dans le traitement automatique du langage : "J’attends de ce programme de sortir de l’isolement."
Quant à Raheleh Shayan, scientifique de formation, elle veut "apprendre des autres femmes, sur la manière dont elles gèrent leur entreprise et leur quotidien." Cette dernière a fondé Genxmap en 2020, une entreprise marseillaise de biotechnologie, qui accompagne chercheurs, hôpitaux et entreprises pharmaceutiques dans l’exploration du langage caché de l’ADN et de l’ARN grâce à l’intelligence artificielle. L’entrepreneuse a rejoint le programme d’accélération pour "structurer sa croissance et renforcer sa gestion d’entreprise."
"Je crois aux femmes dans la tech"
Nathalie Chiurulla a, elle aussi, trop rarement croisé de femmes au cours de sa carrière professionnelle de 20 années en tant qu’ingénieure. C’est d’ailleurs pour y remédier qu’elle a créé Meli Consulting à Biot dans les Alpes-Maritimes. "J’ai créé un modèle différenciant pour accélérer la féminisation dans la tech, mais surtout faire en sorte que les femmes restent dans la tech", explique-t-elle. Car, aujourd’hui, une femme sur deux quitte la tech après 35 ans. En aidant les organisations à recruter et fidéliser des talents féminins, Meli Consulting a déjà convaincu de grands noms, "Amadeus, Thales, Schneider", confie la dirigeante, qui souhaite désormais développer "des cibles et clients en France et à l’international."
Karen Jouve aussi évolue dans un monde d’hommes et travaille d’ailleurs avec son mari. Elle est à la tête de Doors (15 ETP, CA : 1,20 M€), une entreprise marseillaise spécialisée dans l’accompagnement des dirigeants dans leurs projets d’innovation grâce à la blockchain, l’intelligence artificielle et les réalités immersives. Elle a accompagné le Paris Saint-Germain ou le Rugby Club Toulonnais pour ne citer qu’eux parmi la cinquantaine de grands groupes clients. Pour Karen Jouve, qui confie "croire beaucoup aux femmes dans la tech", et "porter haut des valeurs féministes, ce type de programme d’accompagnement est clé."
Le numérique et ses multiples applications
Il est une clé pour féminiser le secteur, il est clé aussi pour son entreprise, qu’elle veut faire aller plus loin, après avoir enregistré une croissance qu’elle qualifie de "rapide".
Si les lauréates sont toutes dans la tech, à l’image des 60 femmes accompagnées en Paca et Corse par le programme Orange depuis 2019, certaines évoluent dans des secteurs d’application déjà très féminisés. Comme Sophie Hirles, qui a fondé Pure Conseil à Rognac dans les Bouches-du-Rhône. Son organisme de formation en ligne qui accompagne les porteurs de projets de micro-crèches, a déjà formé 500 "élèves" depuis 2020.
Comme Emmanuelle Blanck, qui a créé la start-up varoise Heegee et s’apprête à commercialiser Painchanger, une thérapie digitale pour les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques et de fibromyalgie.
Ou encore comme Mirabelle Lamoureux, qui a créé, à Marseille, Keeep, la première plateforme de distribution de matériel informatique reconditionné dédiée aux entreprises et collectivités. Elle revendique déjà 500 entreprises clientes et souhaite désormais "faire de la seconde main le premier réflexe en entreprise" et attend du programme Femmes entrepreneuses qu’il lui apporte "un accompagnement stratégique." Puis, il y a celles qui "ont toujours baigné dans la tech", à l’image de l’entrepreneuse avignonnaise Dominique Brogi, qui a fondé Domie Digital en 2015 et créé le dispositif de sécurité Mon Sherif. Elle s’est toujours dit qu'"être une femme n’allait jamais être un problème" et c’est pour elle une première de se faire "accompagner".